semaine 38

L'enfant universel

Une édition originale par Thierry Robberecht, le 13 septembre 2020

© Serge Goldwicht

Personne ne sait rien, personne n’y comprend goutte. C’est toujours comme çà avec l’inédit. La nouvelle provoque un véritable séisme partout dans le monde. Après neuf mois de confinement alors qu’il affirme n’avoir eu aucun rapport sexuel, un homme attend un enfant. Sa grossesse, confirmée par une échographie est déjà tellement visible que les passants qu’il croise le classent parmi les gros buveurs de bière au ventre proéminent. Quand d’autres cas d’hommes enceints se sont déclarés un peu partout sur la planète, en Chine, en Indonésie, en Russie et aux Etats-Unis, des scientifiques se sont penchés sur le phénomène, le premier dans l’histoire de l’humanité. Certains chercheurs pensent qu’il s’agit d’une réaction génétique face à la pandémie qui menace l’humanité. Une adaptation des humains pour lutter contre leur disparition. Aujourd’hui, les hommes mettraient des enfants au monde sans accouplement pour sauver l’humanité. Une tentative sans précédent pour sauver l’espèce. Une adaptation de la nature pour contrer le covid-19, d’autant que les femmes continuent à mettre des enfants au monde. Immédiatement, la plupart des religions condamnèrent les grossesses masculines contre nature et diaboliques qui ne peuvent en aucun cas être l’œuvre de Dieu. L’attente fut longue mais le grand jour finit par arriver. L’homme n’étant pas naturellement prêt à expulser un bébé de son ventre, l’enfant naquit par césarienne. Surprise, encore une. Il est noir.

- Vous avez eu des relations avec un africain ? lui demanda le stupide androcologue dépassé par l’évènement. La presse diffusa la photo du premier enfant mis au monde par un homme. Immédiatement, les représentants des principales religions condamnèrent cet enfant noir né d’un homme : « L’enfant du diable ! ». Des ultras religieux, des croyants et des militants d’extrême droite organisèrent des manifestations devant l’hôpital pour condamner la naissance du bébé. Les premiers parce qu’il était né d’un homme, les seconds parce qu’il était noir : Non à l’enfant du diable ! Non à l’enfant contre Nature ! Pas étonnant qu’il soit noir !

- Je suis juif annonça le père. J’aimerais que mon enfant soit considéré comme juif et soit circoncis. On consulta des rabbins mais la plupart refusèrent d’accueillir l’enfant né d’un homme dans la communauté sauf l’un d’eux qui assista à la circoncision de l’enfant par son père huit jours après sa naissance comme le veut la tradition. Devant l’hôpital, les manifestations doublèrent d’intensité. Les ultras religieux, les racistes et les antisémites avaient trouvé un terrain d’entente.

- Il est noir, juif, peut-être également arabe et asiatique, déclara le père au journaliste de la télévision venu l’interviewer dans sa chambre d’hôpital C’est l’enfant universel ! Quand des projectiles furent lancés sur les fenêtres de la chambre de l’hôpital et que les cris des manifestants réveillèrent le bébé, le père traumatisé quitta l’établissement en pleine nuit en emportant l’enfant. Depuis, personne n’a plus de nouvelle parce qu’ils se terrent. On promet une énorme prime à celui ou celle qui les retrouvera. L’enfant et son père se cachent peut-être dans votre hall d’immeuble, dans votre rue, votre cave ou votre jardin. Vérifiez !

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