semaine 50
Portrait de Robert Lemaire
A PA PEUR

LE SON DE VOCABULAIRE

Le 28 novembre 2019

 

Vous qui, tout au long de ces saintes journées ponctuées de la vacuité des heures qui passent, cherchez une occupation autre que celles de dormir, manger, regarder voler les mouches, chercher le courrier dans la boite à lettres, envisager de faire une petite promenade jusqu’au bout de la rue, passer d’un fauteuil à l’autre, lire les pubs toutes-boites, choisir un programme télé,  tenter de regarder la télé sans s’endormir de par la médiocrité des propos, je vous préviens : ouvrez vos oreilles…Ecoutez, soyez attentif à certaines truculences langagières qui ne devraient pas vous laissez indifférent !

Attention, on relève le menton, on se dessille les yeux, on chasse les brumes enfumées des visions paradisiaques qu’un début de rève vous a laissé entrevoir ! …et puis Stop : on revient à la réalité ! … Enlevez le bouchon qui obstrue vos pavillons et écoutez !… non pas des informations politiques, ni un quelconque bulletin météo de la mi-journée, et encore moins, même dans un langage choisi, la publicité pour un appareil ménager ou pour une voiture ou pour une poudre à lessiver qui lave plus gris que gris…

Non : esgourdez rien qu’un instant ces dizaines de personnes qui vous entourent, écoutez-les parler toutes en même temps, écoutez leurs préoccupations, entendez-les dire et penser qu’ils sont les meilleurs, qu’ils se passent de considérations philosophiques, que les tracas quotidiens des autres ne les intéressent pas! Pourquoi ?  Parce qu’ils ont besoin de votre plus grande attention…! Il ont besoin qu’une oreille attentive entende leurs malheurs…..Ils cherchent quelqu’un qui les écoute !

 Bien entendu, après leurs plaintes inter-minables, ils attendent une réponse… celle-ci par exemple :  « Oh, je m’en veux, je m’en veux beaucoup de ne pas vous avoir répondu plus tôt, de ne pas vous avoir dit que je vous tenais en grande estime et que vous méritez, oui, que vous méritez tout le bonheur du monde… Je vous dis tout cela sans vous abêtir, sans vous prendre pour des vieillards séniles !... au contraire : je vous ai écouté et je suis là, rien que pour vous, et aussi pour vous apporter quelques instants de pure félicité … ».

Pour booster leur moral pourquoi ne pas leur répondre : « Repensez donc à votre jeunesse tumultueuse…les années 60, les golden sixties, les Beattles, Adamo, Brel, Brassens…quelle époque ! Une époque pleine de promesse, où les révolutionnaires de 68 mettaient le feu au basques des bourgeois, où l’essence et le gazoil de chauffage n’était pas à des prix exhorbitants, où le rideau de fer interdisait toute excursion vers les pays de l’est, une époque où les iphones, ipads et autres GSM n’existaient pas, où il n’y avait pas de Pokémon, où les appareils photos argentiques employaient des rouleaux de pellicules, et aussi une époque où l’on pouvait changer de boulot comme de chemise, où le taux de chomage était infime, l’époque où l’on construisait les autoroutes de Wallonie, et puis aussi où l’on ne n’imaginait même pas des voitures électriques et encore moins des trottinettes électriques …

Mais par contre, on avait une profusion d’engins pétaradants qui portaient des noms comme Mobylette, Mopeds, Itom, Nsu, Vespa…et puis et puis et puis, on avait encore (et on a toujours) : le vélo qui, dès son invention, versa dans le délire ! Cette petite reine encore d’actualité dans notre quotidien 2019 » !

Petite reine, large parenthèse : « Savez-vous, amis du pédalier, que, par rapport à la marche, le vélo est deux à trois fois plus efficace à effort énergétique égal ? …et entre deux et quatre fois plus rapide ?... Il a été également calculé qu'en termes de conversion en mouvement de l'énergie issue de la nourriture, il s'agit d'une forme de locomotion plus efficace que celle de n'importe quel organisme biologique » !.

Dès le début de cette écoute, de cette communication de l’un par rapport à l’autre, qu'est-ce qu'on s'est bien entendu... il faut le reconnaitre : vous parliez, j’écoutais…(et vice versa)… vous racontiez une ou deux bêtises, je m’esclaffais… j’entendais la nomenclature de vos malheurs et de vos aventures sordides, et vous, vous entendiez mes divagations, mais je percevais nos réflexions réciproques sur mon compte et sur le vôtre : « c’est pas vraiment drôle ce qu’il raconte ! »… Tout ça parce que je ne compatissais pas assez à l’écoute de vos minables petites aventures étriquées, et vous de même, vous vous disiez à mon propos : « qu’est-ce qu’il est ringard ce mec, merdalor… » !

C’est sûr qu’il y a toujours des mécontents, des ceusses qui voudraient qu’on compare cette garce de vie à celle de Ste. Thérèse ou à celle du martyr de St Sébastien ou encore …..mais bon, on ne peut pas contenter tout le monde ! … alors moi, tant pis, je fais à ma manière et j’espère ainsi vous faire découvrir des accents de liberté, si pas d’égalité ou de fraternité…

Mais croyez-moi, quoiqu’on dise, je prétend qu’il n’y a aucune relation de cause à effet, entre votre âge (ou le mien) et des divagations quelles qu’elles soient. Je sais : d’aucuns diront « ce n’est pas sùr ! » et je vois déjà leur sourire en coin, leur ton mielleux, leur commisération devant les soi-disantes attaques inéluctables de la vieillesse sur les synapses des lobes frontales de la pauvre cervelle de ce vieillard sénile et vagissant qui vous pend aux basques ! Et bien merci, merci pour cette appréciation quelque peu tendancieuse, merci de vous être penché sur mon cas comme si j’étais déjà bon à mettre à la poubelle…Car chers lecteurs, chères lectrices, si vous croyez mordicus que je divague, et bien détrompez-vous et je pourrais vous le prouver !

Si vous croyez que divaguer, dire n’importe quoi et voler au ras des paquerettes, c’est très facile, je ne vous contredirai pas :  c’est très-très facile…Pourquoi ?... mais parce que, si on veut faire passer un message important, ne faut-il pas tourner 7 fois sa langue dans la bouche ? Ce que je fais rarement…Mais d’autres le font très souvent ! Voulez-vous que je vous cite quelques auteurs qui restent dans les mémoires ? Vous avez dit oui ? Alors devinez qui a dit : « La vie est la farce à mener par tous » et aussi : « La morale est la faiblesse de la cervelle » ! Ca, mesdames et messieurs, c’est un des plus grand, c’est du Rimbaud pur sucre! Mais je peux aussi vous citer d’autres personnes et non des moindres : « Le monde est comme une pirogue, qui, tournant et tournant, ne sait plus si le vent voulait rire ou pleurer »…  et encore : « Ne me chanterez-vous pas un chant du soir à la mesure de mon mal ? » … oui, du Saint John Perse, même pas rassis …ou alors un autre, dans un tout autre genre : « Je mourrai rongé vivant par des vers, je mourrai les mains attachées sous une cascade, je mourrai brûlé dans un  incendie triste, je mourrai un peu, beaucoup, sans passion, mais avec intérêt, et puis quand tout sera fini, je mourrai ! » …oui, c’est du Boris Vian, qu’on oublie un peu trop souvent…Par contre, mes amis et amies, un que nous n’oublierons pas , même si c’est difficile, je cite : « Nous batissons notre nid sur l’arbre de l’avenir ; des aigles nous apporterons de la nourriture dans leurs becs, à nous autres, solitaires » … extrait de Also sprach Zarathoustra : Friedrich NIETZSCHE….. Pour terminer, citons pourquoi pas, un prix Nobel de littérature… « Combien de routes un homme doit-il emprunter avant de l'appeler un homme? Combien de fois les boulets de canon doivent-ils voler avant qu'ils ne soient bannis à jamais? La réponse, mon ami, souffle dans le vent , la réponse vole dans le vent » Le titre de ce texte ? Blowin in the Wind ! faut-il encore le nommer, ce sacré Bob Dylan …

Bon, maintenant, je m’adresse à tous les mécontents, les aigris, les malembouchés, les obsédés de la chope, les siffleurs de vinasse, les piqués à l’héro., les fumeurs invétérés, les piliers de bistrot, les alcolos volant et les conducteurs fantômes : Arrêtez ! Arrêtez tout de suite ! Arrêtez de croire que c’est la fin du monde chaque matin au p’tit déj. ! N’essayez pas de nous faire croire qu’il aurait mieux valu que vous ne fussiez pas ! Taisez-vous si c’est pour dire des bêtises ou pour déblatérez sur les autres qui sont plus beau, plus jeune, plus riche, bref qui sont  mieux !...Et quoi ? vous n’avez rien à dire ? Alors chantez ! Fredonnez du Bob Dylan par exemple ou les romances de votre enfance ! Celles que vous entendiez à la radio, lorsque vous étiez moufflet ! Et ne nous cassez pas les oreilles avec vos plaintes, vos récriminations et vos frustrations d’adolescent qui a eu peur de passer à l’âge adulte ! Et puis Ré-Flé-Chis-Sez, c’est pas défendu !!!

Bon, ça va mieux ? mon coup de blues est passé ? Ai-je remonté la pente et ai-je dit non à l’adversité ? ai-je pris des décisions drastiques ? ai-je décidé que l’avenir m’appartenait ? Voilà : il suffit de le vouloir ! La route est devant moi et il n’y a plus qu’à l’emprunter pour aller là où je veux aller ! Finalement, ce n’est pas trop difficile ! Et puis je ne suis pas seul, il y en a d’autres qui sont comme moi ! Vous lecteurs, au  moral dans les chaussettes, qui n’avez plus aucune envie, qui ne sait quoi faire de vos dix doigts, qui tournez en rond, qui hésitez encore, mais qui finissez malgré tout à faire comme moi, qui vous vous mettez à balayer devant votre porte, qui enfin jetez tout à la poubelles, qui recommencez à espérer, qui faites des projets et qui prenez le taureau par les cornes… puis qui retroussez vos manches pour se mettre au boulot !

Aaaah ! Quel Bonheur ! J’adore l’optimisme béat de tous ceux de qui ont un contrat à durée indéterminée, de ceux qui ont le sourire aux lèvres même en dormant…tout ça parce qu’ils sont nommés ! et quand on est nommé, on ne peut pas vous mettre à la porte ! On ne peut pas vous licencier, vous déboulonner, vous mettre à pied et devenir prépensionné, non ! Vous resterez à votre poste, petits veinards, jusqu’à la fin, vous déjeunerez encore à la cantine de nombreuses années. Je vous vois comme si je vous avait fait : lever 7h…Ablutions, pipi caca, se vêtir, 7h30 ! Petit déjeuner, café ou thé au lait, tartine grillée, confiture de fraise ou fromage blanc Maigre, bien entendu. 8h ! Veste et manteau ! Sans oublier la serviette pur vachette aux documents importants…ensuite d’un bon pas, trajet vivifiant jusque la gare, train de 8h12, place habituelle 3ièmesiège à droite, arrivée 8h44 puis, en douceur jusqu’au bureau pour s’asseoir, le sourire éclatant et pétant de santé devant l’ordi à 9h très précise ! Ouf ! quel Bonheur !...Normal ; a pa peur

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Photo © DR

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