semaine 48

Bruxelles en noir et blanc

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 08 juin 2020

Reportage photo © Jean-Frédéric Hanssens

Quand on lit ce lundi matin le titre du Soir en ligne : « Black Lives Matter : la manifestation contre le racisme à Bruxelles dérape » et qu’on entend la même chose à La Première de la RTBF le même matin, on se dit que ces journalistes n’ont pas été sur le terrain dimanche après-midi. Ce n’est pas la manifestation qui a « dérapé », elle s’est fort bien déroulée, et proposait aux caméras un mélange soutenu de noir avec du blanc. Il y avait peu de cheveux blancs à cause de la fragilité des anciens, face au virus. Nous n’étions pas dans le registre des manif Climat, ni « Tout autre Chose », ni syndicales. La plupart des manifestants étaient jeunes entre 18 et 35 ans, vêtus de noir mais sourire rayonnant sous le masque et beaucoup de joie de se revoir « en vrai ».

Après, des bandes de jeunes ont profité de l’occasion pour se défouler et piller les magasins sous prétexte de narguer la police. Il faut dire que la diffusion, la veille, de la séquence d’enfants menottés par des policiers à Saint-Gilles, pour un vol de scooter, a bel et bien mis de l’huile sur le feu !

Ces pillages sont un excellent prétexte pour les partis de droite et de droite extrême d‘attaquer la gestion socialiste de la Ville de Bruxelles, sous prétexte d’entorse aux règles de distanciation en cette période d’épidémie. Il s’agit aussi de dénigrer l’enthousiasme, la détermination et la motivation des manifestants, significatifs d’une maturité de ces jeunes gens qui veulent vraiment construire une autre façon de vivre ensemble. Cela gêne l’ordre social établi que veulent défendre le MR, la NVA, le Vlaams Belang.

La règle de la distanciation physique a bel et bien été brisée ce dimanche après-midi, mais la liberté d’expression a été préservée et cela est tout aussi vital pour la respiration d’une société ! De plus, il semble que cet événement ne soit pas à ce point dangereux sur le plan sanitaire : porter les masques et se trouver en plein air, même un peu trop serrés, est moins risqué que de se presser dans un grand magasin bondé ! On verra dans dix jours…

Par contre, on constatait une réelle « distanciation sociale » au vrai sens du terme car il n’y avait que peu de ressortissants d’Afrique du Nord pourtant soumis à haute dose au racisme conscient et inconscient de notre société. Il nous faut rappeler tout de même le lourd contentieux qui existe entre « Arabes » et « Noirs » vu les siècles d’esclavagisme organisé par des mafias arabes en terres noires, souvent au profit des Blancs qui volaient ainsi les êtres humains pour en faire une « force de travail » à exploiter jusqu’à la mort. Et les heurts violents entre communautés noires et maghrébines sont bien connus.

Le combat contre le racisme est loin d’être terminé. Pour cela, il faudra que tous se plongent dans les livres d‘histoire afin d’écrire les chapitres nouveaux d’une société qui reconnaisse tous ses membres comme libres et égaux en dignité et en droits.































 

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Commentaires

Portrait de Jacqueline Goffin
C’était une erreur du bourgmestre Close de laisser avoir lieu une manifestation statique. Il a probablement sous estimé le nombre. En marchant il y aurait eu moins de problème ou avec un sitting au bois de la Cambre. Quant aux casseurs et pilleurs , qui sont ils? A t on vu les vietnamiens en France casser tout après la guerre du Vietnam? A Los Angeles, les magasins asiatiques ont été pillés mais a dit un journaliste : Pq n’y a t il pas de magasins noirs ds les quartiers noirs mais des magasins asiatiques? Pq les asiatiques réussissent ils tellement bien aux usa qu’on a du leur mettre des points négatifs ds la discrimination positive ? Et pour revenir aux noirs en Belgique, la solution est de travailler en classe sur les racismes et enseigner l’histoire n’est pas la seule solution.
Portrait de Jean Hanssens
Marius Gilbert, épidémiologiste a déclaré à la RTBF, entre autre, “… Je pense que l’exercice de valeurs démocratiques fondamentales en fait partie. Il ne faut pas toujours s’emparer d’arguments sanitaires pour en faire des questions politiques“, a-t-il poursuivi.“Le fait d’autoriser ou non une telle manifestation est évidemment une question éminemment politique, plus qu’une question sanitaire. La recommandation d’éviter les grands groupes est toujours en cours. Et le rassemblement de dimanche allait à l’encontre de cela. Mais il faut quand même admettre que du point de vue des valeurs démocratiques, il y avait un événement exceptionnel“, a-t-il conclu. Et dans la foulée, plus belle encore, quand Emmanuel André, virologue a publié ce texte sur son réseaux social Twitter : « Si le racisme n’existait pas, 10.000 personnes n’auraient pas du rappeler à Bruxelles que nous sommes tous égaux. A ces personnes, je demande de respecter strictement les gestes barrière pendant 15 jours et continuer leur combat toute la vie. »

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