semaine 04

Israéliser la société ?

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 20 août 2016

Israéliser la société ?
« Il nous faut israéliser notre sécurité, clame Hervé Morin, président du conseil régional de Normandie et « mettre hors d’état de nuire tous ceux qui sont potentiellement dangereux ».


Les chiens sont lâchés : non pas les chiens de garde mais les chiens gardiens des prisons, les adjoints aux forces de l’ordre, les assistants des purges genre Erdogan, les chiens du racisme et de l’apartheid. Les exemples sont nombreux, malheureusement, dans notre histoire humaine, de telles dérives des réponses étatiques à des menaces qualifiées de « terroristes ». Alors que nous disposons de tout l’arsenal sécuritaire nécessaire et légal pour répondre à la menace de ce terrorisme multiforme qui vient de frapper des innocents : un prêtre catholique de 84 ans et des fidèles en prière dans leur église en Seine-Maritime. Profiter de la légitime émotion populaire après cet attentat horrible, est immoral.


« Israéliser » c’est prendre comme modèle un Etat qui en occupe un autre, qui viole sans cesse les droits humains les plus fondamentaux, qui emprisonne des mineurs d’âge, qui garde en prison - sans procès équitable - des détenus politiques, qui crée un régime d’apartheid que même l’emblématique sud-africain Desmond Tutu qualifie de pire que celui qui a frappé la population de son pays. Un Etat qui refuse d’appliquer les résolutions des Nations Unies et le jugement de la Cour Internationale de Justice de La Haye déclarant illégale la construction du mur de séparation construit par Israël en territoire palestinien. Un  Etat qui crée et attise la haine provoquant la révolte de jeunes désespérés.

 C’est qualifier de « terroristes » des « résistants », sans doute pour ne pas reconnaître que les actions de terreur indiscriminées, définition du terrorisme, sont d’abord le fait de gouvernements israéliens de plus en plus extrémistes qui frappent à coup de bombes une population désarmée, enfermée dans une enclave dont elle ne peut sortir et qui s’appelle Gaza, qui freine l’arrivée de l’aide humanitaire aux sinistrés ainsi que la reconstruction des lieux de vie par et pour cette population prisonnière, qui détruit des maisons palestiniennes pour faire place à des colonies de peuplement israéliennes, qui arrache des oliviers et prive d’eau les agriculteurs palestiniens les condamnant à la plus grande pauvreté… (1)

« Israéliser » la sécurité, ce sont les check points humiliants, interminables, dégradants. Ce sont les privations de papiers administratifs, les vols de titres de propriété, les interdictions de se déplacer et même d’entrer en Palestine, la répression de la contestation, même celle d’Israéliens démocrates.

« La France a vécu en paix pendant des décennies », dit M. Morin, ancien ministre de la défense sous la présidence de Sarkozy… Drôle de paix qui a vu l’intervention militaire anglo-française en Libye avec les conséquences désastreuses que l’on connaît à savoir la déstabilisation d’une série de pays et la porte ouverte à l’extrémisme islamiste. Celui-ci se nourrit sans cesse de cette « israélisation » de la sécurité, de cette politique européenne du deux poids deux mesures qui favorise un Etat « terroriste » expérimentant ses armes sur les Palestiniens et les vendant ensuite au reste du monde. Escalade de la terreur, course aux armements : l’ « israélisation » de la politique anti-terroriste nourrit le sentiment d’injustice, ravive les racismes car elle est basée sur la peur, la violence, la loi du plus fort.


La France avait tenté récemment une reprise du dialogue israélo-palestinien, se heurtant à une ferme fin de non recevoir par le gouvernement israélien. Une fois de plus. Et pour cause : il tire son fond de commerce de son modèle d’occupation et d’exploitation. Un modèle qui crée l’insécurité permanente en réprimant sans cesse une population privée de ses droits et qui résiste.


Comment des Français pourraient-ils envisager d’ « israéliser » la sécurité après cette gifle diplomatique ?

Plus que jamais, la parole doit revenir aux diplomates et pas aux militaires : rétablir la paix par le respect des résolutions des Nations Unies, à savoir la fin de l’occupation et de la colonisation israélienne de la Palestine qui doit récupérer les terres qui lui ont été confisquées afin de devenir un Etat viable.


En l’absence d’une telle solution imposée par la communauté internationale, l’Arabie Saoudite, autre exemple terrifiant d’un  étatisme islamique radical (2), est en négociation discrète avec des représentants d’Israël dans le but de régler le problème palestinien. Il ne s’agit pas de purement et simplement reconnaître les droits d’un peuple à exister en tant qu’Etat souverain. Il s’agit surtout de créer, avec Israël, une alliance anti iranienne, l’ennemi juré des deux régimes. (3)


Les chiens de guerre aboient…


(1) http://www.amnesty.be/je-veux-m-informer/actualites/article/bordure-prot...

(2) http://www.rfi.fr/moyen-orient/20160609-yemen-pression-onu-ban-ki-moon-a...

(3) http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/07/26/fremissement-dipl...

Légende : http://www.daysofpalestine.com/news/un-israeli-checkpoints-wb-increased-...


 

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