semaine 42

Sur la Sambre avec Stevenson (Namur)

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 29 juin 2021

Namur, à hauteur du Grognon et du Parlement wallon, là où la Sambre se marie au courant de la Meuse. L’œuvre de Jan Fabre “Searching for utopia” Reportage photographique, vidéo et drone © Jean-Frédéric Hanssens

A Namur, un rocker à cheval sur une tortue

Le voyage commence par la découverte fortuite d’un exemplaire en bon état de “L’Ile au trésor” de Robert Louis Stevenson. Il attendait dans une boîte à livres située à Beaumont, dans une petite rue aux pavés luisants de bruine. Un peu plus tard, au hasard d’une rencontre avec un éclusier, sur le halage de la Haute-Sambre, entre Thuin et Lobbes, l’échange de propos sur la pluie et le beau temps dériva vers la navigation bloquée depuis 2006, entre la Belgique et Paris, car des ponts avaient fait leur temps, sur le canal de liaison de la Sambre à l’Oise.

A l’entame de 2021, la rumeur annonçait l’espoir de la reprise, annoncée pour la fin de ce mois de juin, mais le scepticisme restait de mise...

Peu après, la rencontre d’artistes réunis par l’association Idem+Arts, à Jeumont, me fit découvrir que l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson avait voyagé en canoë, d’Anvers à Pontoise, via la Sambre, en 1876. La lecture de “An inland voyage” ou “En canoé sur les rivières et canaux du Nord”, récit picaresque de cette aventure, m’encouragea à retracer un morceau de ce parcours, toujours en cours, avec Jean-Frédéric Hanssens et sa boîte à images. Redécouvrir “L”île au trésor” m’avait enchanté, comme à l’âge de quatorze ans.

Aussi, quelques mois avant la reprise de la navigation, passé le printemps, avons-nous pris la route. Seize années se seraient écoulées avant que la navigation reprenne sa noria. De grands travaux s’imposaient pour reconstruire les ponts-canaux de Vadencourt et Macquigny et rénover 25 écluses. L’idée était d’aller voir où en était le chantier...

Indifférent à la frontière, un “pays de la Sambre” dessine sa géographie propre. Longue de 190 kilomètres, la Sambre prend source dans le bois de La Haie-Equiverlesse, à Fontenelle, près de Novion-en Thiérache. Passage naturel entre l’Europe du Nord et Paris, le sillon Sambre-et-Meuse sépare la zone carbonifère et le massif ardennais. Cette très ancienne route est impregnée d’une mémoire vive.

A la sortie de l’hiver, l’information officielle du retour des bateaux de plaisance fit très vite le tour des rivières et canaux, des Pays-Bas à l’Allemagne, de Belgique à la France, de la Meuse au Rhin, du Verse Meer à la Marne et du Rhône à la Méditerranée.

D’où cette balade entre Namur et Paris, à la lueur des mots de Stevenson et un peu dans son esprit, en rencontrant des plaisanciers, des éclusiers, des cyclistes, des pêcheurs, des promeneurs, des rêveurs. En glanant des fragments d’histoires et des images au fil de l’eau, dans les conditions du coronavirus, où l’aventure est plus que jamais à côté de chez soi.

Des escales balisent ce trajet: Namur, Charleroi, Thuin, Erquelinnes et la frontière, Vadencourt, les résurgences de Stevenson, l’approche de Paris....

On a démarré à Namur, à hauteur du Grognon et du Parlement wallon, là où la Sambre se marie au courant de la Meuse. Sur les contreforts de la citadelle, face au panorama en terrasses, nous sommes tombés en arrêt devant la démesure de la sculpture en bronze doré de l’artiste Jan Fabre. Chevauchant une tortue de la taille d’une baleine, un rocker en perfecto fixe l’horizon. Fabre a nommé l’oeuvre “Searching for utopia”. Son cavalier de métal fait tourner la tête des fous de selfies. Confronté à la dérive du monde l’androïde à la Blade Runner serait un personnage selon Stevenson.

Cet animal de métal évoquerait la sagesse qui manque tant au monde, celle d’une manière d’aller lentement, en prenant le temps, luxe insensé.

De quoi suivre, en amont de la capitale wallonne, à l’ombre de l’abbaye de Floreffe, des bateaux qui se regroupent à la halte nautique. Des cyclistes et marcheurs se détachent en pointillés sur le halage. Deux péniches se croisent. Silence. Le vent ébouriffe une eau mate et soyeuse. La vallée s’évase, le ciel se fait plus bas. Des usines émergent des champs à Sambreville.


Au-delà se profilent Pont-de-Loup, avec le chantier naval qui a survécu et tient bon. Bientôt Charleroi étire ses lignes droit devant, cheminées, toits, ring, beffroi, chaussées, trams, bus, terrils.


Photos, vidéo et drone © Jean-Frédéric Hanssens


Reportage réalisé avec le soutien du Fonds pour le Journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles

Vous pouvez aussi retrouver ce reportage dans le N°23 du magazine trimestriel MEDOR qui vient de paraître début juin.

A suivre la semaine prochaine "Charleroi : Passé Marchienne s’ouvre la Haute-Sambre"

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