semaine 22
Portrait de Richard Tassart
"Street/Art", le blog de Richard Tassart

Madame confinée.

Le 06 mai 2020

Dans quelques jours s’achèvera en France la période de confinement et commencera une nouvelle période dite de déconfinement, ce qui est une litote pour ne pas dire une sensible réduction des contraintes. Un moment historique à n’en pas douter qui laissera des traces ; douleur des morts par milliers, souffrance de ceux qui n’ont ni feu ni lieu, trace dans nos mémoires de ce printemps maudit.

Le temps n’est pas encore au bilan. Par contre, il n’est inutile de faire un point d’étape. Sans rue, le street art s’est confiné et quelques artistes nous ont donné à voir de bien belles œuvres peintes à l’atelier. Des artistes nous ont accompagné dans la traversée de ce désert culturel. Certains comme Philippe Hérard ont peint une œuvre par jour réalisant ainsi un journal ; d’autres nous ont aidés à « tuer le temps » en diffusant sur les réseaux sociaux des coloriages, des puzzles, des jeux de l’oie etc. Hopare, Kal Déa, Jibé, et d’autres, nous ont invité à faire « à la manière de ». Madame est allée plus loin encore en nous offrant à la fois des œuvres de confinement et des collages à faire chez soi. Cette louable initiative mérite bien un commentaire…et quelques remerciements !

Parlons donc de Madame. Non pas Madame de, œuvre de Louise de Vilmorin et film de Marcel Ophüls mais Madame sans particule, mais particulière à n’en pas douter. Madame, il y a des siècles de cela, avait une moustache. La moustache de Madame Moustache est tombée (peut-être sous le nez de Kashink ?) et Madame est restée. Madame est une collagiste. Ne cherchez pas le mot dans le dictionnaire, il n’y est pas (pour l’instant !). Néologisme qui désigne une artiste qui pratique le collage. Voilà plusieurs années, j’avais consacré un billet [1]à cette artiste, intéressé par l’originalité de ses œuvres. En effet, sur des supports aux dimensions variables, de petits formats à des fresques de plusieurs dizaines de mètres carrés, elle associe collage et lettrage. J’aime le jeu intellectuel d’une nouvelle image créée par le rapprochement d’autres images. Une illustration faite de reproductions d’illustrations. Une déclinaison de l’art d’utiliser les restes ! Les œuvres sont savamment composées et nul doute qu’un des objectifs de l’artiste est la recherche esthétique. Un des objectifs mais certainement pas le premier. En effet, à la beauté formelle s’ajoute la saveur dirais-je du rapport entre les mots et leur illustration. Leur conjugaison évoque pour moi les images pieuses qui étaient comme autant de signets dans mon missel et les aphorismes illustrés qui à la fin du 19e siècle et au début du 20e ont participé à la formation morale et civique de nos aïeuls.

Les phrases de Madame n’ont pas vocation à participer à notre formation religieuse et morale. Mais la présence de ces référents dans notre bibliothèque d’images et leur comparaison avec les œuvres de Madame est un clin d’œil, une source de plaisir d’esthète.

Madame ne se donne pas la périlleuse mission de l’édification spirituelle de ses contemporains, ses œuvres créent l’émotion, une émotion esthétique et le plaisir. Elle s’amuse à prendre les expressions au pied de la lettre, à en créer d’autres, à jouer avec et sur les mots et la diversité de leurs sens. Les images qu’elle crée en collant des éléments empruntés à des gravures anciennes, en donnant un aspect vintage, sont véritablement des illustrations, c’est-à-dire des images redondantes par rapport au texte. Leur caractère insolite, surréaliste, improbable, participe de l’humour discret mais toujours présent.

Somme toute, les collages de Madame sont de petits trésors ; des trésors d’intelligence, de beauté formelle et d’humour décalé.

En ces temps confinés, Madame nous donne à voir des collages qui traduisent nos communes émotions : la privation de nos libertés, l’ennui et leurs conséquences, le désir d’évasion, la nostalgie du paradis perdu qui se réduit modestement au regret de ne pouvoir aller boire un demi sur le zinc de son rade !

Madame ne tient pas un journal au jour le jour, ces œuvres « confinées » ne sont pas un carnet de bord. Elles disent ce que nous avons ressenti. Elles nous associent à ses émotions et à ses rêves. Elles sont douces et sensibles, tristes bien sûr.

Madame partage ses heurs et malheurs et, généreuse, nous propose de faire à sa manière. De faire du Madame, car ses collages ont une véritable identité plastique. Pour cela, elle nous donne tout le matos, les reproductions anciennes, un alphabet pour écrire des phrases. Un merveilleux bric-à-brac pour créer des œuvres d’art.

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