semaine 22

Cela confine à l'évidence, mais...

Edito par Jean Rebuffat, le 03 avril 2020

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Quand les courses au supermarché sont la seule sortie du week-end... Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Tout le monde s'énerve, polémique et s'est mué en infectiologue, en actuaire, en éducateur, en professeur, en journaliste, etc. Les avis tranchés, partiellement fondés ou non d'ailleurs, pullulent sur des réseaux sociaux pris d'assaut. Le célèbre yaka est remplacé par yavéka. L'après s'annonce chaud, très chaud même. On en vient, devant cette hystérie grandissante, à mieux percevoir le processus aboutissant aux excès de la guillotine sous la grande Terreur.

Il y a les rêveurs, il y a les cyniques, il y a les pragmatiques; les optimistes et les pessimistes, les égoïstes et les dévoués, bref le monde continue, allégé de quelques dizaines de milliers de personnes, scandale inadmissible au XXIème siècle. C'est vrai que la surmortalité présente est impressionnante. En Belgique, en moyenne, 302 personnes meurent chaque jour (une seule fois chacune, même si nous approchons de Pâques). En admettant que quelques unes de celles-là seraient mortes de toute façon, on devine facilement que la pandémie est très meurtrière, ceci d'autant plus qu'on est âgé et en mauvaise santé: il est rare que les morts quotidiens d'une pandémie se comptent par dizaines voire par centaines en Belgique et dépassent le millier en France.

Pourtant, ces chiffres ne sont effrayants que parce qu'ils sont en croissance exponentielle et qu'on ne dispose pas de vaccin ou de médication à l'efficience prouvée. En posant par exemple que le Covid-19 pourrait tuer – le chiffre est posé au hasard – 3.000 personnes en Belgique, cela correspondrait à dix jours normaux. Jadis il y avait plus de 3.000 morts par an sur les routes belges et on y était habitué. La médecine évolue et s'améliore: les maladies cardio-vasculaires et les cancers sont mieux traités. Crier à l'impréparation absolue est partiellement justifié mais oublier cette évolution sanitaire générale encourageante est un peu court.

Jusqu'à quel point faut-il dimensionner préalablement la riposte disponible? Car tout cela a un coût, naturellement. On voit bien aujourd'hui, tant en France qu'en Belgique, que le monde des soins de santé était sous-dimensionné face à une maladie imprévue. L'optimisme né de l'amélioration constante de la médecine et de l'allongement de la longévité a poussé à des coupes excessives. Il s'agira d'en tenir compte. Mais la question restera posée. On ne peut pas prévoir 11.300.000 lits de réanimation... Par contre, ce que l'évidence a montré de façon criante, il faut, à l'échelle européenne, organiser une production locale de ce qui a manqué: l'équipement, les masques, les gels. Ce que la France fait en interne (avec l'aide de ses voisins), équilibrer les malades en réanimation entre ses régions, peut très bien s'imaginer en échelle kilométrique plutôt qu'en termes de frontière. Car si nul virus ne s'arrête poliment à la limite d'une région ou d'un département, il ne se gêne pas non plus à une frontière nationale. Une usine à Lille est plus proche de Bruxelles que de Paris. Hélas, sortir de cette vieille mentalité qui veut qu'une frontière, fixée par les hasards de l'histoire, soit quelque chose de réel n'est pas à l'ordre du jour. Si encore tous les pays avaient à peu près les mêmes dimensions et les mêmes nombre d'habitants! Mais dans l'Union européenne, il y a des très petits pays, des petits pays, des pays moyens et de grands, voire très grands pays, avec des densités de population très différentes. Dès lors en santé publique, on comprend immédiatement l'inefficience de cette organisation nationale – qui pourtant s'occupe de la sécurité sociale...

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