semaine 47

Rencontre avec l’ethnie Ann au Myanmar (8)

Question d'optique par Jean-Frédéric Hanssens, le 27 mars 2020

Après le passage, devenu habituel, au marché pour la préparation du lunch de la journée, composé cette fois de riz sautés à la mode birmane (deux œufs, des dés de poulet et quelques légumes et herbes aromatiques), nous prenons la route en voiture avec un stop à la sortie de Kyaing Tong afin d’obtenir les autorisations nécessaires pour atteindre, après une bonne heure et demi de route, le pied d’une colline située à 1000 mètres d’altitude qui abrite des ethnies Akha, mais également des villages de l’ethnie Ann. Nous marcherons environ 1h30 sur des chemins escarpés pour atteindre un des villages. Ils sont animistes. John, notre guide nous signale qu’aujourd’hui, hommes, femmes et enfants sont au sommet de la montagne pour une cérémonie annuelle qui réunit deux villages autour de deux chamans. à laquelle nous aurons la chance d'assister. Chacun représentant son village dans le cadre d'une interdépendance étroite avec la communauté qui le reconnaît comme tel et pour laquelle il intercède auprès des esprits. Les hommes sont réunis sous deux huttes de branchages qui seront détruites jusqu’à l’an prochain après les cérémonies qui peuvent durer 24 heures pour certains, tout dépend en fait de leur résistance à l’alcool absorbé après les séances chamaniques. Les jeunes hommes, placés en dehors des huttes à l’opposé des femmes et enfants sont suspendus aux lèvres des chamans dont l’un des deux, les yeux rougis par la fatigue et l’absorption discrète de drogues se met à pleurer à chaudes larmes. Le moment d’émotion passé , il appelle une jeune femme de l’autre tribu et lui explique qu’il l’a connue toute petite, qu’il sait que ses parents sont morts au cours d’affrontements quand elle était enfant, mais que maintenant il voit son avenir entouré d’enfants, me traduit John qui ajoute que les deux villages sont rassemblés ici depuis le lever du soleil. Il est à présent midi. Les chamans demandent de distribuer de l’alcool de riz, des bières ainsi que des petits paquets de riz gluant pimenté aux abats de porc et entourés d’une feuille de bétel sur laquelle est liée une tête de chauve-souris grillée. Je vous épargne cette photo. J’avoue avoir décliné, très poliment, l’invitation qui m’était faite d’y goûter. Les Ann, qui ne vivent que dans cette région du Myanmar, continuent de vivre aujourd’hui comme l’ont fait leurs ancêtres. Leur langue n’est pas écrite et les enfants ne fréquentent pas les écoles. Ils doivent aider leurs parents aux travaux quotidiens. Les femmes obtiennent leurs dents noires en mâchouillant un mélange de feuilles de bétel, de chaux, de noix d’arec et de cendres de charbon. Elles et dans une moindre mesure les hommes, ne le font pas par simple coquetterie, mais pour se différencier des dents de chiens et d’animaux en général, me précise John. Il est plus de 14h, les chamans et les hommes qui les entourent, bien imbibés, se lèvent, les femmes tout aussi imbibées, rassemblent les enfants et chamans en tête suivis par les hommes, puis les femmes et les enfants, tous redescendent au village où une fête se tiendra jusqu’à plus soif surtout entre jeunes gens et jeunes filles. Nous serons invités dans une famille à partager le thé, nous déclinerons les alcools. Nous les saluons et les laissons à leur libations. Il faut dire que nous avons encore heure de marche pour rejoindre la voiture avec cette sensation d’avoir quitté un autre monde. Demain nous prenons un ATR72 pour la ville de Heho, où nous passerons la nuit dans un charmant petit hôtel. Nous quittons l’État Shan pour reprendre la route vers Loikaw, capitale de l’État Kaya, proche de la frontière Thaïlandaise, toujours dans le Triangle d’or et que nous atteindront dans la soirée après 5 heures de route.


© Photos Jean-Frédéric Hanssens


Photos © Jean-Frédéric Hanssens
 

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Jeune femme de l'ethnie Ann. Photos © Jean-Frédéric Hanssens

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