semaine 48

Constantes et variables

Edito par Jean Rebuffat, le 30 octobre 2020

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Un masque qui flotte au vent mais qui n'est pas emporté, autant dire que c'est le symbole de 2020, l'année du virus. Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Ainsi donc, la seconde vague est arrivée et semble pire que la première. Pourtant, paradoxalement, les mesures prises ne sont pas aussi strictes qu'à la fin du printemps. C'est que les circonstances sont différentes. Et si l'on n'évite plus, tant en France qu'en Belgique, le mot confinement, c'est une version plus ou moins allégée qu'on nous en présente.

Le virus, lui, semble au mieux de sa forme. Probablement plus embêté par le temps chaud, qui s'est soudain arrêté brutalement au tout début de l'automne, que par les mesures barrière, il s'est imposé à nouveau et la cause en est claire: c'est la multiplication des contacts sociaux, qu'ils soient familiaux, amicaux, professionnels ou obligés.

Beaucoup se gaussaient des demi-mesures précédentes sans comprendre cette réalité. On ricanait volontiers sur ce virus qui aurait obéi au couvre-feu et tous les lieux de rassemblement juraient – et jurent encore – que toutes les mesures ayant été prises et étant généralement respectées, ce n'est pas chez eux, mais ailleurs, que la contagion établissait ses ravages. À se demander, finalement, comment on tombait encore malade. Or la pandémie persévère dans sa dangereuse logique exponentielle qui ne peut qu'aboutir, si on ne la contrôle pas, à l'incapacité hospitalière. Si le système de santé s'effondre, ce ne sont pas que les petits vieux dans les Ehpads et les maisons de repos et de soins qui vont mourir en masse; ce sont d'abord des malades en mauvais état qui ne pourront plus avoir accès aux soins intensifs; puis des personnes en début de maladie qui n'auront plus accès aux hôpitaux, même sur des matelas dans les couloirs – non soignées, et quel que soit leur âge, elles mourront au lieu de guérir. Et le bilan final ne sera pas le reflet d'une surmortalité somme toute relativement faible mais la conséquence d'une inévitable hécatombe.

Car le fait est aussi que cette maladie, on la soigne mieux qu'il y a six mois. Non qu'on la connaisse encore bien: le virus continue à nous surprendre, la preuve en étant que cette seconde vague déferle partout en Europe plus forte que selon les estimations les plus pessimistes. Mais l'expérience acquise allège les bilans des décès quotidiens même si le nombre de malades hospitalisés dépasse ou dépassera très prochainement les records de mars et avril. C'est pourquoi le «restez chez vous» s'est mué en «bougez le moins possible» et le «ne voyez plus personne» a été atténué d'abord largement et à présent drastiquement; c'est pourquoi on essaie d'impacter le moins possible la vie économique; c'est pourquoi on n'arrête plus l'enseignement. Cela et le fait que pour des contacts extérieurs furtifs – faire les courses, par exemple – un geste barrière comme le port du masque est désormais possible, les stocks existant et en suffisance.

Il y a donc tout de même moins de restrictions, serait-ce dans les déplacements, à comparer mars-avril-mai avec octobre-novembre-décembre. Car toutes ces mesures seront au moins d'application jusqu'en décembre, en France tout au début du dernier mois de l'année, en Belgique déjà jusqu'au 13. C'est qu'ensuite commence la période dite des fêtes de fin d'année et que les décideurs politiques comme les simples citoyens espèrent encore qu'elles se passeront comme les vacances d'été: en risque calculé, mais possibles. Quitte à recommencer l'alternance confinement-déconfinement une troisième fois dans l'attente du vaccin et de l'immunité collective qu'il apporterait. Espérer l'immunité collective naturelle est folie car si le nombre bien plus élevé de tests a permis d'établir qu'il y a beaucoup de porteurs du virus qui ne développent pas ou très peu le Covid-19, une minorité nullement négligeable de malades en souffrent énormément et en meurent, bien plus que s'il s'agissait d'une grippette.

Fait à noter, dans leurs déclarations respectives, tant le président de la République française que le Premier ministre belge ont évité d'abuser des effets de style et des métaphores guerrières chevrotées à l'envi. «Ce sont les mesures de la dernière chance», a résumé Alexander De Croo.

En effet. Il n'est nul besoin de pathos pour convaincre quand on en est là.

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