semaine 47
Portrait de Richard Tassart
"Street/Art", le blog de Richard Tassart

Jace : Gouzous’story.

Le 06 novembre 2019

Sans le savoir (ou peut-être en le sachant !), vous êtes cher lecteur, chère lectrice, des Gouzous.

Je devine votre anxiété devant cette nouvelle. Rassurez-vous, nous sommes tous des Gouzous. Des Gouzous ignorés des dictionnaires et snobés par les moteurs de recherche. A la question simple en apparence, qu’est-ce qu’un Gouzou ? Les algorithmes googéliens répondent par le mépris, vous n’existez pas et vous êtes un ouzou, un gourou, un zouzou voire un gozo. Les Gouzous existent, je les ai rencontrés[1].

Les Gouzous ont un père (tout comme Tintin, Spirou, comme vous et moi !), Jace. Pourquoi ce nom bizarre ? Il faut le demander à leur créateur, « C’était une expression utilisée par un pote quand on était au lycée pour désigner les gens. » Bref, Un Gouzou, c’est comme vous et moi.

Certes, mais que représente-t-il ? « Le Gouzou » est un peu mon alter ego, déclare Jace, c’est un peu l’alter ego de beaucoup de monde en fait : c’est un humain asexué sans couleur de peau avec ses qualités, ses défauts. Il vagabonde dans les rues depuis 1992, laissant exprimer ses états d’âme. Il est réduit à sa plus simple expression par souci d’abord de rapidité : ces peintures sont en effet réalisées à 85% sans autorisation. Puis je me suis rendu compte que l’absence de visage permettait à tout un chacun de se l’approprier, de s’identifier et de laisser part à son imaginaire. C’est une sorte de miroir de notre société. »

Et pourquoi ce graphisme singulier ? « Le graphisme est une recette mélangeant plusieurs ingrédients glanés ici et là chez d’autres artistes. Une espèce de gloubi-boulga dans ma tête. ».

A y regarder de près, et même de plus loin, le Gouzou n’est pas un représentant standard de notre belle humanité. D’abord, il faut aborder les questions délicates, le Gouzou est jaune. Cerné de noir. Selon les situations il est asexué mais pas toujours. Le plus souvent, il ne porte pas de vêtement, sans pour autant être nu. Parfois, il est habillé ; ça dépend des histoires dans lesquels le ci-devant Gouzou est impliqué. Le Gouzou est naïf, farceur et a le sens de l’humour, traits de caractère qui le distingue de ses contemporains les Hommes.

Il est sentimental et n’hésite pas par les moyens appropriés à déclarer sa flamme. Nous ne savons rien de sa vie sexuelle mais il est vrai que ça ne s’étale pas sur les murs !

Est-ce une métaphore ? Il existe une machine à fabriquer les Gouzous (j’invite mes chers lecteurs à faire l’impasse de ce questionnement avec leurs jeunes enfants). Le Gouzou a une déontologie. Ce n’est pas parce que votre identité est réduite à quelques traits que vous n’avez pas de morale !

Peindre sur les murs des villes des Gouzous est chose utile, comique et coûteuse. Aussi, Jace peint des toiles, représentant des Gouzous, qu’il vend dans des galeries. Il peint également de superbes fresques de grandes dimensions.

L’observateur suit, par Gouzous interposés, les voyages de l’artiste. Les Gouzous au Havre, Les Gouzous à La Réunion, en Islande, à l’île Maurice, à Paris, à Tchernobyl etc.

Les Gouzous ne naissent pas, comme ça, ex nihilo. Ils sont le résultat de la rencontre d’un environnement et d’une histoire. Les Gouzous ne sont pas comme les tags, les graffs, une manière de marquer son passage : ils racontent une histoire. A l’origine de l’histoire, presque rien : des portes, des fenêtres, des barreaux, un tas de gravats, toutes choses appartenant à l’univers des villes que nous ne voyons pas effacées par leur côté ordinaire qui, soudain, génère un récit avec des personnages, les Gouzous, une symbolique des émotions et du langage. Un récit qui arrache rires et sourires. Ces récits sont comme des aventures d’un héros de bande dessinée. Sauf que l’humour vient de notre perception nouvelle d’éléments banals de notre vie quotidienne.

Bien peu de street artistes ont à ma connaissance créé sur le modèle des Gouzous de Jace des personnages récurrents. Je pense à leurs cousins les Gugusses de Philippe Hérard, sauf que le rire n’est pas de même nature. Au chat de M. Chat qui comme les Gouzous a parfois des ailes d’anges. Sauf que le chat est unique de sa race. Dans la famille Gouzou, on trouve des hommes et des femmes, des anges aussi. Et une mythologie, la fabrique à Gouzous, l’arbre à Gouzous etc.

 

En fait, Jace avec légèreté joue avec tout ce qu’il trouve. L’architecture des villes, un « accident » de la nature, des maisons rurales, des paillottes au bord de la mer. Il a créé non pas seulement un dessin, un graphisme, mais une galerie de personnages qui s’amusent de tout et de rien. Pour le meilleur et pour le rire. Pour l’émotion aussi.


[1] André Frossard, Fayard

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