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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Le train-train, pas toujours quotidien

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 29 juin 2018

Il n'y a pas qu'à bord du Transsibérien que souffle le vent de l'aventure. Ainsi, lors de ce voyage Bruxelles-Midi/Charleroi...PH ML

C'était mardi en fin de journée. Gare du Midi, la foule s'amassait sur plusieurs quais. Les gens tentaient de comprendre pourquoi leur train ne se pointait pas. Des panneaux indiquaient que suite à des événements divers c'était le bazar mais rien ne bougeait. On disait qu'une personne s'était jetée sous un train et que des gamins avaient balancé des pierres sur un convoi. Rien de vraiment confirmé. Bref, la Bérézina. 

On s'est assis par terre, on a mangé des sandwiches, bu de l'eau et de la bière, palabré puis des mouvements se sont produits. Un train a démarré. Un autre a bougé. Les passagers pour Charleroi se sont encaqués dans un train plus vintage que ça tu meurs et, sur la plateforme les langues se sont déliées. Un père était angoissé, ses enfants l'attendaient à la maison. Des écoliers revenaient d'excursion, les instituteurs gardaient leur calme et les gosses riaient. Un type encore jeune a déclaré qu'avec la SNCB c'est toujours la cata.

C'est alors qu'une accompagnatrice s'est aventurée dans le public. Le gars énervé l'a accablée de tous les maux de la société qui l'emploie. Elle a dit qu'elle ne pouvait rien faire pour empêcher une personne de se suicider. Des voyageurs lui ont donné raison. Elle était sympathique, la dame. Calme. déterminée. Sang-froid. Des livres de poche ont surgi de quelques sacs puis, patatras, on s'est arrêté à Braine-l'Alleud. Le monsieur relax qui revenait de l'étranger a dit salut et souhaité bonne chance aux autres. Il était chez lui.

Tout le monde s'est retrouvé sur le quai, en espérant qu'une autre machine surgisse. Dix minutes plus tard, c'était le miracle. Rebelote on s'est retrouvés en route pour Nivelles, mais on n'irait pas plus loin. Depuis le début de cette petite débâcle, trois heures s'étaient écoulées à peu de choses près. Quand le train s'est figé à Nivelles, des jeunes se sont marrés. Quelqu'un a dit que la prison locale faisait B&B. Et que les voyages Francken vous ramenaient en avion, gratuitement. Là, le compartiment qui commençait à faire corps s'est gondolé, tendance gauche, cosmopolite, bref, on allait à Charleroi...

Le trafic des smartphones était intense. Retransmission du voyage surprise en direct. Sans que l'on puisse rien y changer, quelque chose s'était produit dans le train-train du quotidien et, au fond, c'était plutôt bien. Pour tout dire on savait quand même bien qu'à la fin tous nous arriverions à notre home sweet home et on a eu une brève pensée pour les demandeurs d'asile qui ne voient pas le bout du chemin. Le frisson du danger parcourait les échines mais sans trop insister. Et aucun grand match ne semblait fixé dans l'immédiat, du côté de la Russie. Alors autant profiter de ces moments de liberté, ce qu'on a fait. Une dame qui n'a plus vingt ans depuis longtemps se réjouissait de voir que son mari s'était levé de son fauteuil pour venir la chercher à Luttre. Ah l'amour...

Dans le tas, plus d'un se sera demandé ce qui a poussé une personne au bout du désespoir devant la loco et quelle mouche a piqué des ados pour balancer des cailloux sur un train. Dans un cas comme dans l'autre, un épais brouillard règnera toujours sur ces questions restées sans réponse l'autre soir comme aujourdf'hui. Le train-train est une notion que le quotidien n'intègre pas.  

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