semaine 49

Plus c'est compliqué moins ça marche

Edito par Jean Rebuffat, le 04 octobre 2019

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Capture du site France TV

À Paris, la préfecture de police vient d'être le théâtre d'une action qui ressemble à un acte terroriste (mais ce n'est qu'une hypothèse, à l'heure où ces lignes sont écrites - lire le post-scriptum): un agent administratif a tué quatre collègues à l'arme blanche. Or entrer dans la préfecture de police, c'est comme entrer dans un aéroport: on passe un contrôle assez sévère... sauf les policiers. Était-il tellement inimaginable qu'un policier passe à l'acte? Par parenthèse, on voit aussi les limites du raisonnement trumpien visant à armer les professeurs pour éviter les massacres à répétition dans les écoles. Si même dans un endroit où par nature se trouvent des gens armés et entraînés (l'agresseur a été tué par le tir d'un collègue), le massacre peut avoir lieu, à quoi bon? On dira, à propos de Paris, que le contrôle est inutile puisque justement, le lieu fourmille de gens armés... mais pas d'un couteau de cuisine qu'il aurait été facile de détecter.

Le risque zéro, bien sûr, n'existe pas et pour se prémunir d'un danger potentiel, la réaction usuelle est de multiplier les mesures de contrôle, ce qui peut être liberticide, et de créer des outils de répression sans cesse plus dure. Ces deux attitudes ne sont pas obligatoirement efficaces. Prenons l'exemple bien connu de la frontière, ligne fictive en général très poreuse et qui sépare deux pays dont la superficie et la population ne sont jamais les mêmes, ce qui devrait déjà indiquer combien artificielle elle est au niveau sécurité. À la moindre alerte, on les ferme. Au pire, on construit des murs façon Mexique-USA.

Un contrôle intelligent, donc, n'est pas forcément un contrôle durci mais surtout un contrôle bien appliqué. Comme un portique détectant les couteaux de cuisine. L'effet pervers du durcissement est qu'il finit par se relâcher inexorablement tout simplement selon le principe bien connu de la grève du zèle. Chacun sait qu'en appliquant toutes les réglementations, contrôles, etc., à la lettre, on bloque tout parce que c'est impraticable.

En d'autres mots, mieux vaut une mesure de sécurité facile à appliquer qu'une avalanche de mesures avec lesquelles des approximations sont inévitables.

PS du 8 octobre 2019. On reste effaré devant le peu de réactivité manifesté aussitôt: qu'un flic ou assimilé, classé secret défense, puisse défendre en 2015 l'attentat contre Charlie sans que la hiérarchie policière ne réagisse aussitôt, serait-ce en changeant l'affectation du bonhomme, c'est peut-être de la liberté d'expression mais c'est surtout une menace de mort particulièrement grave et évidente en ce lieu. On reste stupéfait devant l'idée qu'il suffit de voler un badge de la préfecture de police de Paris pour pouvoir y entrer comme dans un moulin. On reste ébahi que des terroristes n'y aient pas encore pensé. Il est vrai qu'ils sont souvent nuls, mais ils ne sont pas seuls à être en dessous de tout dans ce cas-ci...

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Commentaires

Portrait de Marc
Le point faible du contrôle d'accès réside dans le fait qu'on prévoit un "point in" unique, où tous les contrôles sont centralisés. Mais, une fois à l'intérieur, il est obligatoire de maintenir des "sorties de secours" munies de barres anti-panique, sur lesquelles il suffit de s'appuyer pour que les portes s'ouvrent vers l'extérieur. Quoi de plus facile, dès lors, pour un élément malveillant déjà admis à l'intérieur (après une fouille négative), que de sortir par une porte de secours, la caler avec un carton de bière, aller vite acheter un couteau et rentrer par cette porte de secours maintenue ouverte, ni vu ni connu... C'est l'éternel problème des traîtres, ennemis dont on pense se barricader alors qu'ils sont déjà à l'intérieur...

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