semaine 39

La fin de l'histoire

Edito par Jean Rebuffat

Il y a environ 66 millions d'années, il valait mieux ne pas habiter à Chicxulub (Yucatan, Mexique). L'illu vient de la Nasa et selon Wikipédia, qui s'en sert pour illustrer l'extinction des dinosaures, est libre de droit à condition de mentionner son origine (des espèces)

Il y a un tiers de siècle le mur de Berlin s’effondrait et certains crurent que c’était la fin de l’histoire. Que 1989 fut une date importante, nul doute. Mais la fin de l’histoire…

On y vit d’abord la victoire par forfait(s) des démocraties libérales sur un totalitarisme ayant dévoyé une certaine idée du socialisme. On s’empressa d’intégrer au pas de course toute l’ancienne Europe de l’Est dans l’Union européenne, même si là-bas tout se fissurait et craquait même en Yougoslavie. Bah, c’étaient les derniers soubresauts de Yalta. Les paradis démocratiques s’engluèrent dans une crise, le terrorisme frappa lourdement, à New York, à Paris, à Bruxelles. L’ultralibéralisme creusa comme jamais des inégalités qui auraient dû s’estomper. Une pandémie s’installa. Il y eut de plus en plus de guerres, lointaines à nos yeux, puis de plus en plus proches.

La fin de l’histoire? Aux États-Unis, des juges puissants mis en place par un président félon détruisent un par un les acquis patiemment obtenus par la voie légale dans des matières aussi différentes que la limitation du droit de porter une arme, celle d’avorter ou de voter des lois essayant d’atteindre des objectifs écologiques évidents.

À moins que ce ne soit à cause de cela que la fin de l’histoire approche?

Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver, c’est l’humanité. La planète se remettra très bien de la fin de l’histoire. Elle a le temps, elle. Elle s’est déjà remise, voici près de 70 millions d’années, de la catastrophe incommensurable que fut cette collision avec un astéroïde qui en bouleversa le climat – plus qu’avec notre modeste effet de serre, qui nous menace plus qu’elle, qui a déjà connu glaciations et épisodes torrides avec montée des eaux.

Et nous, les hommes? Tout est-il perdu? Les formidables retours en arrière qu’on observe partout depuis le début des années 20 surtout indiquent-ils que cette idée de la fin de l’histoire et d’un Noël perpétuel qui arrivait était un leurre?

Peut-être. Mais le congrès de Vienne, en 1815, tenta bien de restaurer l’ordre ancien – en vain. Même quand l’histoire prend des airs d’immobilité ou enclenche la marche arrière, elle ne s’arrête pas. Car l’histoire des hommes durera ce que dureront les hommes et durant ce laps, l’histoire n’aura pas de fin.

entreleslignes.be ®2022 designed by TWINN Abonnez-vous !