semaine 04

Interminable

Edito par Jean Rebuffat

Oh la jolie plaque! Elle est devenue un véritable oxymore politique. Il aura fallu le temps mais tout est désormais si long, si lent... Photo © Jean Rebuffat

Quelles similitudes y a-t-il entre la Belgique, l'Espagne, le Brexit et l'interminable grève qui ralentit la France? L'improvisation et la lenteur. Certes, le feuilleton du Brexit va connaître un épisode décisif le 31 janvier, quand le Royaume Uni va quitter l'Union européenne. Mais tout le monde sait que bien des post scripta doivent encore être écrits et que ni les mesures transitoires ni encore moins les accords définitifs qui détermineront les rapports entre UE et UK ne sont fixés. En Belgique, plus personne désormais ne s'alarme qu'une crise politique, désormais, ne se compte plus en semaines ou en mois, mais en années. En Espagne, enfin, un gouvernement a été constitué, à deux voix près, un gouvernement minoritaire face à une opposition encore plus minoritaire. C'est une réponse par l'absurde à qui estime qu'il faut fixer des délais maximaux pour former des gouvernements: le retour aux urnes n'a rien arrangé.

On pourrait d'ailleurs élargir le propos à Israël, où l'on va revoter, ou à l'Autriche, où une improbable coalition a vu le jour entre conservateurs très conservateurs, auparavant alliés à l'extrême-droite, et écologistes, supposés à gauche (de façon générale, ceci reste à démontrer pour bien des mouvements écolos). Ce qui est évident, c'est que plus rien, désormais, ne se trouve résolu dans les délais antérieurs, on gouverne à vue et à la petite semaine. C'est un signe de plus de la maladie des démocraties, pour ne pas écrire de la démocratie: tout est lent et long. Tout se passe comme si le puzzle était à présent impossible à faire. Les obstinations s'additionnent aux maladresses ou aux provocations; l'absence de dénominateur commun est criante. La récente victoire de Boris Johnson aux législatives, n'en doutons pas, s'explique aussi par l'envie d'en finir. Cependant, croire que le système uninominal à un tour sauvera nos valeurs menacées est très optimiste. En France, le parti qui arrive au pouvoir dispose généralement d'une très large majorité et cela n'empêche ni la grève, ni les gilets jaunes, ni une exaspération croissante tous azimuts.

En réalité il n'y a pas de panacée. Qu'on appelle ça le sens du compromis ou le sens de l'état, le sens du bien général ou le sens du sacrifice, il faudrait trouver une solution plus ou moins consensuelle alors que chacun s'arc-boute à ses privilèges et sous-entend, comme d'ailleurs pour le respect de la planète, qu'il fait déjà bien assez comme ça et que les autres, eux, eh bien c'est à leur tour d'en faire. Le phénomène s'amplifie d'autant plus que nous vivons des temps inégalitaires inédits. Plus que jamais, il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade. C'est exactement le contraire de la démarche de solidarité minimale qui avait prévalu après la seconde guerre mondiale. A-t-on assez dit que l'idée européenne, porteuse de ces valeurs que nous aimons et que nous prétendons défendre, avait garanti la paix parce qu'à l'inverse des conditions léonines du traité de Versailles, la reconstruction avait été possible partout. Il y avait un horizon vers le mieux général. Or dans une société en rétraction évidente, cette paix, cette générosité, cette solidarité , cette cohésion, bref cet idéal apparaît soit comme utopique, soit comme injuste, et le repli comme un sauve-qui-peut dont le Brexit n'aura peut-être été qu'un phénomène avant-coureur.

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