semaine 46

Crises

Edito par Jean Rebuffat, le 06 septembre 2019

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Qui pense encore réellement qu'il existe? Photo © Jean Rebuffat

On dit volontiers que la démocratie est en crise, que le monde est en crise, que l'Église est en crise, que la laïcité est en crise, que les médias sont en crise, que le modèle économique et social est en crise, sans parler de la crise climatique qui n'en est d'ailleurs pas une puisqu'on ne pourra pas en sortir avant cent cinquante ans. À regarder ici et près d'ici, l'Italie a été en crise politique (pour deux semaines mais elle risque d'y retourner), le Royaume Uni est en crise, l'Espagne est en crise... et la Belgique aussi.

Le monde, sans doute, ne croit plus trop en lui (c'est une crise de foi...). Normal, dira-t-on: c'est la crise des idéologies. En quoi croire? La religion aux mirages improbables, qui disparaissent depuis quelques siècles sous les Lumières, avait ceci d'avantageux qu'elle permettait de promettre le paradis. C'est fini: le paradis, c'est hic et nunc. Il y a une urgence au bonheur, notion difficile à définir (elle n'a que bientôt trois siècles), qui dérive en une tentation de l'immédiat, de l'individuel, un penchant vers l'égoïsme, une généralisation du chacun pour soi qui paradoxalement, n'interdit pas l'empathie. Le futur existe toujours, bien entendu, mais au niveau général, abstrait, plus au niveau personnel de chaque individu. La cavalerie de la croissance et du progrès économique a fait illusion pendant un moment mais aujourd'hui, ses limites humaines, sociales et écologiques sont atteintes et plus personne de raisonnable n'imagine que l'avenir des générations futures sera globalement meilleur que le passé récent ou même que le si décrié présent.

Il y a fort à craindre qu'il faille attendre que l'utopie sorte de la crise pour réenchanter l'avenir. Une chose est sûre et inquiétante: l'espèce humaine est souple, elle s'adapte facilement à de nouvelles conditions extérieures. Elle peut donc très bien apprendre à vivre en crise et cela, aussi longtemps, par exemple et pour persifler, qu'il faut à la Belgique pour trouver un gouvernement fédéral ou qu'au Royaume (dés)uni pour sortir de l'Union européenne – c'est-à-dire longtemps, très longtemps, trop longtemps.

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