semaine 49

TTIP : la preuve par les moules

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 24 juin 2016

Une tradition lors de la grande Braderie de Lille est de consommer des "moules-frites" sans modération Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Les moules de Mme Malmström et le glyphosate de Monsanto : deux raisons, parmi de nombreuses autres, de ne pas accepter le projet de traité transatlantique. 

En octobre 2015, Mme Cecilia Malmström, commissaire européenne au commerce et fer de lance des négociations entre l’Europe et les Etats-Unis sur le TTIP, expliquait aux députés bruxellois tout le bien que l’on peut attendre de ces accords de libre-échange. (1)

Morceau choisi : 

« Même les exportateurs de moules, le plat national de ce pays doivent supporter des charges supplémentaires et les produits exportés doivent passer une deuxième série de 

tests pour être autorisés sur le marché aux États - Unis. Ici en Europe, les tests portent principalement sur la qualité des mollusques eux - mêmes, alors que les tests aux États - Unis portent sur la qualité de l'eau qui les entoure. 

L'idée économique qui sous - tend le TTIP est donc simple : pour les exportateurs comme ceux que je viens de citer en exemple, simplifions le commerce avec l'Amérique et créons davantage d'emplois ici en Europe. »

La preuve par les moules, c'est super! Merci Mme Malmström.

Or donc, nos moules seraient analysées non seulement sur leurs qualités propres mais aussi par l’eau qui les entoure. Les consommateurs étatsuniens sont donc bien protégés, tant mieux pour eux. Nous aussi nous sommes bien protégés car analyser la qualité du mollusque c’est vérifier quand même que l’eau qui l’a nourris est bonne, non ? Pourquoi simplifier ? On choisira quels critères ? La qualité des moules ou la qualité de l’eau qui les entoure ? Ou encore un troisième critère qui nous échappe ?  Et qui nous dit que les consommateurs américains se laisseront séduire par nos moules puisqu’ils en produisent aussi ? 

De plus,  nous avons nos propres problèmes : protéger nos moules des maladies dues à la pollution des eaux de mer par les rejets agricoles notamment mais aussi du trafic maritime. Parmi les rejets agricoles, il y a bien évidemment les pesticides et herbicides divers. Et parmi eux, les célèbres produits concoctés par Monsanto, à base de glyphosate. (2)

Poursuivant son argumentation, Mme Malmström déclarait aux députés bruxellois que nos normes sanitaires sont très strictes et n’avaient rien à envier à celles des Etats-Unis. « Au sein de l’UE la coopération réglementaire entre les différents États membres est très forte et nos réglementations sont parmi les plus strictes au monde. Il n'y a aucune raison pour qu'il n'en soit pas ainsi avec le TTIP », disait-elle. Mais alors pourquoi tant de difficultés pour obtenir une interdiction du glyphosate de Monsanto et des autres producteurs de poisons légaux ?

 Il faut bien remarquer que ce sont les Etats européens eux-mêmes qui renâclent devant cette interdiction plutôt que d’affronter la Commission européenne qui, elle, avance qu’il n’y a pas de preuve d’effets cancérigène pour les humains. Donc il n’y aucune raison d’interdire ce qui est largement autorisé par les Etats-Unis (en 2007, on y épandait 80.000 tonnes par an !). Or, selon un sondage conduit par l’institut YouGov dans les cinq plus grands pays de l’Union, plus des deux tiers des personnes interrogées sont défavorables à la remise en selle du glyphosate, explique Le Monde. (3) On ne compte plus les pétitions et manifestations d’opposition à la ré-autorisation de ce produit. Cela divise les gouvernements de divers pays européens, entre ministres de l’environnement et ministres de l’agriculture. C’est ainsi que la décision de ré-autorisation a été entravée ces derniers mois. Grâce à ce retard, après le 30 juin, le glyphosate ne sera plus autorisé dans l’UE, sauf si certains Etats succombent à la pression des lobbies agricoles et chimiques…

Et l’on revient à nos moules ! Il faut savoir en effet que du glyphosate a été détecté dans les trois quarts des échantillons d’eau de pluie et d’air analysés dans une région de grandes cultures étatsuniennes. (4) La France annonce que 8.000 tonnes de glyphosate est répandu par an dans ses cultures. Cet herbicide est le produit le plus fréquemment détecté dans les cours d’eau de France métropolitaine. Et cette eau s’écoule dans la mer. Pauvres moules…


(1) http://www.weblex.irisnet.be/data/crb/doc/2015-16/129117/images.pdf

(2) http://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Environnement/Interdiction-du-glyphosate-cinq-cles-pour-comprendre-2016-06-07-1200767041

(3) http://abonnes.lemonde.fr/pollution/article/2016/06/06/la-proposition-de-bruxelles-de-reautoriser-provisoirement-le-roundup-essuie-un-nouvel-echec_4938862_1652666.html

(4) Une déclaration de l’US Geological Survey dans une étude publiée en 2011 par la revue Environmental Toxicology and Chemistry

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