semaine 42

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Robert Lemaire
A PA PEUR

Marche arrière , avant le départ

Le 06 mai 2018

Qui donc va se demander pourquoi, dans le contexte de la marche à pied, il n’existe pas d’intermédiaire entre le stationnement, (l’arrêt) (donc l’absence de mouvement), et la marche proprement dite !

En effet, pour effectuer une marche, il faut d’abord être à l’arrêt afin de pouvoir se mettre à bouger. Et il n’y pas de situation intermédiaire entre cette position fixe et la marche ; sinon, le démarrage. On part de rien, puis on marche. Faut-il tenir compte de l’accélération ? Pourrait-on la considérer comme intermédiaire ? Oui mais alors il faudrait aussi tenir compte de la décélération, lorsqu’on s’arrête en fin de parcours…si l’on s’arrête ! Ce n’est pas obligatoire, il y en a qui ne s’arrête pas ! Et puis s’arrête-t-on vraiment ? J’en connais qui ne s’arrêtent jamais et qui ne savent même pas quand ils sont partis ! Ils ne se souviennent pas non plus comment c’était avant…avant d’avancer en marchant, même en marche arrière…

Reprenons : on part de rien (à zéro km.H) pour arriver à une vitesse de palier de 3 ou 4 km.H... ça ne change rien : il n’y a pas de position intermédiaire entre l’arrêt et la marche. Ni dans un sens ni dans l’autre. Ni en avant ni en arrière.

Cependant, on pourrait faire un parrallèle avec une autre appréciation, où il serait question de « début » et de « fin » : on commence la marche et on la termine. Rien entre les deux. Même en comptant la décélération, juste avant la fin… qui, par ailleurs, peut-être brutale si on n’a pas vu le mur sur lequel on s’écrase…

Voyons cela encore autrement : dans la perspective d’un début et d’une fin, rien ne nous empêche d’introduire la notion de « milieu ». Je m’explique : supposons qu’on marche une première moitié de la distance, puis sans s’arrêter, l’autre moitié.  Dans cette autre moitié, on exécute la moitié de cette autre moitié. Et dans ce quart de la distance primitive, on en parcourt aussi une moitié, c'est-à-dire un huitième…ce faisant, on n’aboutit jamais, on ne connait jamais la fin !!! Vous m’avez compris, il s’agit du paradoxe de la flèche de Zénon d’Elée, « la flèche qui vole et qui ne vole pas » comme le dit si bien notre cher Valéry Paul.

Mais il n’est pas question ici de savoir si la flèche (marcheuse ou  marcheur) est immobile. On sait surtout qu’il (ou elle), est « en marche »…

Et, voilà qu’on en revient au propos initial.

Et pourquoi pas représenter le problème dans un autre contexte ? Celui du temps, du temps qui passe !

En effet, dans cette histoire mouvementée, il y a « avant » la marche, « pendant » la marche et « après » la marche !

Que se passe-t-il donc avant la marche ? Rien ! L’immobilité, le silence, l’attente, l’ennui, la vacuité, l’innassouvi, la crispation, l’ongle rongé, le souffle imperceptible qui s’accélère comme le cœur qui bat sourdement. Le stress avant le top du départ. L’angoisse du champion avant la course.

Le Big Bang, inspiré par le chanoine Lemaître (repris par Fred Hoyle sous le nom d’état stationnaire) ressemble d’assez près à notre dialectique : au départ, il n’y a peut-être rien, (un trou noir comme le disait notre regretté Stephen Hawking), et puis tout de suite après : explosion ! Le Rien pète ! Pas d’intermédiaire : ce qui n’a jamais existé (et qui ne sait même pas qu’il existe) (et qui plus est, ne peut pas imaginer qu’il pourrait exister), ce néant donc, serait le départ de cette formidable aventure qui n’en finit pas de continuer, sans qu’on sache si elle pourrait se terminer… Ce qui suit ? je sais que vous, vous le savez : c’est l’expansion de l’Univers, (ce dont nous faisons partie).Là où se passent nos vies, qui ne sont que quelques misérables secondes par rapport aux dimensions du cosmos quand on les transpose en années/lumière !

Que dire de l’intermédiaire entre le chaud et le froid ? La tiédeur…Rien à dire sur la tiédeur. Entre le bien et le mal ? L’indifférence ? Qui sait ? Et le dehors ? Le dedans ? Une porte intermédiaire ? Et quoi pour l’intérieur et l’extérieur ? Une ouverture sans doute, peut-être- mais au fond- je l’ignore- j’y reviendrai…..

A bien réfléchir, c’est la même chose pour « le parler » et « le taire » ! La parole et l’envol des paroles, si les écrits restent. Le silence, puis le son. Le langage et la langue. On se tait, puis on parle, puis on se tait à nouveau. Pas d’intermédiaire. Qu’y a-t-il avant la parole ? La réflexion ? Le bruissement du cerveau ? Non, sûrement pas, beaucoup parlent sans réfléchir. Cependant, le cerveau fonctionne, lui, sans arrêt ! L’inconscient nous joue des tours ! Qu’y a-t-il pendant et après la production des phonèmes et des morphènes ? Alors qu’on sait par la diction, ce qui se produit lors de l’articulation de la parole, lors de l’énonciation Se bousculent les voyelles, les consonnes, les nasales, les sifflantes, les percutantes, les palatines, les gorges chaudes, les raclements des R, les murmures, les criées, les hurlements, les tues, les lettres mortes… avant et après reprise de respiration…

On sait aussi que, par l’émission sonore et parlée d’un message codé, il devra être décodé par quelqu’un d’autre : celui qui l’a perçu et qui, on l’espère va le comprendre de par sa connaissance des codes de l’émetteur !!!

Et voilà : on vient de plonger dans l’athanor de la compréhension interprétative (ou l’interprétation compréhensive). Mais les poêtes eux, diront qu’on a atterri en douceur, comme la graine du pissenlit, dans le jardin de la Signification.

Je « sème » à tous vents, mais a pa peur.

 

 

 

 

 

 

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