semaine 21

Le pays des mille et un cauchemars

Question d'optique par Jean-Frédéric Hanssens, le 17 mars 2017

C'était au Yémen en 1979. A Kawkaban, une petite ville située au pied d'un massif rocailleux, au nord ouest de la capitale, Sanaa. Les enfants souhaitaient se faire photographier, c'est à qui attirera mon regard.  Cette fillette entre 6 et 8 ans me montre timidement sa petite poupée blonde. Evidemment que je ne peux la rater. On parle à l'époque de mariages forcés pour des fillettes dès l'âge de 8 ans. En fait, il n'y avait pas d'âge minimum légal pour les contraindre à vivre avec un homme souvent plus âgé qu'elle de plus d'une trentaine d'années. Il aura fallu attendre en 2008, le cas de la petite Nudshud Ali, 10 ans, qui avait obtenu le divorce via une décision de justice, pour qu'en 2009 le Parlement yéménite adopte une loi autorisant le mariage légal à partir de 17ans tant pour les filles que pour les garçons. Mais cette loi, d'après 17 signataires de la fatwa, viole la charia et n'a donc pas de fondement islamique et donc est contraire à la Constitution. C'est à cause de cette double interprétation de la loi, qu'en 2013 Rawan, une fillette yéménite de 8 ans, est morte au lendemain de sa "nuit de noces" des suites des blessures subies lors des relations sexuelles imposées par son "mari", âgé d'une quarantaine d'années. Elle avait été vendue à un Saoudien par son beau-père pour 2.024 euros.  Et la situation ne risque pas de s'améliorer dans ce domaine. Le pays est aujourd'hui  déchiré par la guerre et doit faire face à une crise humanitaire sans précédent. Plus de la moitié des habitants, soit 14,1 millions de personnes souffrent de malnutrition due au manque de denrées alimentaires et autant de Yéménites n’ont plus accès aux soins. Le pays dit "des mille et une nuits" n'est pas près de sortir de son cauchemar.
 

photos: 

Yemen Photo © Jean-Frédéric Hanssens

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