semaine 46

Nous voilà bien avancés

Edito par Jean Rebuffat, le 19 octobre 2019

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Une fenêtre, à Barcelone. Mais l'heure n'est plus aux banderoles... Photo © Jean Rebuffat

C'est l'histoire invraisemblable d'un référendum qui a mal tourné, d'une erreur historique engendrant des complications à n'en plus finir et où la procrastination politique est élevée à un rang jusque là inégalé. Mais cette phrase concerne simultanément la Catalogne et le brexit.

Tout le monde avait compris dans les deux cas qu'un fameux bordel allait s'en suivre mais aujourd'hui, samedi 19 octobre 2019, si on constate le fait, si des centaines de milliers de centaines de personnes sont dans la rue à Barcelone et à Londres, rien n'indique clairement comment s'en sortir. Décidément, le monde d'aujourd'hui est insaisissable.

À Londres, la chambre des communes, avec son cérémonial pittoresque, n'a pas du tout voté pour ou contre l'accord bis conclu entre un Premier ministre britannique et l'Union européenne, alors qu'elle était spécialement convoquée pour cela un samedi, ce qui ne s'était plus vu depuis la guerre des Malouines: la chambre a voté un amendement ordonnant au Premier ministre de demander un report du brexit officiellement pour éviter une sortie accidentelle en mode no deal le 31 octobre, étant donné qu'il faudrait un certain temps, plus long que les quelques jours qui restent, pour traduire dans la législation du Royaume Uni les termes de l'accord bis. Aussitôt le Premier ministre a dit (traduisons en langage courant, ce sera plus clair) qu'il s'en foutait complètement. Il est vrai que ledit Boris Johnson a l'habitude de se voir retoquer aux communes: aucune de ses propositions n'y a été accueillie favorablement. Son projet? Faire changer d'avis les dix députés nord-irlandais qui ont voté l'amendement et qui exigent à tout le moins l'aval immédiat de la chambre nord-irlandaise, pas dans six ans.

À Barcelone, la colère est arrivée alors que les principales figures sécessionnistes catalanes venaient d'apprendre qu'elles étaient condamnées à des peines de prison variant entre 9 et 13 ans, ce que d'aucuns ont trouvé bien clément et d'autres hors de proportion, alors que la cour a fait mine de couper la poire en deux en écartant la rébellion pour se contenter de la sédition... et du détournement de fonds publics (Al Capone est bien tombé pour fraude fiscale). On entend d'un côté les mots justice et constitution. Soulignons tout de même qu'en Espagne ces deux termes ne répondent pas obligatoirement aux normes européennes habituelles. La constitution, avec des relents répressifs post-franquistes déplaisants, a justement été faite pour réprimer ceux qui voudraient quitter la mère patrie (au départ, surtout les Basques), et l'indépendance de la justice n'est pas suffisante, rien qu'eu égard au mode de nomination. En face, on crie démocratie et volonté populaire en oubliant que le référendum, qu'il soit ou non anticonstitutionnel, n'a concerné que les indépendantistes, les autres s'abstenant de se déplacer. On notera cependant que condamner des gens démocratiquement élus parce qu'ils ont voulu appliquer leur programme qui remettait certes en cause l'unité d'un pays mais pas les droits de l'homme ni le célèbre modèle européen dont on se gargarise, c'est tout de même un peu raide et même carrément trop en leur ôtant, outre leurs droits politiques, leur liberté physique. Les mandats d'arrêt internationaux lancés par l'Espagne ont d'ailleurs été rejetés par la Belgique et par l'Allemagne pour cette notion vague et bien utile de rébellion ou de sédition.

Le résultat de tout cela, dans les deux cas? Eh bien voici deux pays déchirés, littéralement coupés en deux sur des problèmes fondamentaux, à la recherche de compromis impossibles et de sorties de secours bloquées par des considérations politiques immédiates.

Pourtant le Royaume Uni avait déjà démontré antérieurement qu'on pouvait ne pas tomber dans les ornières prévisibles du simplisme d'un référendum en autorisant l’Écosse à s'autodéterminer. Une majorité avait refusé l'indépendance, ironie de l'histoire, en partie pour rester dans l'Union européenne. Parfois, les leçons de l'histoire sont positives. On se demande dès lors pourquoi on ne les retient pas. Est-ce si grave de laisser les Catalans, dont les sondages nous disent (avec ce qu'ils valent) qu'ils sont plus hostiles à la sécession qu'enclins à l'indépendance, choisir leur sort? Et est-ce si grave de laisser les Britanniques choisir aux-mêmes, maintenant qu'ils connaissent l'éventuel accord de sortie, s'ils l'acceptent ou s'ils préfèrent le no deal? Parfois, on peut guérir le mal par le mal.

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