semaine 48

Tout procès est une tribune

Edito par Jean Rebuffat

La Tour Eiffel proclamant la devise de la ville de Paris au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Photo libre de droits prise sur Wikipédia et due à Éric Salard.

Un procès est toujours par définition une tribune. Qu’y a-t-il dès lors d’étonnant à ce que Salah Adeslam profite de l’occasion pour transformer son procès en prêche de ses idées simplistes et mortifères? S’en indigner est naïf et contreproductif. Naïf parce qu’il a le droit de dire ce qu’il veut et qu’il aura de toute façon la parole en dernier lieu. Contreproductif car cela contribue à ses yeux à la victimiser, en donc, à justifier ses actes, voire donner des idées à des émules.

Pour couvrir un procès comme celui des attentats de Paris – il lui faudra neuf mois pour accoucher d’une décision – il n’est nul besoin d’en rajouter, de souligner combien untel est ignoble ou lâche: le simple énoncé des faits et des déclarations est suffisamment parlant. À croire que le lecteur – pourtant généralement réputé intelligent – est trop bête ou trop immature pour tirer lui-même les conclusions qui s’imposent.

Il est difficile de rester civilisé face à la barbarie. Mais il n’y a pas d’autre solution. Seul un procès exemplaire, où les droits de la défense seront respectés, peut distinguer la victime innocente du bourreau idéologue. Et quel était le crime de ces victimes innocentes? Être françaises, aimer le foot, l’apéro en terrasse ou la musique rock. Même cette raison perverse, avancée dans l'idée que c'était la France qu'il fallait frapper, est fausse: quel était le crime des victimes des attentats de Bruxelles? Être belges, prendre l’avion ou le métro?

On sera curieux d’entendre ce que Salah Abdeslam, renvoyé cette semaine aux Assises en Belgique, inventera à cet égard quand il aura la parole.

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