semaine 44

Musique et paroles

Pérégrinations par Lucie Van de Walle, le 24 juin 2016

En cette période de fin d’année, je décide de me rendre au Conservatoire Royal de Bruxelles pour écouter les examens publics des étudiants musiciens 

en fin d’études, soit les «Master 2», lesquels se donnent dans la grande salle de concert. 

Il faut savoir que  le Conservatoire Royal de Bruxelles / Koninklijk Conservatorium Brussel, est réparti sur deux sites principaux. Rue du Chêne pour les francophones, rue de la Régence pour les néerlandophones. Mais qu’il reste quelques parties communes, dont la fameuse grande salle. 

Arrivée rue de la Régence, j’entre dans le bâtiment principal, car ladite grande salle n’est cette fois pas accessible côté rue. J’accède ainsi à un sas bouclé par une porte de sécurité coulissante à commande électronique. Ce qui veut dire que, pour que je puisse poursuivre mon chemin, quelqu’un doit appuyer sur un bouton. 

À ma droite il y a une loge d’accueil, à ma gauche, une autre loge d’accueil. 

J’interpelle un préposé, “Pourriez-vous m’ouvrir la porte s’il vous plait ?” Il ne me répond pas, mais me fait signe de la main de m’adresser de l’autre côté. Mais dans la loge de droite, il n’y a personne. J’attends un peu puis je manifeste mon impatience. Rien ne bouge. Le préposé disparaît, me laissant désemparée. Je réalise que si j’avais dit “Kunt U de deur openen, astublief ?” ou si j’avais articulé un autre sésame gagnant “ Could you open the door ?”, la porte se serait ouverte par enchantement. Mais hélas, je m’étais étourdiment idenditifiée comme francophone et dès lors, rien n’était possible. 

Finalement, un néerlandophone de passage, manifestement non habilité à cette tâche précise, est venu à mon secours en s’enhardissant à me tendre une feuille pour inscrire mon nom et a appuyé sur le fameux bouton libérateur.  

De toute évidence, ce n’est pas par esprit de courtoisie que les néerlandophones engagent des employés avec pour mission d’être obtus. Cela ne dit pas non plus pourquoi la loge des employés francophones était vide. On pourrait écrire pas mal de variations sur ce sujet très belge. 

C’est la première fois que dans ma bonne ville de Bruxelles, où je vis avec plaisir depuis longtemps, je suis l’objet d’une bête discrimination. Les discriminations étant toujours stupides et dangereuses. Celle-ci fut sans conséquence, on sait que d’autres peuvent être mortelles. 

En suivant le parcours fléché “Examens Master” pour atteindre la grande salle par l’intérieur on se rappelle à quel point le bâtiment est en mauvais état et obsolète. Inutile de décrire aussi la décrépitude de la grande salle, sujet récurrent dans les médias. 

Je m’installe enfin dans la salle et tout ouïe j’assiste à la prestation très convaincante d’un talentueux jeune homme du cours  “traverso”, donc de la branche “musique ancienne”. Selon les cas les étudiants doivent pour leur concert final disposer d’un clavecin, d’un piano-forte ou d’un orgue positif.  En échangeant quelques propos de voisinage, j’apprends – mais où ai-je l’esprit ! - que ces instruments sont au coup par coup transportés depuis la rue du Chêne (francophone) jusqu’à rue de la Régence (néerlandophone). D’une part les instruments néerlandophones ne sont pas à prêter hors cercle linguistique et inversement, je suppose, et par ailleurs les francophones auraient des instruments de meilleure facture. 

Ce petit jeu ordinaire sous nos cieux atteint selon les secteurs des proportions délirantes qui ne cessent de stupéfier le citoyen, alimentant la guéguerre entre Communautés capables néanmoins de faire bloc derrière son équipe nationale de foot. Pour autant qu’elle gagne, bien sûr.

Pour les amateurs, les examens publics se poursuivent jusque fin juin. Il faut aussi rappeler que les Conservatoires ont également, en saison, une programmation de concerts gratuits dans différents lieux. À ce sujet, il existe des brochures papier que l’on peut cueillir un peu partout, ou sur le site internet approprié. 

http://www.conservatoire.be/crb_concertsandco

http://www.kcb.be

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