semaine 08

Le Traître, le mouvement de la balance 

Pérégrinations par Lucie Van de Walle, le 20 décembre 2019

C’est la nuit. Les mafieux siciliens assistent à la procession de Sainte-Rosalie. Ils s’observent. D’une famille à l’autre, pèsent des regards inquiets ou menaçants. C’est dans cette ambiance crépusculaire que s’ouvre Le Traître du réalisateur Marc Bellocchio. Ce film qui, en s’étant largement distingué au dernier festival de Cannes, en était étonnamment revenu bredouille. 

Le Traître, nous ramène dans la guerre interne que se livrait Cosa Nostra au début des années 80. Il est question de très gros bénéfices liés au trafic d’héroïne. Certains membres de la pieuvre sont plus menacés que d’autres. Qui sera le prochain éliminé, le plus souvent avec les siens ? Craignant pour sa vie, Tommaso Buscetta, membre important de la mafia palermitaine, s’exilera au Brésil, pour en être finalement extradé et se trouver face au juge Falcone. Et ce sont les interrogatoires ainsi que le procès de ce membre important de la mafia palermitaine qui forme la colonne vertébrale d’un chef-d’oeuvre du genre, exclusivement basé sur des éléments véridiques. 

Le traître - aux yeux de Cosa Nostra  - est donc ce Tommaso Buscetta qui, en brisant l’omerta pour la première fois de l’histoire, révélera de quoi inculper grosso modo trois cent cinquante criminels « d’honneur ». Les cas les plus graves seront condamnés à plusieurs peines de prison à perpétuité…

Le plus étonnant chez Tommaso Buscetta, dont la complexité est si brillamment mise en évidence par Pierfrancesco Favino, est qu’il refuse l’adjectif de « repenti ». Il parle au juge. Décortique la sanglante organisation, dénonce des tueurs. Mais c’est clairement pour se protéger ainsi ce qui lui reste de famille, et probablement pour se venger. C’est que, parmi ses proches, deux de ses fils ont, entre autres, été assassinés. Cosa Nostra ne ressemble plus à ce qu’elle fut à ses propres débuts. Il n’y aurait plus d’hommes d’honneur au sens premier de la tradition sicilienne. Alors Tommaso Buscetta n’est pas  un repenti, il ne renie pas la mafia du passé, mais l’entreprise criminelle qu’elle est devenue. Un genre de nostalgie. C’est assez ambigu comme attitude. 

Le morceau de bravoure du film est le procès en lui-même et qui fut tourné dans le bunker même qui fut le vrai tribunal. La petite histoire nous dit que Marco Bellochio a dû se défaire d’une centaine de figurants après qu’il fut avéré qu’ils ont été, a un degré ou un autre, liés à la mafia.

Dans ce tribunal, où les accusés nient l’évidence, ou encore, font tout et n’importe quoi pour perturber les séances, se joue une farce dramatique. Une comédie qui aurait pu virer au désastre juridique, n’était le sang froid et l’autorité du juge Falcone, lequel en 1992, fut assassiné sur ordre de Toto Riina, du clan des Corleonesi. Depuis, d’autres juges ont pris la relève, mais jamais sans risques.

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