semaine 14

Surmédiatisation

Edito par Jean Rebuffat, le 07 mars 2020

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Un effet de la surmédiatisation? Cette pharmacie bruxelloise indique en anglais qu'elle n'a plus de gel hydroalcoolique. Photo © Jean Rebuffat

La propagation du covid-19 ne pose pas de questions qu'aux autorités, politiques ou sanitaires, qu'aux généralistes "inondés d'une marée de questions idiotes" (1) par leurs patients, qu'aux organisateurs sportifs et autres personnels soignants – sans compter bien sûr ceux qui attrapent cette virose tout de même assez contagieuse et plutôt dangereuse (encore qu'à cet égard, très loin des taux de mortalité des pandémies de jadis). Elle pose des questions aux journalistes. Et même: on pose des questions aux journalistes. Celle qu'à titre personnel j'ai entendu ces derniers jours était : "Ne trouves-tu pas qu'il y a surmédiatisation?".

Le (article neutre ne déterminant pas le sexe de la personne désignée) sait bien que le porteur de mauvaises nouvelles a souvent la tête tranchée. Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et nier la situation fait partie des modes de fonctionnement de notre espèce, entre occultation et mensonge. Mais cette réponse est un peu courte. Avant d'aller plus loin, observons néanmoins que l'épidémie du coronavirus actuel répond aux deux lois fondamentales du journalisme général: la loi du mort kilomètre, car le danger nous guette, il se rapproche, il est là, il s'installe; la loi du chien et de la jeune fille, en ce que le côté insolite, bizarre, étrange de la morsure d'un chien par une jeune fille est bien présent avec ce nouveau virus exotique accompagné de mesures disparates autant spectaculaires qu'inédites (et par parenthèse contradictoires: on ferme les écoles et les stades mais on permet des manifestations de masse, pour le climat ou contre le 49.3 en France, qui n'est pas un virus, mais un stratagème bien connu pour court-circuiter l'Assemblée nationale; on ferme les marchés, par les supermarchés; etc.).

Le rôle du journaliste est d'être entre l'info brute et l'opinion publique; il doit trier, hiérarchiser, rendre compréhensible; tout choix étant un renoncement, il doit écarter aussi, en fonction du format, des habitudes, de la ligne, bref d'une foule de facteurs conscients ou inconscients, car sa perception du monde est engagée dans ce processus – et quant à rendre compréhensible, cela inclut là aussi bien des risques car il n'est pas aisé d'être simple sans être simpliste, complet sans être longuet ou rigoureux sans être ennuyeux. Bref il doit à la fois présumer et répondre: il doit pressentir ce que le lecteur, l'auditeur, le téléspectateur ou l'internaute veut – donc il envoie de l'information dont au départ il n'est pas obligatoirement sûr qu'elle l'intéresse.

Aujourd'hui cependant, il est facile de déterminer si l'info touche sa cible car les chiffres de fréquentation sont instantanés. En soi cela comporte un danger semblable à celui des algorithmes présents sur le net mais l'outil est néanmoins très utile. Et là se trouve la réponse à la question que l'on m'a asséné vingt fois depuis la semaine passée: les gens en redemandent. Et pas uniquement parce qu'on leur en a donné : parce que cette épidémie ne diffère pas mentalement des autres. Elle crée une peur peut-être cachée dans l'instinct de survie de l'espèce et qui suscite des réactions irrationnelles et complotistes, qu'il s'agisse d'une vengeance divine ou d'une tentative d'empoisonnement fantasmée.

Pour conclure, une bonne nouvelle: le ralentissement mondial observé diminue la pollution de façon plus efficace qu'une Cop, fût-elle 21. C'est en tout cas la preuve que c'est possible, et en écrivant cela, je ne suggère pas aux complotistes que c'est une pure invention de Greta Thunberg pour faire avancer ses idées.

(1) Opinion de mon médecin personnel, par ailleurs un ami, qui m'a tout naturellement embrassé en m'accueillant

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