semaine 41

Les lendemains possibles

Edito par Jean Rebuffat

Une archive du ciel de New York en 2011 après une tempête. Mais à présent, derrière la jolie photo, due à Wikipédia, il y a des dizaines de morts...

Les images cataclysmiques se succèdent à un rythme accéléré. La réaction d’effroi et de stupéfaction de l’opinion publique a quelque chose de rassurant. Il y a des malédictions naturelles à propos desquelles l’humanité sait qu’elle ne peut rien faire ou presque. Par exemple, les séismes : on peut juste éviter de construire aux endroits les plus dangereux ou édicter des normes. Mais petit à petit, l’espèce humaine prend conscience que la boîte de Pandore, c’est elle qui l’a ouverte – et qu’il convient désormais de la refermer.

Rien n’est simple dans la gestion de masses aussi vastes que celles que représentent la population humaine dans son ensemble. Au milieu du XXème siècle, par exemple, la menace démographique était citée prioritairement. On vit par exemple la Chine, pays jadis le plus peuplé (et pourtant, il y a longtemps que le célèbre « sept cent millions de Chinois et moi et moi et moi » de Jacques Dutronc est dépassé…) et où une politique de l’enfant unique fut décrétée puis appliquée avec toute la force d’un état totalitaire. Résultat, aujourd’hui, les mêmes Chinois se demandent comment ils vont financer les pensions de retraite…

Rien n’est simple même quand le constat s’impose. Les climatosceptiques feraient mieux de ne pas arpenter les rues de New York dans les prochains jours… Car la question du délai entre la prise de conscience – qui réclame une génération – et l’acceptation des conséquences imposant certaines mesures – prend une génération de plus.

Ce sentiment qu’il est déjà trop tard et qu’il faut accepter ces malédictions comme on acceptait les autres jadis, dans le genre Dieu l’a voulu, peut revêtir un côté désespérant mais aussi un côté positif. Car l’homo sapiens de base (vous et moi) sait désormais qu’il y a des choses à faire, dures à accepter. Et paradoxalement, la situation sanitaire actuelle montre qu’une certaine maturité émerge. Voici neuf mois, le temps d’une gestation, une nette majorité était plutôt réticente à l’idée de se faire vacciner contre le covid. Or à présent, certes de manière imparfaite et insuffisante, certes de manière mal distribuée à travers le globe, certes avec des réticences qui ne sont pas toutes stupides, certes avec des manquements à l’éthique philanthropique, à présent une très large majorité de personnes s’est fait vacciner. C’est le signe que non seulement des solutions sont possibles, mais encore qu’elles sont applicables. Désormais, la question n’est plus trop de savoir si les lendemains vont chanter mais s’il y aura des lendemains – et on peut ne pas en désespérer.

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