semaine 49

Les clowns et les gangsters

Humeurs d'un alterpubliciste par Patrick Willemarck, le 13 janvier 2017

Photo © Jean-Frédéric Hanssens

La démocratie a de plus en plus des airs de cirque avec leurs clowns comme clou du spectacle. Elle serait victime du populisme, prétendent certains. Ne serait-elle pas plutôt  victime des clowns qui sont populaires par essence tant ils nous distraient.  Certains clowns  donnent même  l’impression de vouloir ou pouvoir nous diriger comme s’ils voulaient cacher que c’est la finance qui est à la manœuvre.

C’est qu’ils font de l’audience nos clowns, bien plus que les chercheurs scientifiques de nos universités. Certes, ils se cantonnent dans des émissions de divertissement plus que d’information et de débat. À tel point que les émissions  d’information se doivent de devenir divertissantes. Quoique. Le débat soporifique des candidats PS à la présidentielle  Française n’a amusé personne, ce 12 janvier. Ils auraient dû inviter un ou deux caricaturistes, ils auraient gagné en audience.  Les chaînes de télé l’ont compris, pour qu’une émission marche, il faut une émulation entre clowns. Ils y parviennent de mieux en mieux.  

Prenez quelques clowns professionnels comme Charline Vanhoenacker, Vizorek, Kroll, etc. et mélangez-les aux clowns qui veulent nous faire croire qu’ils sont aux manettes et le spectacle commence. L’audience arrive, et puis vient le moment où nous ne prenons plus rien au sérieux, surtout pas la politique et encore moins la démocratie. Nous y sommes.

C’est à ce moment-là qu’apparaissent les gangsters. Ils sont là. Avez-vous vu comment s’organise Trump ? Ce n’est pas un gouvernement qu'il compose, c’est un gang de militaires et milliardaires qui sont sensés faire le bonheur des cols bleus qui les ont élus. Et au MR, vous voyez la guerre des gangs entre le clan des Michel, le clan Renaissance et le clan Reynders rassemblés autour du petit gang du bel Armand et ses amis kazakhs ?  Et chez les démocrates aux USA ?  Tout le monde pleure Obama. Mais qu’a-t-il fait pour que les populistes ne l’emportent pas ?  Qu’a-t-il fait pour soutenir Bernie Sanders dans son parti ? Le gang Clinton était-il  incontournable chez les démocrates ?  Gardait-il toujours la rancœur d’une première défaite contre ce premier président noir? Et au PS belge ? Magnette  a réussi un beau coup avec sa résistance au CETA. Les gangsters du monde entier ont appris qu’il y avait un gang wallon et les gangsters du PS ont découvert que le gang Magnette se positionnait pour succéder à l’empereur Di Rupo. Mais que reste-t-il après ce coup d’éclat ? Je pourrais parler des gangs de la droite française, de ceux de nos amis flamands, de ceux du PTB et de leurs maisons médicales . ... les exemples sont légions. Je ne parlerai pas des gangs religieux. Nous sommes dirigés par des gangsters et cela risque bien de s’aggraver. Parce qu’ils n’ont pas peur des clowns tant qu’ils nous distraient, ce sont leurs complices.

Le problème des gangs, c’est l’autocratie et la loi du plus fort. La res publica n’est plus république, ils s’approprient le bien public pour l’échanger avec ceux qui leur permettront de maximiser leurs avoirs et lustrer leur égo. Et nous en rions. Trump nous fait rire.  Rire noir sans doute, mais rire tout de même. À New York, quelques Jazzmen et quelques artistes se rebellent et nous applaudissons, sans plus. Que le spectacle continue. Les médias sont niés dans leur rôle d’informer par le nouveau président élu et nous acceptons.Après tout, ces médias n’ont pas vu venir Trump.

Nous oublions juste que dans le monde des gangs, le respect se gagne par la peur qu’on sème. Et la peur a pour corolaire la violence. Parce que si la peur n’assure pas le respect on l’imposera par la violence. Comme le fait Daesch que tout le monde s’accorde à disqualifier en tant qu’état. Ce n’en est pas un. Mais nos États le sont-ils encore ?

Dans le monde des gangs, le bien devient mal et le mal devient bien. La planète ? On s’en tape, ça coûte trop cher. Ce n’est pas la planète qui va faire la loi chez moi. L’accès à la santé. Trop cher ? L’accès à l’éducation, trop cher et pas utile, on va avoir besoin de main-d’œuvre pour construire des murs au lieu d’un monde meilleur.

Et c’est à ce moment-là que Zygmunt Bauman tire sa révérence,  lui qui avait si bien compris l’évolution liquide de nos sociétés. Aujourd’hui, les chantres de la société de type noix de coco, bien dure et fermée à l’extérieur, reviennent au-devant de la scène pour préserver en leur sein ( donc dans leurs poches) les liquidités dont ils sont assoiffés. Heureusement, ils restent des hommes libres. Sauront-ils résister et préserver cette liberté chérie ?

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