semaine 38

Inutilité de la terreur

Edito par Jean Rebuffat

En 2014, l'exécution de James Foley en Syrie. L'exemple de la contagion mais aussi de la défaite annoncée des bourreaux. Capture d'écran du site de BFM TV

L'idée que la terreur est persuasive est vieille comme le monde et complètement fausse. Révolutionnaires ou réactionnaires, de nombreux régimes variés ont essayé, partant du principe que l'instinct de survie dominera tous les autres sentiments. Parfois, cela s'est habillé d'un langage politique ou philosophique. Pendant la Révolution française, on clamait que l'honnête citoyen n'avait rien à craindre, ce qui était un mensonge, sans doute naïf, car précisément c'est l'arbitraire qui rend la terreur efficace. Les régimes totalitaires se réclamant du communisme ou du fascisme l'avaient parfaitement intégré.

C'est dans cette optique qu'il faut analyser la décapitation de Samuel Paty, ce professeur d'histoire-géo qui avait commis le crime impardonnable de montrer en classe des caricatures du prophète, en s'entourant pourtant de précautions qui au fond, dans un pays qui ne considère pas le blasphème comme un délit, ne s'imposaient même pas. Le crime de Conflans-Sainte-Honorine nous apparaît particulièrement affreux parce qu'à l'instar des exécutions d'otages de Daech, la victime a non seulement perdu la vie, mais que même son cadavre a été profané.

On dira que c'est l'apanage des barbaries, et en effet.

Mais le but est plus pervers. Perdre la vie d'un coup de couteau n'est pas être exécuté façon Charlie et encore moins avoir la tête tranchée, c'est pire, psychologiquement parlant. Certes la victime était-elle ciblée mais paradoxalement, elle rejoint les victimes arbitraires – n'importe qui peut en mourir – des attentats à l'aveugle façon Bataclan, Nice, Maelbeek ou Zaventem dans une sorte de panique dans l'horreur. Cependant, la sidération passée, la riposte est immédiate. Je ne parle pas ici de la riposte policière ou judiciaire mais de la mobilisation populaire. Une prise de conscience naît et aboutit à la réaffirmation des idéaux et du mode de vie que le terroriste voulait abattre. On dit souvent que ce qui ne tue pas rend plus fort. Parfois, ce qui tue, aussi.

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