semaine 14

200 colis au resto du coeur carolo

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 20 mars 2020

Pour assurer la distribution des colis en minimisant les contacts, le père de Céline a construit un guichet avec une table et du plexiglas. Reportage photo © Marcel Leroy

Toute personne qui se présente emporte un colis avec des sandwiches, un fruit, des biscuits ou gaufres, plus des légumes, de l'eau, du pain, selon les dons récoltés.

Tôt le matin, dans la cuisine, l'équipe du resto coupe et garnit sandwiches et tartines avec du thon, du fromage, du jambon, des aubergines, il y en a pour tous les goûts.

A l'entrée, Denis invite les gens qui font la file - avec l'aide de la police pour éviter tout groupement- à prendre leur colis. Tout se passe dans la bonne humeur, malgré tout.

Le maître, comme tous les SDF, partagera avec son chien. La solidarité dépasse les différences. Photos © Marcel Leroy

Depuis une semaine, le Resto du Coeur de Charleroi ne sert plus de repas, mais des sandwiches. En plein air, dans l'allée latérale du bâtiment. Mercredi, lors de l'annonce de conditions plus strictes, l'affluence fut telle qu'il fallut interrompre la distribution de colis d'urgence, sous peine de ne pas respecter les règles sanitaires de base. La fièvre monte vite dans les moments d'extrême tension. En deux jours, l'équipe a repensé l'accès. Il fallait assurer la sécurité dans la rue, canaliser le public. Filtrer l'accueil pour éviter les embouteillages. Fabriquer des masques pour les travailleurs, volontaires. Des membres du personnel ne peuvent plus assurer leur service  pour raisons de santé. Le service est assuré sous la direction de Céline, qui passe en revue tous les problèmes et cherche des solutions. Toute l'association se mobilise pour tenir la distance.

Appelée à la rescousse, la Ville a envoyé quatre policiers pour installer des barrières nadar et former une file. Le CPAS a prêté un de ses agents en renfort (merci Aurore, aide familiale), tandis que Denis Uvier, éducateur auprès des SDF, ancien vice-président du resto, accueillait les gens à la grille. Le principe est de recevoir une personne par famille, pour réduire l'affluence. Tout s'est déroulé dans une ambiance paisible, chacun comprenait les raisons de ces règles strictes. Selon les témoignages, pour les précaires, tout se complique. Impossible d'utiliser les toilettes des hôpitaux. Les cafés étant fermés, où s'arrêter? Au resto, les sanitaires ont du être fermés. Trouver un pain dans la ville devient difficile, déplorait un sans abri. Surtout quand il n'y a personne dans les rues et que la manche ne rapporte plus un rond. 

Malgré tout, histoire de ne pas se laisser abattre, de rares feintes, style "Les pistolets sont si bons qu'on fait la file!", tentaient de soulager la tension. Les nouvelles circulaient, évoquant le chaos du monde et le cauchemar vécu par les êtres dont le quotidien, déjà lourd à assumer, était soudain insupportable. Comme le personnel soignant, les travailleurs sociaux affrontent un marathon, conscients de la nécessité d'aller vers des publics moins visibles, peu apparents, calfeutrés dans les interstices de la ville. Une dame qui est sortie de la rue et habite dans un logement de transit insistait sur la difficulté de se laver. Un homme montrant les paumes de ses mains ouvertes, demandait où se désinfecter. On n'avait pas de réponse et c'était dur de le constater, vendredi matin, place Delferrière. 

La distribution des colis va se poursuivre, dans les règles, acceptées par les gens qui se présentent. Certains craindraient les uniformes des policiers. Mais les sans papier et autres, tenant à la discrétion, n'ont pas à se méfier. En première ligne, les policiers connaissent les problèmes. Comme les travailleurs sociaux, ils voient qu'il faudra déployer de grands moyens, des tonnes de bonne volonté et des montagnes de solidarité pour que les plus faibles ne s'enfoncent pas plus encore. Plus bas que les citoyens qui ont un toit décent et de quoi manger et acheter du savon. Suivre les infos en percevant des lueurs d'espoir, car une lutte contre la montre est en cours. Et que dire de ceux qui, sans des voisins vigilants ou proches attentifs, se retrouvent si seuls face à leurs murs.

Au resto du coeur, des femmes et des hommes de bonne volonté essaient de faire tomber des murs. On aurait peur de dire que c'est à mains presque nues...

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