semaine 50

Événement majeur

Edito par Jean Rebuffat, le 25 octobre 2019

Image: 

Un père et sa fille. Mais deux destins verrouillés. Capture d'écran du site lesoir.be

Y a-t-il quelque chose de plus ringard qu'un roi? Le système monarchique, à première vue complètement anachronique, est pourtant en vigueur dans bien des pays et parfois même, se voit rétabli après un passage républicain. Historiquement, deux phénomènes sont à noter: le haut moyen âge élisait les rois parmi les seigneurs (et l'empereur parmi les rois), il n'a pas toujours été héréditaire, encore que les familles régnantes faisaient tout pour y parvenir, comme les capétiens dans ce qui n'était pas encore la France; il y a des époques dans l'histoire où une révolution aboutit à la création de royautés (1830) alors qu'à d'autres parfois très proches (1848), la république en est l'issue.

Ce vendredi 25 octobre 2019, pour la famille royale belge, était à marquer d'une pierre blanche, puisqu'elle marquait l'accession à la majorité de l'héritière du trône, Élisabeth, événement célébré en grande pompe et à grand renfort de médias.

L'expression héritière du trône renferme tout un problème qui n'est jamais discuté alors que sur le plan strictement humain, elle comporte une prédestination qui ôte toute liberté de fait à la personne. Les partisans d'un système républicain mettent en avant bien des raisons de le préférer à la royauté, allant de la modernité à la démocratie ou de la finitude temporelle au conservatisme consubstantiel, bref de l'élection au manque de choix. Mais ils n'envisagent que rarement la question du point de vue de la liberté individuelle. Or cette notion d'héritier est glaçante. On peut certes hériter d'une entreprise ou d'une fortune, objectera-t-on, mais rien n'empêche l'héritier de vendre l'entreprise ou de flamber la fortune. Mais imagine-t-on la jeune Élisabeth dire tout de go qu'elle n'en à rien faire, de cette couronne? Au contraire, elle termine son discours en insistant sur le fait qu'elle se tient d'ores et déjà à la disposition du pays. Bel exemple de formatage réussi ou de conscience professionnelle, chacun choisira le terme qu'il veut, mais priver à ce point un individu de tout libre arbitre est simplement inhumain et va à l'encontre de cette liberté personnelle qui est l'un des acquis des droits de l'homme. Tout entourée de confort qu'elle soit, de quelle liberté jouit Élisabeth, et quelle éducation a-t-elle dû être obligée d'avoir?

Mots-clés

Il semble que vous appréciez cet article

Notre site n'est pas devenu payant! Mais malgré le bénévolat de ses collaborateurs, il coûte de l'argent.

C'est pourquoi, si cet article vous a plu (et même dans le cas inverse), nous faire un micropaiement d'un ou de quelques euros nous aiderait à sauver notre fragile indépendance et à lancer de nouveaux projets.

Merci à vous.

Nous soutenir Don mensuel

Commentaires

Portrait de Jean-Claude Deroubaix
Qui dit qu'elle ne bénéficie pas du droit de se désister d'une fonction ? Sous la monarchie d'ancien régime, en France par exemple, certains défendaient l'idée que puisque la monarchie est de droit divin, il est exclu de refuser la fonction ni pour soi ni pour ses descendants (source de nombreux conflits dynastiques). Mais en Belgique, la monarchie est une fonction constitutionnelle, donc l'héritière peut parfaitement dire, je laisse ça à un de mes frères. Elle n'est pas davantage contrainte que le fils de plombier qui décide de "faire plombier" aussi.
Portrait de Pitje
Surprenante, quoique intéressante, compassion envers cette malheureuse prisonnière d'une vie dorée, que rien en effet ne l'oblige à assumer à l'âge adulte. Il est vrai qu'elle a été privée, puisque c'était dès sa naissance une réalité, du rêve de toutes (?) les petites filles: être une princesse.

Ajouter un commentaire

entreleslignes.be ®2019 design by TWINN