semaine 24

S'il te plaît, même si ça te plaît...

Edito par Jean Rebuffat

L'humble clochette était jadis offerte à la place de la rose, trop coûteuse. Ce symbole d'espoir en des lendemains meilleurs est particulièrement de mise en période de pandémie. Photo © Jean-Frédéric Hanssens

En mai, fais ce qu'il te plaît. À dicton, dicton et demi: en français, l'expression s'il te plaît peut être la version polie et ferme d'un ordre. En ce deuxième mai de pandémie, les deux acceptions sont en lutte. Il me plaît de reprendre le cours normal de mon existence. Attends encore un peu, s'il te plaît.

Les deux cohabitent chez tout être sensé. Le compromis? Le calendrier. À croire qu'il dispose d'un côté magique, à l'instar des chiffres ronds. C'est que là aussi, deux concepts s'opposent: celui du présent et celui de l'horizon. L'horizon, c'est bien connu, s'éloigne au fur et à mesure qu'on s'en rapproche – et pourtant, quand en plaine on va vers la montagne, elle s'agrandit pareillement au fur et à mesure qu'on s'en rapproche.

Le problème, c'est que les calendriers de déconfinement ne pèsent pas plus que des promesses électorales. Ils sont d'ailleurs fixés dans le même esprit, avec un manque de rigueur bien caché derrière l'apparente froideur des chiffres. Or la pandémie a changé, non pas tellement à cause des variants du coronavirus mais plutôt à cause de la variabilité des réponses dont les variants ne sont finalement qu'un des facteurs. Si l'on observe au niveau planétaire, il y a des endroits où c'est déjà la quatrième vague qui déferle et d'autres où tout va bien, merci, à commencer par la Chine – ces lieux pouvant être voisins. Ainsi au Japon (ce qui n'est pas sans interpeller à quelques semaines de jeux olympiques) et en Inde, qui ne sont pas loin de la Chine, même les terreplatistes en conviennent. Il est frappant de jeter un coup d’œil sur les courbes que bien des médias et des sites de pouvoirs publics publient quotidiennement. Il y a un an, plus ou moins hautes, elles se ressemblaient toutes; ce n'est plus le cas. Partis comme nous le sommes, avec le scepticisme vaccinal et des déconfinements/reconfinements qui sont les résultats de tractations, de compromis et de pressions contradictoires, fatalement différents dans le monde et même à l'intérieur des états, l'objectif de l'immunité collective ressort du rêve: on suppute déjà qu'au retour de l'été où il faudra bien permettre de souffler, des mesures devront encore être prises et qu'il faudra surtout gérer le niveau de diffusion du virus faute de pouvoir l'éradiquer. Or plus ce niveau sera haut, même si on arrive à un plateau à peu près stable comme par exemple en Belgique depuis la seconde vague (il n'y en a pas eu de troisième, en réalité), plus les chances de voir le virus s'adapter s'accroissent. Les grandes pandémies de l'histoire ont toujours duré plusieurs années. C'était une illusion d'imaginer que les progrès scientifiques allaient ramener celle-ci à quelques mois et c'est pourtant ce que tout le monde pensait il y a un an.

 

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