semaine 49

C'est la faute à Picsou !

Humeurs d'un alterpubliciste par Patrick Willemarck, le 07 décembre 2018

©Walt Disney corp.

Comme le rappelle Jean Rebuffat dans son édito, la Belgique a réussi à avoir un Roi en incapacité de régner et, depuis vendredi, un chef de gouvernement en incapacité de gouverner. C’est fort, c’est surréaliste, c’est du belge.Charles Michel va partir en son nom personnel, à Marrakech. Sur quel budget ? En tant que chef du gouvernement, je comprendrais, mais à titre personnel, ce sont des vacances non ? J’espère qu’il aura la décence de payer ce voyage avec ses fonds propres. Parce que de l’argent, on n’en a pas trop, il faut bien l'avouer.

C’est d’ailleurs le point qui ne figure sur l’agenda de personne : le capital. Ni des dirigeants, ni des gilets jaunes. Nous sommes en manque de capitaux. Pas de capitalistes, non, de capitaux. A force de permettre leur concentration aux mains de quelques-uns qui le cachent et les mettent à l’abri des taxes, la classe moyenne rejoint les pauvres et  finira dans la misère. Ces très riches capitalistes, ne paient pas leur contribution et, comme le rappelle souvent le juge Michel Claise, c’est criminel. L’économiste, lui, ne voit pas le crime, il parle de stagnation. C’est le mot qui qualifie une société qui souffre d’un déficit de capital. Tout ça parce que nos dirigeants ne veulent ou ne peuvent plus le saisir là où il est ? Entre autres.

Comment en est-on arrivé là ? A cause d’une crise financière tellement grave que les banques ont dû être renflouées. Cette crise a amené les néo-libéraux au pouvoir et ils ont commencé à couper les investissements dans le social et le culturel. En France, en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni, le confort de la société démocratique a été mis en suspension. Paris brûle, la Belgique crie, l’Angleterre s’auto-détruit, l’Italie s’enflamme, les peuples mettent des gilets jaunes et se fâchent mais il n’y a aucun plan ni dans les pays, ni en Europe, ni au G20 pour renflouer nos sociétés.

Personne n’en parle, personne ne pose le problème. Comment espérer que le monde puisse encore évoluer sur le chemin de la paix, du partenariat et de la prospérité dans ce cas ? Sans renflouement pour les gens, le problème central du monde, la stagnation, n’a pas de solution et les gens inévitablement, s’en remettent à ceux qui osent prendre des mesures fortes ou en donnent le sentiment. La France de 68 se battait contre un Général, la France de 2018 en demande un, sans se rendre compte que les extrémistes et fanatiques qui plaident pour un pouvoir fort aujourd’hui, sont animés de la même haine de ce qui est au bas de la hiérarchie des classes, des races et des fortunes que tous ceux qui ont marqué l’histoire avant eux. Et au bas de l’échelle, il y a les migrants. Mais une fois, qu’ils seront virés ce seront les pauvres autochtones qui se retrouveront au bas de l’échelle et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on finisse entre-soi, la bande à Picsou !

Que faire ? Investir dans l’éducation, la santé, les médias et les jobs à créer demain dont on sait qu’ils n’existent pas encore. Recapitaliser les pme et les citoyens. Leur donner un peu plus de revenus, leur montrer un peu de considération, leur rendre un sentiment de sécurité, un sens de la liberté et un goût de prospérité. Hélas, nous sommes gouvernés sous le régime de l’austérité. En janvier 2012, dans une tribune du Monde, Michel Rocard et Pierre Larrouturou posaient une simple question : "Est-il normal que les États payent 600 fois plus que les banques ?"  Bloomberg allait révéler en novembre 2011 que la Réserve fédérale américaine avait prêté 1200 milliards de dollars aux banques privées américaines  au taux exceptionnellement bas de 0,01% lors de la crise de 2008. ils les ont renflouées et l'Europe fera de même. Est-il normal que les banques privées, qui se financent habituellement à 1% auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01%, en cas de crise, alors que certains Etats sont obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés.  

Rocard et Larroutourou posent la question et « fustigent les plans d'austérité successifs des pays européens. Ils  proposent dans leur tribune que la Banque centrale européenne fasse comme la Fed, par un mécanisme qui ne nécessiterait pas de revoir les traités. Car actuellement, la BCE ne peut pas prêter d'argent aux Etats, mais elle peut en revanche prêter aux organismes de crédit. Elle peut donc prêter à 0,01% à la Banque européenne d'investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02% aux Etats qui s'endettent pour rembourser leurs vieilles dettes. »

En résumé, ils proposent "que la "vieille dette" de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0%". Les Allemands s’y opposent. Ils veulent l’austérité alors qu’il faut faire tourner la planche à billets. Il faut créer du capital et l’injecter dans le circuit. Il faut créer de l’inflation, les prix augmenteront mais les revenus aussi et la dette diminuera. Macron essaie d’ influencer les Allemands sans employer les mots qui fâchent. Les allemands craignent qu'il veuille refinancer la France sur leur dos. Mais aujourd'hui,  son pays grogne et ses opposants s'excitent. Et Merkel n’est plus aussi déterminante. Il faut remettre le travail sur le métier. Pas facile.

Plus de capitaux, plus d’argent, ce n’est pas mal. L’argent ne fait pas mal, c’est sa concentration qui est mauvaise. Son manque est catastrophique. Ce doit être la priorité et ça mériterait aussi des marches de manifestants.  Il faut voir l’argent comme une ressource dont l’avenir d’une société, d’un pays, d’une fédération dépend. Les seules personnes qui profitent de l’austérité ce sont les vrais capitalistes extrémistes, ceux dont le revenu est tiré exclusivement du capital, de la dette que nous avons contractée auprès d’eux. Pour eux, investir dans le social, la santé, la culture… c’est réduire leurs revenus. Ils nous font croire qu’une société qui investit en eux est dangereuse et court à la ruine. C’est faux. Ils nous font croire que les migrants ruinent, nos vies, c’est faux. Ils souffrent aussi d’un manque de capital et bien plus que les gilets jaunes. Ces capitalistes réussissent à faire croire qu’il est plus moral d’être pauvre que d’être riche. Et on finit par le croire, parce qu’inconsciemment le citoyen se dit aussi qu’une dette, ce n’est pas bien, c’est vivre au-dessus de ses moyens, c’est de la mauvaise gestion de l’argent du ménage. On les voit mal aller manifester pour plus de dettes, du coup.

En juillet 2015, Rocard reviendra à la charge sur Europe1La dette est une construction artificielle créée par les banques avec le consentement des états pour dépouiller les peuples et en faire des esclaves à leur solde. Les gouvernants sont au courant… et ils laissent faire!!! Honte à eux!!! Honte à nous aussi ! Nous les laissons faire… »

Pendant ce temps-là, personne ne souligne qu'il y a des multinationales côtées en bourse et largement défiscalisées qui remplissent les linéaires de nos magasins avec des produits de lessive et autres parfums et affichent dans leurs bilans, des dettes immenses et  permanentes que personne ne questionne. Alors on se fout de qui, les Picsous ?

 

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