semaine 39

Les défis d’un 1er Mai mondial

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 29 avril 2020

Un 1er Mai en France lors de la victoire du Front Populaire en 1936.

Chaque 1er mai, une fanfare à Laeken célèbre la fête des travailleurs. La voici en 2019. Photo © Gabrielle Lefèvre

Le 1er mai 2020 sera marqué d’une pierre noire ayant le poids d’une pandémie qui accable le monde entier. Le constat de l’Organisation internationale du travail est catastrophique : « 1,6 milliard de travailleurs de l’économie informelle – soit près de la moitié de la main-d’œuvre mondiale – doivent désormais faire face au danger immédiat de voir leurs moyens de subsistance anéantis ». Ces travailleurs sont les plus touchés par l’épidémie. L’OIT estime que « le premier mois de la crise a entraîné une baisse de 60 pour cent du revenu des travailleurs informels dans le monde. Cela se traduit par une chute de 81 pour cent en Afrique et dans les Amériques, 21,6 pour cent en Asie et Pacifique et 70 pour cent en Europe et en Asie centrale. »

Ces personnes sont confrontées aux fermetures d’entreprises, à l’impossibilité de se déplacer pour aller travailler ailleurs, aux frontières fermées (que l’on songe aux milliers de saisonniers travaillant dans les champs pour des récoltes devenues urgentes), au confinement voire à la quarantaine s’ils sont eux-mêmes atteints par le Covid-19. Sans réserves financières, sans sécurité sociale pour la majorité d’entre eux, ils sont condamnés, eux et leur famille, à la mendicité, à la famine.   

Au niveau mondial, poursuit l’OIT, « plus de 436 millions d’entreprises font face à des risques élevés de perturbations. Ces dernières exercent leur activité dans les secteurs économiques les plus touchés, comme c’est le cas de 232 millions d’entre elles dans la vente en gros et au détail, 111 millions dans l’industrie, 51 millions dans l’hôtellerie et la restauration, et 42 millions dans l’immobilier et d’autres activités commerciales. »

Quelle relance économique ?

Voilà pourquoi il est urgent de mettre en place des mesures de relance économique ciblées vers ces entreprises en difficulté.  Mais pas sur le modèle néolibéral d’avant puisqu’il a montré ses failles gigantesques. Voici ce que préconise l’OIT : « Ces mesures de relance économique doivent être génératrices d’emplois, soutenues par des politiques et des institutions du travail plus robustes, et des systèmes de protection sociale mieux financés et plus complets. Une coordination internationale au niveau des mesures de relance et d’allégement de la dette est également essentielle pour rendre la reprise économique optimale et durable. Les normes internationales du travail, qui bénéficient déjà d’un consentement tripartite, peuvent servir de cadre. »

Voilà qui ne plaira pas à certains dirigeants de grandes puissances, comme un certain Donald Trump ! Et pourtant, ce modèle économique et social qui ressemble furieusement au nôtre, semble être le plus satisfaisant et le plus praticable pour autant que soit réformée la gouvernance mondiale du groupe Banque Mondiale, Fonds Monétaire International et que l’on revoie drastiquement nos accords de « libre » échange et conditionnalités dans la coopération au développement ainsi qu’en terme d’annulation des dettes des pays les plus pauvres et les plus exploités.

Par rapport à ces chiffres catastrophiques, la situation dans notre pays, si elle est très préoccupante, n’a pas la même ampleur qu’ailleurs dans le monde. Et surtout, nous disposons d’un trésor national : la sécurité sociale, filet de sécurité qui nous permettra d’aborder ce fameux changement de paradigme industriel, commercial et agricole que tant d’esprits clairvoyants appellent de leurs vœux depuis des décennies.

Ainsi, en Belgique, on constate que 37% des salariés du secteur privé télétravaillent actuellement. Cela ne concerne évidemment pas des emplois comme ceux de la construction ou de la restauration. Nombre de chantiers ont repris avec la prudence exigée par les mesures de sécurité impératives si l’on veut éviter une cruelle « deuxième vague » de l’épidémie. Mais divers commerces et l’horeca sont, eux, obligés de revoir la manière de travailler afin d’assurer la sécurité des travailleurs et des clients.  Or, ces secteurs emploient beaucoup d’intérimaires dont on sait bien qu’ils « servent de variable d'ajustement à la hausse comme à la baisse. La chute du mois de mars aura touché quelque 54.000 équivalents temps plein du secteur en Belgique, soit beaucoup plus en emplois totaux. », constate l’Echo.

Stratégie européenne

 Une partie de ces travailleurs se trouvent en chômage temporaire mais la majorité sont au chômage complet. Ce qui signifie qu’ils ne peuvent espérer trouver du travail que dans le cadre d’une relance économique créatrice d’emplois. L’Union Européenne affirme maintenir sa stratégie industrielle qui, selon le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton, s’articule sur trois axes : le Pacte Vert (Green Deal) dans lequel la production se fera en fonction de l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050. Deuxièmement : la numérisation dont on voit déjà à quel point elle change notre façon de produire, de consommer, de vivre et de travailler. Troisièmement : le changement des rapports de forces entre USA, Chine, Russie et autres grands partenaires économiques et politiques de l’UE.

La pandémie actuelle et le confinement ainsi que la fermeture des frontières obligent à une transformation profonde de nos relations économiques. On peut donc s’attendre à une relocalisation partielle d’industries, notamment du médicament mais aussi de production de masques et autre matériel indispensable au secteur des soins de santé. On peut espérer ce type de relocalisation, au moins partielle, dans d’autres secteurs stratégiques comme l’alimentation. Et une dynamisation rapide du secteur des énergies renouvelables afin de ne plus dépendre des énergies fossiles.

Reste à réajuster la mondialisation : d’un système économique néolibéral en une mondialisation de coopération juste et durable. L’Europe peut donc restaurer des politiques de coopération avec les pays les plus pauvres dans une optique de développement « durable », de solidarité plutôt que d’exploitation des ressources et des travailleurs.

Au niveau belge, le secrétaire général de la FGTB Robert Vertenueil déclare « le monde de la solidarité et du partage socialement juste des richesses doit maintenant éclore ». Il appelle à un nouveau « Pacte social, comme au sortir de la seconde guerre mondiale, en 1944, quand les syndicats, le patronat et le gouvernement avec eux, avaient négocié la reconstruction, la relance, la redistribution et projeté la Belgique d’après. »

Voilà les défis d’un 1er Mai mondial.

https://www.ilo.org/global/about-the-ilo/newsroom/news/WCMS_743112/lang--fr/index.htm

https://www.lecho.be/dossiers/coronavirus/durement-touche-l-interim-ne-devrait-rebondir-qu-en-2021/10222687.html

« Après la crise, on peut s’attendre à une relocalisation partielle des industries » https://plus.lesoir.be/295470/article/2020-04-19/reynders-et-breton-commissaires-europeens-apres-la-crise-peut-sattendre-un

https://www.entreleslignes.be/humeurs/zooms-curieux/l%E2%80%99ia-sera-t-elle-mon-boss

https://plus.lesoir.be/295516/article/2020-04-20/la-fgtb-lance-lappel-du-premier-mai-pour-un-pacte-social-2020-facon-1944

A lire : « Bras de fer États-Unis – Chine : nécessité d’un non-alignement numérique » : https://www.cetri.be/Bras-de-fer-Etats-Unis-Chine-5271

 

Un 1er Mai digital

Le travail est à la fois malmené et reconnu par l’expérience du confinement. Ce Premier MAI 2020, nous organisons une émission-colloque pour présenter et discuter des propositions audacieuses en faveur d’une réorganisation du monde du travail, afin que l’après-corona ne se traduise pas en un retour à l’avant. Avec Dominique Méda, Pavlina Tcherneva, Isabelle Ferreras, Benoit Borrits, Florence Jany-Catrice et Emmanuel Dockès, il sera question de faire basculer nos sociétés dans la reconversion écologique, de garantir l’accès à l’emploi, de démocratiser l’entreprise, de constituer un fonds socialisé d’investissements, de mieux valoriser les emplois utiles, de réduire le temps de travail…

Une initiative du CESEP, du groupe TED-UCLouvain et de la Fédération des services sociaux, en partenariat avec les Actrices et acteurs des temps présents, Econosphères, FEC, Smart, Propage-S, CIEP-MOC BW, POUR, Associations 21, la Fédération des maisons médicales et CRIDIS.

Infos et programme :  https://www.cesep.be/

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