semaine 39

Diane, tisserande de solidarité

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 09 mai 2020

Diane de Wouters, merveilleux exemple de ce que la solidarité signifie. Photo © D.R.

Il n’a pas été nécessaire qu’intervienne le virus faucheur de vies. Diane a été emportée par de graves problèmes pulmonaires et l’accumulation des années mises au service des autres.

Diane de Wouters d’Oplinter s’est consacrée à ce qui apparaît à beaucoup comme inutile, gratuit, non rentable, non concurrentiel, pas moderne ni mondialisé pour un sou ! Et pourtant, elle a parfaitement illustré une autre mondialisation, celle des valeurs humanistes, depuis qu’elle a exercé des fonctions d’accueil d’étudiants étrangers, de réfugiés chiliens, argentins, uruguayens et autres, innovant la formule d’accueil de ces réfugiés par les familles belges, une fleur de solidarité qui s'est épanouie aujourd’hui avec la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés à Bruxelles.

Dans les années 70, c’est par le groupe d’activistes internationalistes réunis autour de Pierre Galand, secrétaire général d’Oxfam et René De Schutter, de la FGTB, que ces rescapés de la néocolonisation ultralibérale et liberticide des Etats-Unis en Amérique latine ont été accueillis. C’est grâce à cette mobilisation qu’ils ont retrouvé des droits fondamentaux, bafoués cruellement dans leurs pays d’origine par les dictatures militaires. Des droits qui ne sont plus même reconnus pour les réfugiés actuels, victimes de guerres et des accaparements criminels des ressources des pays d’origine.

Religieuse, Diane évoluait dans ce milieu de progressistes farouchement laïques comme un poisson dans l’eau. Car les valeurs de liberté, d’émancipation, de justice, de solidarité constituaient le fondement de son engagement. Que l’on soit croyant ou pas en un dieu quelconque n’avait pas d’importance, seule comptait la lutte pour ces valeurs émancipatrices. Les alliances de progressistes se nouaient un peu partout dans le monde. Des prêtres, des religieuses étaient assassinés par les dictatures et par les puissantes multinationales qui dominent le monde, tout autant que des militants socialistes, communistes, syndicalistes, à l’époque à laquelle se sont ajoutés plus récemment les environnementalistes et autres défenseurs de communautés indigènes spoliées ainsi que les lanceurs d’alerte.

Dans d’autres pays d’Afrique et d’Asie nous avons pu rencontrer ces « petites mains » de la solidarité envers les plus pauvres, les plus malades y compris de maladies qui faisaient peur à tout le monde. Ce fut le cas de la lèpre qui terrifiait au point que l’on reléguait ces personnes le plus loin possible du monde des vivants ; des déjà morts sociaux, confinés dans des léproseries. Et ces multitudes de religieuses, de soignants et soignantes de toutes croyances et des laïques, redonnaient leur dignité d’humains à ces parias de la société.

Aujourd’hui, une forme de philanthropie mondialisée s’impose par le biais des médias de masse et des réseaux sociaux. La charité modèle Bill Gates distribue « généreusement » les milliards acquis par des pratiques commerciales injustes, par la spéculation financière, par la non redistribution auprès des travailleurs et des Etats des richesses produites le plus souvent par le pillage des ressources naturelles ou numériques de ces populations condamnées à la pauvreté.

Cette philanthropie est tout le contraire des mobilisations nationales et internationales pour une meilleure « coopération » au développement. Et le terme de coopération est essentiel car il ne s’agit pas d’aide ou de charité, ni de compétition ou de business profitable pour quelques-uns. Le combat est celui des droits égaux pour tous afin d’avancer ensemble, pour le bien commun, pour l’émancipation de tous et pour la protection de notre patrimoine commun : la Terre. 

Parmi les innombrables précurseurs de cette coopération humaniste, il y avait Diane, tisserande de solidarité.

https://radioteca.net/audio/diane-de-wouters-doplinter-un-legado-de-solidarida/

Mots-clés

Il semble que vous appréciez cet article

Notre site n'est pas devenu payant! Mais malgré le bénévolat de ses collaborateurs, il coûte de l'argent.

C'est pourquoi, si cet article vous a plu (et même dans le cas inverse), nous faire un micropaiement d'un ou de quelques euros nous aiderait à sauver notre fragile indépendance et à lancer de nouveaux projets.

Merci à vous.

Nous soutenir Don mensuel

Commentaires

Portrait de Jean-Peul Gailly
Tristesse et gratitude pour tout ce que Diane nous a apporté. Merci pour ce bel article.
Portrait de Ouardia DERRICHE
Tristesse et émotion: je l'ai encore saluée chaleureusement à la dernière manifestation des femmes le 8 mars. C'était une grande dame, élégante et discrète, dont la bonté tranquille irradiait de toute sa personne. Adieu, Diane, adieu, Madame.

Ajouter un commentaire

entreleslignes.be ®2020 design by TWINN