semaine 49

Polémiquons avec bienveillance

Edito par Jean Rebuffat, le 18 septembre 2020

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Exemple de polémique rageuse, le bois de la Cambre (ici sans voiture). Photo © Jean-Frédéric Hanssens

L'historien sait que la polémique s'est rarement embarrassée de politesse et que les arguments ad hominem ont souvent éclipsé le débat sur le fond. Probablement sous l'influence des réseaux sociaux, où le gris n'a jamais la moindre nuance, puisqu'il n'y existe pas, cela s'est désormais étendu à tous les niveaux de la société.

Entendons-nous bien: il est sain de débattre. Non seulement la tolérance, mais aussi l'efficacité y engagent. Comment en effet obtenir un consensus, ou à tout le moins une acceptation, sans débat ouvert, intelligent et loyal? De même, je n'ai rien contre la polémique. Les erreurs des uns peuvent être exploitées – dans les limites de la loi (elles sont larges, elles englobent même la caricature). Le ridicule tue plus sûrement que la méchanceté.

Sans bienveillance, l'humanité, trop nombreuse, n'a cependant aucune chance. Son avenir est sombre ou fini. Chacun d'entre nous sent cela au plus profond de lui-même et oscille en fonction des circonstances et de l'humeur entre la prise en compte pacifique de l'existence des autres et le côté belliqueux des premiers hominidés qui nous façonne encore.

Or désormais tout est sujet à injure, bien au-delà du tous pourris ou des archétypes ethniques, alors que paradoxalement, la demande de respect est très vive, comme en témoignent les développements actuels de l'égalité hommes-femmes ou la primauté inattendue de la santé publique sur l'économisme qui a abouti au confinement. Un test pour limiter la circulation des voitures dans un espace vert? L'obligation de porter un masque? La rentrée scolaire? La formation d'un gouvernement fédéral? Le règlement scolaire interdisant aux gamines des tenues que grand-père tenait pour autant d'incitations au viol? La présence accrue des cyclistes en ville? Panthéoniser Verlaine et Rimbaud? Nommer Polanski à quelque fonction? Fermer les bars à 23 heures? Réduire la capacité des stades de football? Envisager la 5G? Accueillir des migrants mineurs non accompagnés? Rien n'échappe à la vindicte. Qu'on ne s'étonne pas dès lors de l'épanouissement du complotisme: il fonctionne de la même façon. Il n'y a pas de fumée sans feu – on nous cache tout, les merdias en tête – d'ailleurs la preuve qu'il y a un complot c'est qu'on en efface toutes les traces – mais à moi on ne la fait pas – j'ai d'ailleurs un avis sur tout – et je peux vous le dire: nous sommes dirigés non pas par des incompétents, ils le sont aussi, mais derrière cette apparence, les maîtres du monde c'est ... (complétez par vos fantasmes personnels) – et si vous ne pensez pas comme moi, c'est que vous êtes nul et je ne vais pas me priver de le proclamer à la face du monde, non mais! – et en plus vous êtes moche, mal habillé.e et c'est encore une chance que Facebook ne soit pas olfactif, je suis sûr que vous avez mauvaise haleine...

Dépréciez, dépréciez, il en restera toujours quelque chose!

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