semaine 22

L'odeur du muguet

Edito par Jean Rebuffat, le 01 mai 2020

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Un peu de muguet du jardin avec à l'arrière-plan un tableau montrant le début du Sahara en Algérie. Photo © Jean Rebuffat

Pour beaucoup, la fête du premier mai a une valeur symbolique importante: c'est un jour férié, la fête du Travail, c'est-à-dire des travailleurs, une jour de congé qui à l'inverse de tant d'autres, n'est pas une fête carillonnée issue de notre passé chrétien, une fête laïque et osons dire le mot, socialiste dans le sens premier du terme. En cette année de confinement, le muguet, cette rose du pauvre que les lois du marché ont enchéri à la date fatidique, circulera moins que d'ordinaire, et tout le folklore de la vente à la sauvette et de la remise des petites clochettes en hommage aux êtres aimés qui nous ont élevés sera réduit au niveau du souvenir. Les drapeaux rouges circuleront sur Facebook ou Instagram, agités lors de discours en visioconférence.

Pensons un peu à toute cette économie souterraine que le confinement a laminé. Bien sûr, certain.es travaillent en noir pour tricher. Mais pour beaucoup, illégaux dans nos pays supposés prospères, il n'y a pas d'autre issue, faute de ne pouvoir recevoir d'autre droit que celui d'être soigné et de ne pas mourir de faim – droit qu'une partie de la droite populiste veut d'ailleurs rogner ou supprimer.

Pensons un peu à la manière dont le monde va repartir: comme avant, pire qu'avant probablement en ce cas, ou mieux qu'avant, ayant compris que les métiers modestes méritent la considération plutôt que le mépris, que la mondialisation systématique présentait de graves défauts et que tout avenir rêvé suppose une utopie mais aussi des erreurs sur le chemin du mieux?

Pensons un peu à cette planète malade de notre surnombre qui nous menace tous d'étouffement et de disparition, pensons un peu à toutes celles et à tous ceux qui sont fatigués du labeur ou à l'inverse, qui craignent de voir le leur menacé, pensons un peu à la culture et ou voyage autour de quoi une part de l'économie tournait, avec certes ses excès, mais qui n'est pas un luxe; on sait depuis toujours que l'homme ne se nourrit pas seulement de pain. Et si le parfum du muguet et de la rose offre une parenthèse odoriférante à ce jour-ci, pensons qu'en fait, il ne se dissipera jamais complètement si nous le voulons car l'avenir, c'est nous qui le construisons, bien sûr contre des forces d'inertie ou d'intérêt qui n'ont que trop imposé leur loi. Aucun présent n'est une fatalité pour l'avenir si nous le voulons tous.

Pensons que pour que les lendemains chantent, il faut savoir déjà chanter aujourd'hui, que le travail n'est pas une malédiction mais quand il épanouit, un instrument de satisfaction personnelle qui aussi, est utile aux autres et ne doit nuire à personne. Les clochettes du muguet sont nombreuses sur le même brin.

 

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