semaine 49
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Comme un grand théâtre

Le 06 août 2016

Diverses mises en scène politiques et de communication.

Jeudi 28 juillet

 Après deux années passées à Bruxelles, l’opposant congolais socialiste de toujours Étienne Tshisekedi, 83 ans, est revenu chez lui hier. Kinshasa l’accueille en une liesse débordante. Tout au long du parcours, depuis l’aéroport, les femmes dansent et les hommes chantent. Il fallut cinq heures pour que le vieux lion puisse accomplir les 15 kilomètres qui le séparaient de son domicile. Touchant pour lui et ses partisans, inquiétant pour Kabila et la caste qui exerce le pouvoir. Mais le lion est vieux…

                                                                       *

Recep Erdogan aux Américains et aux Européens : « Mêlez-vous de vos affaires ! » Justement, il se fait que « leurs affaires », c’est notamment l’état et le devenir de la Turquie. Parce que la Turquie fait partie de l’OTAN, parce que la Commission européenne possède toujours une demande de candidature à l’entrée dans l’Union, parce que la Turquie est sensée s’occuper de centaines de milliers de réfugiés syriens et irakiens (l’Europe a même déboursé beaucoup d’argent à cette fin…) et parce que, entre autres choses encore, voir naître une nouvelle dictature aux confins du fragile et menaçant Proche-Orient ne peut laisser deux des plus grandes puissances mondiales indifférentes.                                                          

                                                                       *

Que ce soit la dixième ou la douzième fois, on ne se lasse pas de revoir Cent mille dollars au soleil, cet alerte film d’Henri Verneuil rehaussé des dialogues (le mot est au singulier dans le générique) d’un Michel Audiard en grande inspiration où l’on se laisse emmener au sein de cette aventure de camionneurs long courrier dans le Maghreb, dont le patron, un gros diabétique vulgaire, est surnommé La Betterave (fallait la trouver celle-là…) Ventura, irascible empressé, bouscule tout sur son passage ; Belmondo, escroc et habile philosophe réfléchissant, devant son bahut en panne (pardon, « en rideau »…) à ce qu’il se payera grâce au magot (« …un étang avec des canards ; c’est con des canards, mais ça fait cossu… ») et Blier, peinard, qui joue le rôle de la tortue face à ces deux lièvres, où l’expression « suivre son petit bonhomme de chemin » n’a jamais été aussi bien illustrée. Un chef-d’œuvre dans la bonne distraction, un régal. Bref : à revoir encore.

 

Vendredi 29 juillet

Le roi Felipe VI a demandé à Mariano Rajoy de former un gouvernement pour mettre fin à sept mois de blocage. Le Premier ministre sortant accepte mais s’il a remporté les élections du 26 juin dernier, le parti conservateur qu’il menait à la compétition est encore loin de la majorité absolue. Il s’agit de trouver un partenaire. La tâche paraît insurmontable mais la crise que vit l’État central avec la Catalogne aux appétits d’indépendance modifiera peut-être les données du casse-tête. Même en football, Barcelone et Madrid ne cessent de se toiser.

 

                                                                       *

 

 Enfin ! Á peine rentré d’un voyage dans les îles françaises du Pacifique, Alain Juppé s’est exprimé publiquement sur le climat morose qui règne dans la société française à la suite des attentats. Il use d’un langage clair, posé, réfléchi, loin de tout ce que l’on avait entendu jusqu’ici venant de la droite avec les boutefeux Ciotti, Estrosi et Waucquiez, ainsi bien entendu, en chef de guerre interne, que Nicolas Sarkozy. « Ni angélisme, ni surenchère ! » clame Juppé. Son analyse est évidemment critique vis-à-vis du gouvernement mais elle est aussi très éloignée de celle que pratiquent les ténors de son parti. Après le 14 juillet niçois, on était attristé de  constater qu’il hurlait avec les loups. Ce ne pouvait être qu’une mauvaise attitude ; les vrais voyous sont plus forts que les faux, ceux qui font semblant de l’être, par tactique. Tous les westerns le démontrent. Juppé s’est ressaisi. On s’en réjouit. La première condition pour se faire apprécier en politique, c’est d’être soi-même.

 

                                                                       *

 

 « Seigneur, pardon pour tant de cruautés. » Tels sont les mots que le pape François écrivit ce matin dans le livre d’or du camp d’Auschwitz-Birkenau qu’il visita où un million de personnes périrent dont 900.000 juifs. Comme ses prédécesseurs Jean-Paul II (le 7 juin 1979) et Benoît XVI (le 28 mai 2006), pas un mot à propos de Pie XII, dont on sait formellement désormais qu’il connaissait la Shoah dès l’automne 1942 et qu’il entretint des relations pour le moins ambiguës avec Hitler bien avant 1940 déjà. Le pardon est le confort moral des grands. Les petits ne jouissent pas de ce privilège. S’il est prouvé qu’ils ont gravement fauté, ils sont, à juste titre, irrémédiablement punis. Pie XII, lui,  mourra dans son lit, en la résidence de Castel Gandolfo, en 1958, à l’âge de 82 ans.

 

                                                                       *

 

 Le papa de Claude Lelouch à son fils : « Dans la vie, il faut tout faire comme si tout allait bien. »

 

 

Samedi 30 juillet

 

 Le syndrome de l’index pointé commence à devenir très agaçant chez les politiques aux Etats-Unis à tel point que la stature n’étonne plus personne. Pire : on sait ce qui va se passer quand ils prennent la pose à la fin d’un meeting ou dans toute forme de rassemblement où ils apparaissent face à la foule. Ils font semblant de reconnaître une personne de l’assistance, s’en étonnent (Ah ! Tu es là aussi ! Salut toi !) et la montrent du doigt. Si la vedette n’est pas seule sur scène, elle confiera sa découverte à la personne qui l’accompagne. Ainsi, la photographie marquant la clôture de la Convention démocrate de Philadelphie montre la candidate Hillary dans les bras de son mari Bill Clinton, lequel pointe l’index vers la salle en invitant son épouse à partager sa trouvaille. Le communicateur qui inventa cette méthode avait été judicieux. Cette attitude produisit des allures fort réussies. Il est temps désormais de penser à un autre comportement afin que l’image ne sombre pas dans la rengaine médiatique.

 

                                                                       *

 

 Être naturel est aussi une pose, et la plus irritante que je connaisse. (Oscar Wilde. Le Portrait de Dorian Gray, 1890)

 

 

Dimanche 31 juillet

 

 Dans cette majestueuse cathédrale de Rouen que Monet peignit plus d’une fois de toutes ses lumières, des dignitaires musulmans assistent à la messe d’hommage au prêtre assassiné, main dans la main avec les catholiques. Ce geste d’apaisement est accompli dans d’autres églises, en particulier dans la cathédrale de Saint-Denis où gisent les rois de France. C’est sympathique mais c’est trop tard. Désormais, plus personne ne pense que les assassins de masse répondent à des injonctions de chefs religieux. Ce sont des détraqués qui trouvent un besoin de se réaliser en commettant un acte d’horreur, tout simplement. Mais si cette mascarade peut contribuer à réduire les amalgames dont les musulmans sont victimes, pourquoi pas ? En cette journée dominicale creuse, l’événement retient l’attention des médias. Soit. On n’évoquera pas les vingt siècles qui viennent de s’écouler pour démontrer que les religions monothéistes ont toutes et toujours accouché de guerres et de massacres en s’opposant l’une et l’autre. Les catholiques ont réussi, au fil du temps, à faire passer l’idée que « Dieu est amour. » De fait, Jésus est un homme de bien et de bienfaits. Il est difficile d’en dire autant de Mahomet. Et si les catholiques sont parvenus aussi à taire les chapitres de la Bible mouillés de sang (Sodome et Gomorrhe par exemple), il sera difficile aux musulmans de démontrer que le Coran est un livre de paix.   Les radios de midi reflètent l’émotion. Des micros sont tendus. Une dame, sur le parvis de la cathédrale, la gorge serrée, confie sa joie et son émoi : « Nous avons le même Dieu » s’exclame-t-elle. Ben non justement, et c’est bien là le problème… !

 

                                                                       *

 

 « Je ne sais quelle métaphysique de Platon s’amalgame avec la secte nazaréenne » (Voltaire. Philosophie, II, 69)

 

                                                                       *

 

 On ignorait que Juppé avait clos sa conférence de presse de vendredi dernier par un petit coup de patte bienvenu. Le Journal du Dimanche nous l’apprend. Bien loin des commentaires sur les attentats et la manière de gouverner, il lança : « Il va se passer le 15 août un événement extraordinaire : Nicolas Sarkozy va se décider à être candidat. » Ah ! On ne sera pas déçus en suivant les débats de la primaire à droite ! …

 

 

 

                       

 

                                                                     

Ajouter un commentaire

entreleslignes.be ®2020 design by TWINN