semaine 50
Portrait de Pierre Galand
Pierre Galand

Pour un renouveau socialiste européen

Le 10 juin 2019

Cela fait 45 ans que la social-démocratie européenne se repose sur ses acquis dont elle prétend être la seule défenderesse. Entretemps, elle a pourtant avalisé les propositions des promoteurs de la libre entreprise et du libre marché sans contrainte, comme seul horizon économique. Entendez par là, moins d’Etat, moins de régulation et marchandisation des services même les plus indispensables aux citoyens les plus faibles de nos sociétés.

Défenderesse des droits acquis, elle n’a pu ni empêcher leur détricotage ni organiser une résistance internationale contre les excès des multinationales et de leurs pourvoyeurs de fonds qui ont fait main basse sur l’économie monde.

Porteuse de l’exigence du Fusil Brisé, elle n’a guère pu empêcher que les guerres prolifèrent dans de très nombreux pays de la périphérie du monde occidental ni freiner la production d’armements de plus en plus meurtriers, ni proposer et promouvoir avec force de sérieuses réformes d’un système de sécurité mondial aux mains des cinq membres permanent de Conseil de Sécurité des N.U.

Face à l’évidence des risques mortels résultant de la destruction du biotope naturel, elle n’a que trop tardé à imaginer et promouvoir un quelconque éco-socialisme.

Eliminée des gouvernements de nombreux pays européens, devenue minoritaire, elle peine à se rendre compte qu’elle est devenue évanescente depuis la chute du Mur de Berlin et l’implosion de l’URSS.

Et pourtant, par-delà les déceptions et les critiques à faire à ceux qui se sont plus accrochés au pouvoir qu’à l’urgente nécessité du changement, il est une exigence absolue de prendre la mesure des risques que représente pour de plus en plus de gens sans boussole l’attrait de pouvoirs forts, populistes, démagogues et racistes.

Une nouvelle résistance est une exigence aussi criante qu’elle ne le fut pour Jean Moulin dès les années 1930. Un nouvel imaginaire socialiste doit nous permettre de forger des propositions aussi fortes et audacieuses que le firent, au sortir de la guerre, les membres du Conseil de la Résistance en France. Créer un socialisme du XXIème siècle ne se fera pas au cours de congrès mais avec et par les peuples eux-mêmes, avec tous ceux et celles qui se battent au quotidien pour tenter, par leurs actions, de combattre les injustices, pour mobiliser de nouvelles solidarités, pour assurer le bien être pour l’humanité entière et la survie de notre planète qui l’abrite. Cette résistance nous impose de proclamer et d’organiser la non coopération avec le modèle consumériste, productiviste et spéculatif néolibéral et de nous mobiliser pour son remplacement.

Des efforts remarquables ont été faits pour apporter des éléments de réponses à la crise systémique que nous vivons et pour endiguer les pertes importantes d’acquis sociaux qui sont en cours. Côté socialiste, en Belgique les « 170 engagements pour un futur idéal » (1) présentés et adoptés par le PS en congrès en décembre dernier témoignent de la créativité qui existe au sein du parti. 

De même le « Manifeste pour un nouveau Pacte Social et Ecologique » (2), sous titré, « Quel Etat Social pour le XXIème siècle » lancé à l’initiative de Solidaris, constitue une mine au sens propre et figuré pour relever les défis qui nous attendent.

L’un et l’autre n’ont de chance de servir à un programme de gouvernement et de mobilisation citoyenne sans une alliance des progressistes à gauche.

Je voudrais toutefois souligner un volet manquant dans ces deux documents. L’économie néolibérale est une économie de guerre. Elle se nourrit des guerres dans sa périphérie et n’hésite pas à commettre les pires crimes contre l’humanité. C’est un système vampire qui utilise les ressources des Etats pour financer les recherches-développements pour l’élaboration des armes et des stratégies de guerre les plus dangereuses et les plus meurtrières jamais inventées contre les populations civiles. Le capitalisme d’Etat suit les mêmes plans machiavéliques. Tous deux nous conduisent vers la destruction tout autant si pas plus dramatique que la catastrophe climatique tant redoutée.

Depuis 1990, l’implosion de l’URSS a permis aux néoconservateurs étatsuniens d’imposer une conception absurde de la fin de l’histoire et de notre entrée dans une ère indépassable, celle du capitalisme néolibéral accompagnant la Pax americana. Et quelque part, malgré les revers du modèle, la crise financière de 2018, les conséquences désastreuses de l’usage qu’ils firent des groupes terroristes comme Al Quaida, l’attaque des Twins le 11 septembre 2001, et plus récemment l’arrivée au pouvoir du « docteur Folamour » Trump, les gens y ont cru et se sont installés dans une sorte de quiétude ou de léthargie : n’étions-nous pas du côté des plus forts au sein de l’OTAN ?

Toute nouvelle approche du vivre ensemble reposant sur un Etat de droit social et écologique n’a de chance de se réaliser que s’il intègre une prémisse existentielle, la paix. La Paix par la négociation urgente pour l’arrêt et le contrôle de la course aux toutes nouvelles armes nucléaires, une négociation urgente sur l’interdiction du déploiement d’armes de destruction massive dans l’espace intersidéral et pour réhabiliter les instruments onusiens permettant de reprendre un dialogue multilatéral pour le désarmement. L’an dernier, les budgets de la Défense nationale des pays européens ont augmenté de plus de 4% et docteur Folamour exige que nous portions ces budgets à 2% du PNB. Mettre fin à cette option est un impératif car ce sera la seule manière de réorienter la recherche fondamentale en faveur des besoins essentiels de l’humanité pour assurer sa survie et le bien être des générations du futur. Ce sera la forme la plus aboutie de l’internationalisme. C’est donner à l’Europe une mission à la hauteur de son héritage humaniste.

Vive la sociale !

1. WWW.170engagements.ps.be

2. WWW.pactesocialecologique.org

 

Image: 

Extrait du film “Docteur Folamour, ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe ”, comédie satirique de Stanley Kubrick, distribuée par Columbia Pictures. Photo © commons.wikimedia

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