semaine 48
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Un autre monde est nécessaire

Le 03 juillet 2020

Samedi 27 juin

Quand on écrira l’histoire de ces mois pour le moins troublés par une petite bébête invisible qui oblige toute la planète à changer radicalement sa façon de vivre, et même son mode de vie, il faudra consacrer une parenthèse au professeur Didier Raoult. Né à Dakar en 1952, infectiologue et professeur émérite de microbiologie, ce savant dirige à Marseille l’Unité de Recherches sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes. Ses déclarations ne sont pas très appréciées par la profession tandis que les lobbys pharmaceutiques se méfient de ses accusations. Évidemment, comme ses attitudes sentent le soufre, les médias s'intéressent à sa personnalité (certains diront à son personnage). Et comme, de surcroît, il vient d’être auditionné pendant plus de trois heures par une commission parlementaire, il y a désormais matière à portraits et débats. Certains considèrent que le professeur Raoult est fou. C’est bien ça, justement, qui est intéressant. Le monde n’a jamais progressé qu’avec des fous. De Léonard de Vinci à Charles de Gaulle, toutes les disciplines pourraient être explorées qui démontreraient leur utilité ; le fou le plus influent et donc le plus célèbre étant bien entendu Jésus. Ne fallait-il pas être fêlé pour prêcher une parole qui change le monde en voyageant sans le sou avec une douzaine de potes-disciples dans le sable et les terrains rocailleux de Galilée ?

                                                                                                      *

 Profitons du 50e anniversaire de sa mort pour remettre au goût du jour un poète oublié, Pierre Mac Orlan (1872 – 1970). Son fantôme hante encore les rues de Montmartre et il n’est pas rare d’y découvrir l’une ou l’autre de ses œuvres chez les bouquinistes de la Butte, sa bibliographie étant particulièrement abondante. S’il s’essaya aux contes et romans, s’il développa aussi de nombreux titres de littérature érotique, un seul roman le rendit célèbre grâce à Marcel Carné qui l’adapta au cinéma en 1927 avec Gabin et Morgan, « Le Quai des brumes » (« T’as d’beaux yeux tu sais ! »…) Dans la dernière partie de sa vie, il écrivit des chansons, très prisées par Georges Brassens ou Léo Ferré. L’une d’entre elles est restée célèbre, mise en musique par Marceau Verschueren (dit V. Marceau) et chantée en 1952 par Germaine Montero, avec à la guitare Henri Crolla, reprise ensuite par Catherine Sauvage. Un bijou : « La Fille de Londres ».

                                                                                                  *

 Petit exercice journalistique. Un quotidien choisi au hasard daté du 27 juin de l’an dernier. Ce sera Les Échos. En première page, une photo panoramique de l’intérieur d’un supermarché, appuyée par des tableaux statistiques. Titre principal : « Les raisons d’espérer pour la croissance ». Sous-titres : « Le moral des Français est revenu à son niveau d’avant la crise des « Gilets jaunes ». / La hausse attendue du pouvoir d’achat, conjuguée au regain d’optimisme, est de bon augure pour la croissance ». Un an plus tard, ce 27 juin 2020, titre principal : « Emploi : une mesure choc face au risque d’une génération sacrifiée ».

 Rien d’original dans cette comparaison. Simplement, le fait qu’elle est banale, que n’importe quel organe de presse pourrait offrir exactement le même contraste, donne confirmation irréfutable que le monde a changé. Un autre monde est-il possible, ainsi que le clamaient les altermondialistes ? La réponse reste en suspens. Ce qui, en revanche, est certain, c’est qu’un autre monde est nécessaire. Oui. Nécessaire. Un monde où la production du nécessaire prend le pas prioritaire sur la production du frivole. Cet objectif-là devrait s’imposer sans trop de difficultés, quel que soit la couleur d’un gouvernement. Sauf si le capitalisme débridé continue de disjoncter de manière encore plus délirante. 

Dimanche 28 juin

 Parmi les différentes consultations populaires qui ont lieu aujourd’hui, celle qui offre le choix citoyen le plus aisé se déroule en Pologne. Là-bas, l’électeur n’aura pas à se gratter le crâne pour attribuer son suffrage tant les deux principaux candidats de l’élection présidentielle développent des options éloignées les unes des autres. Le président sortant, Andrzej Duda, est un ultraconservateur soutenu par Trump et (entre autres) radicalement opposé aux homosexuels. De l’autre, Rafal Trzaskowski, jeune maire de Varsovie, est un libéral pro-européen. Le simple fait de contraindre le président sortant à un second tour le 12 juillet serait paraît-il déjà un succès, et tout serait alors possible, c’est-à-dire l’entrée de la Pologne dans la modernité. Chiche !

                                                                        *

 Les élections municipales françaises ont déclenché une vague verte et une poussée de la gauche jusque dans les villes les plus traditionnellement marquées à droite par une bourgeoisie affable et accueillante comme Bordeaux. Elles ont aussi été dominées par une abstention record due sans doute en partie à la prudence malgré les précautions sanitaires prises dans les bureaux de vote. Mais la caractéristique principale est l’échec total des candidats macronistes qui témoigne d’un manque d’implantation locale du parti présidentiel. Ce que Macron a réussi en trois ans de présidence, c’est à décevoir, provoquer une démobilisation populaire et, partant, une désaffection pour la politique. On ne gouverne pas dans la durée avec uniquement de la com’. Son Premier ministre, Édouard Philippe, l’a bien démontré, en l’emportant brillamment dans sa ville du Havre après avoir consciencieusement géré la crise du virus. La semaine du président lui sera capitale puisqu’il devra procéder à un remaniement ministériel, bâtir l’équipe avec laquelle il tentera un renouvellement de son mandat, en 2022. Mais avant cette échéance, la France aura connu des élections départementales et régionales dans neuf mois. Il s’agit pour Macron de veiller à ce qu’elles ne se soldent point par des résultats aussi catastrophiques. Sinon…

                                                                        *

 Des avocats qui portent plainte contre les juges et des magistrats qui tergiversent. Sarkozy soupçonné de malversations et Fillon bousculé par le Parquet national financier (PNF). La justice française est malade d’elle-même et ce n’est jamais bon qu’un des trois piliers du système démocratique soit crevassé.

Lundi 29 juin

 Il y aura un second tour en Pologne, et même si Duda, le président sortant, a franchi la barre des 40 %, tout sera possible le 12 juillet. Le choix sera très clair, entre le maintien du pays dans ses traditions les plus vétustes et les idées fanées, ou l’éclosion de la nouveauté. Quand les partisans du dynamique maire libéral de Varsovie se rassemblent pour lui exprimer leur soutien, ils agitent des drapeaux européens. Un signe qui ne trompe pas.

                                                                        *

 Une démarche inspirée des cadavres exquis est inventée à Florence, dans cette Toscane où l’art demeure la forme primordiale dans la raison de vivre. « Se i quadri potessero parlare » (« Si les tableaux pouvaient parler ») est le nom du projet soutenu par Tommaso Sacchi, 37 ans, adjoint au maire pour la Culture. Il s’agit d’associer des œuvres d’art célèbres à des phrases n’ayant apparemment aucun lien. Peut-être que cette aventure demeurera curiosité locale. Il est toutefois possible d’imaginer qu’elle fasse école hors frontières…

                                                                        *

  Les pensées du Griffonnier. Après son « Remettre la France au goulot » (voir recension du 1er juin ci-dessus), Cédric Dutilleul aggrave son cas. Le voici qu’il clame : « Quand tout le monde baisse les bras, l’homme des tavernes lève le coude ». Le Griffonnier rappelle ainsi aux admirateurs de Pierre Dac que le coquin avait un devancier en la personne d’Auguste Derrière. Á moins que ce soit un héritier. Allez savoir. Avec ces gens-là… Une chose est sûre, Blaise Pascal est à nouveau relégué à la fin du peloton.  

                                                                        *

 Entendu dans un salon de coiffure : « La vieillesse est héréditaire ». L’esprit de Woody Allen souffle partout.

Mardi 30 juin

 On a voté aussi en Islande. Le président Johannesson a été réélu avec un score coréen. Son unique rival était un populiste. Mais sur cette île, le rôle du président est essentiellement protocolaire. La direction du pays est confiée à la Première ministre Katrin Jacobsdóttir, du Mouvement des Verts et de la gauche réunis. Un nom difficile mais à retenir. Comme en Norvège, en Suède, en Finlande, une femme est à la tête du gouvernement. La Scandinavie aurait-elle des points communs avec la Nouvelle-Zélande ?

                                                                        *

 La Chine vote Trump. Le pouvoir de Pékin ne s’en cache pas : il aimerait que Donald Trump puisse exercer un second mandat. On comprend pourquoi.

                                                                        * 

 Pauvre roi Juan Carlos ! Promu à poursuivre la mainmise du pouvoir franquiste sur l’Espagne, il avait, au grand dam des vieux phalangistes, ouvert son pays à la modernité, accélérant la naissance de la Movida en 1976, dès son accession au palais, et transformant l’Espagne en une monarchie constitutionnelle démocratique. Il connut quelques déboires mineurs dont il s’excusa jusqu’à ce que des soupçons de fraude et de corruption avérées l’obligèrent à céder le trône à son fils. Il est à présent soumis à des verdicts de tribunaux pour des dizaines de millions d’euros de détournement, dont une partie au profit de sa maîtresse, une pulpeuse princesse danoise vivant à Monaco.

 Pauvre Laurence Debray ! On ne sait trop pourquoi, elle voue (vouait ?) une admiration sans bornes pour Juan Carlos. Elle a même écrit une biographie du roi (« Juan Carlos d’Espagne », éd. Perrin, 2013). Dans son livre « Fille de révolutionnaires » (éd. Stock, 2017), elle raconte qu’elle possédait dans sa chambre un grand portrait de Juan Carlos et qu’en son absence, son père, Régis Debray, allait le dépendre et le remplacer par un portrait de François Mitterrand. On aimerait qu’elle pût se dire aujourd’hui, plagiant Sacha Guitry : « Mon père avait raison »…

Mercredi 1er juillet

 Le 1er juillet 1997, selon l’accord conclu avec le Royaume-Uni qui en avait la tutelle, Hong Kong devint la première région administrative spéciale de Chine. Désormais, chaque 1er juillet de chaque année, la population y défile afin de réclamer plus de démocratie. Hier, la « loi sécuritaire » a été votée à Pékin. Elle est très sévère, elle prévoit la prison à vie pour des manifestants qui mettraient le pouvoir de Pékin en condamnation publique. Cette loi concerne l’ensemble du territoire chinois mais chacun comprend la raison de sa promulgation, sa date révélant d’ailleurs l’objectif visé. L’Europe exprime sa réprobation par la voix de Joseph Borrell, son haut représentant aux Affaires étrangères, et celle de Charles Michel, le président de son Conseil.

 La Syrie est au bord de la famine. L’extrême pauvreté gagne les faubourgs de sa capitale, Damas. Par la voix de son haut représentant aux Affaires étrangères Joseph Borrell et celle du président de son Conseil Charles Michel, l’Europe alerte la communauté internationale ; elle fait pression sur al-Assad qui se trouve en grande difficulté au point que ses alliés ou parrains (Iran, Russie…) décident de se réunir afin d’examiner son cas, de plus en plus en question. Leur question, justement, elle se résume simplement : jusqu’où soutenir l’ami Bachar ?

 En principe, Israël devrait commencer à occuper un tiers de la Cisjordanie à partir de ce jour. L’Europe s’indigne. Elle parle de « violation de territoire ». La formule est employée par Joseph Borrell, haut représentant aux Affaires étrangères, et par Charles Michel, président du Conseil.

 Oui, ces informations ressemblent à une litanie. En vérité, elles démontrent que l’UE est présente en observateur sur tous les fronts et qu’elle réagit à leur évolution.  Non, l’Europe ne peut pas se comporter au-delà de ses attentives mises en garde. Même si elle possédait, comme elle le devrait, une armée, il ne serait pas sage et convenable de l’envoyer partout dans le monde jouer au gendarme. Ça, c’est le rôle de l’ONU. Certaines associations lancent des pétitions afin de faire pression sur l’Europe à propos de ces situations tragiques. Pourquoi donc n’envoient-elles pas leurs protestations aux ambassades concernées ? Pourquoi n’invitent-elles pas les réseaux sociaux à encombrer les boîtes à messages des ambassades par un tollé (comme elles disent) de protestataires ? Pour être efficace, une action pétitionnaire doit être rédigée sans erreur, sans faille, et être très précise. Y compris quant à l’identité du destinataire.

                                                                        *

  Le « Journal » de Stendhal existe en Pléiade depuis 1982. Le voici en Folio. 1280 pages pour seulement 15 € et de bons moments à passer avec l’ami Henri. Serge Sanchez le commente dans le numéro de juin du Nouveau Magazine littéraire et s’attarde, chemin faisant sur la quête du bonheur, un objectif permanent chez l’écrivain. « Stendhal envisagea de partir pour l’Amérique où se construisait une démocratie inédite, mais il ne supportait pas le culte du ‘dieu dollar’. Il grondait contre l’affairisme, la suprématie de l’argent sur les ressources de l’esprit, devenue maintenant si naturelle. » Hé oui, « devenue si naturelle… » ! C’était durant les années trente. Dix-huit cent trente…

Jeudi 2 juillet 

 Hong Kong (suite). Comme il fallait s’y attendre, des milliers de manifestants pro-démocrates ont bravé l’interdiction et sont descendus dans la rue pour clamer leur opposition au 23e anniversaire de la rétrocession du territoire à la Chine. 180 personnes furent arrêtées dont 7 en vertu de la loi sécuritaire promulguée la veille. Le chiffre 7 évoque déjà bien des choses et des situations dans la vie des hommes (jours de la semaine, pêchés capitaux, nains de Blanche-Neige, boules de cristal de Hergé, mercenaires de John Sturges…) Il se pourrait bien que l’Histoire retienne les sept Hongkongais…)  En chinois, Hong Kong signifie « Pot de parfum ».

                                                                        *

 Il y a déjà 24 heures que Netanyahou aurait dû faire pénétrer son armée en Cisjordanie. Rien ne se passe pour l’instant. Sont-ce les nombreux messages de désapprobation parvenant de toutes les parties du monde (sauf de la Maison-Blanche, bien entendu) qui le retiennent ? Beaucoup d’observateurs estiment qu’il recule pour mieux sauter. Á voir…

                                                                        *

 Le 20 juin, Donald Trump avait manqué son départ en campagne sous la forme de grands rassemblements populaires. La vaste halle de Tusla, dans l’Oklahoma, n’était pleine qu’aux deux-tiers. Prudent, compte tenu de l’augmentation inquiétante des contaminés au Covid-19, Joe Biden annonce qu’il ne tiendra pas de meeting dans cette campagne présidentielle. On peut supposer que le risque est bien calculé, le vieux Joe misant sur la sagesse et la prudence citoyennes. On doit donc aussi supposer que les experts conseillant le candidat démocrate estiment que le virus sera toujours bien vivant et actif le 3 novembre. 

                                                                        *

 Pierre Cardin célèbre aujourd’hui son 98e anniversaire. « Je ne crois pas qu’il y ait un nom aussi important que Pierre Cardin dans l’histoire de la couture » … Et probablement pas non plus dans l‘histoire de la modestie.  

Vendredi 3 juillet 

 Au Proche et au Moyen-Orient, les islamistes anti-israéliens d’Iran, du Hezbollah et de Hamas sont de plus en plus isolés, d’autres nations arabes – récemment les émiriennes – s’étant petit à petit résolues à normaliser leurs relations diplomatiques avec l’État hébreu. La position hautaine de Netanyahou soutenue par Gantz pourrait changer la donne. Des pays désireux de voisinage paisible comme la Jordanie mettent en garde : annexer une partie de la Cisjordanie, c’est renforcer le camp des pays anti-Israël, c’est jouer avec le feu, le vrai… On ne compte plus le nombre de gouvernements qui invitent Netanyahou à délaisser le plan Trump que personne ne veut et qui met en péril toute initiative de paix, en enterrant le projet de deux États. Même Boris Johnson vient de déclarer que l’invasion de la Cisjordanie consisterait en « une violation du droit international ». Il faut aussi rappeler que le candidat Joe Biden a, dès son entrée en lice, annoncé qu’il « renverserait » le plan Trump, estimant que la seule solution possible est celle des deux États. Il l’a plus d’une fois répété, y compris devant l’assemblée des donateurs juifs à Washington. On peut, aujourd’hui, encore croire en une certaine sagesse chez Netanyahou sans être forcément traité de naïf. On en a envie. On peut même imaginer que sous la pression de son peuple, la Knesset n’autorise pas l’armée à faire mouvement. Ce n’est pas être munichois que de miser sur la syncope de la bêtise.

                                                                        *

 L’expression « bouillabaisse électorale » a toujours connu sa justification dans les faits et dans les chiffres à Marseille. C’est encore vrai, ô combien, cette fois-ci. Dimanche dernier la droite et la gauche ont obtenu le même nombre de sièges. Il leur en manque quelques-uns pour atteindre la majorité. Samia Ghali, dissidente du PS, en détient huit ; elle possède donc la clef de l’épilogue. Cela se jouera demain matin lors de l’installation du nouveau conseil municipal (« le 3e tour ») On imagine la physionomie des journées de tractations de séductions, d’arrangements plus ou moins convenables qui se sont écoulées depuis la publication des résultats. Là-haut, la Bonne Mère veille en souriant… Et au Bar de la Marine, le fantôme de Raimu compte les points.

                                                                        *

 Le 31 mai dernier, Alain Duhamel est devenu octogénaire. Il a fait paraître hier sa dernière chronique dans Libération après trois décennies d’analyses politiques. Laurent Joffrin, le directeur du journal, lui a rendu hommage au bas de sa page : « … Nous regretterons ce compagnon courtois, chaleureux et érudit, cet observateur distancié et précis des jeux du pouvoir et de la société. » C’est poli comme un avis de décès. L’intéressé dépose-t-il la plume ou bien allège-t-il seulement son emploi du temps ? Le verra-t-on, l’entendra-t-on encore à l’antenne ? L’avenir le dira. Quant à son passé, on pourra le baliser de multiples moments qui auront marqué la vie politique française ainsi que celle des médias. Voici deux repères, parmi tant d’autres :

1. Il n’a que 28 ans lorsque François Mitterrand, qui décide de faire le point sur son parcours, en plein passage à vide, lui propose un rôle d’interlocuteur pour un livre qui s’intitulera « Ma part de vérité » (éd. Fayard, 1969). L’homme politique a du flair : il a repéré un jeune journaliste encore peu connu et sent chez lui la naissance d’une notoriété. Le chroniqueur en herbe accepte le risque de servir un politicien qui semble plutôt, aux yeux d’une majorité de ses confrères, devenir un vieux cheval sur le retour. C’est du gagnant-gagnant. Les deux hommes ont eu le nez fin.

2. Il a 31 ans et il anime la grande émission politique du moment à la télévision. Elle se nomme « Á armes égales ». Il s’agit d’un face-à-face entre deux personnalités qui s’affrontent. Ce soir-là, le 13 décembre 1971, le duel oppose Jean Royer, maire de Tours, (très rétrograde, sorte d’avocat des bonnes mœurs aux déclarations semblables à celles que prononçait le procureur Ernest Pinard, à l’encontre de Baudelaire ou de Flaubert) ; à Maurice Clavel, ancien résistant, gauchiste chrétien, écrivain, journaliste au Nouvel Observateur. La règle veut que chacun des protagonistes présente d’abord un film qui, durant dix minutes, est censé refléter son engagement. Le film de Clavel qui ouvre la séance fut censuré. L’homme explose, termine son propos d’irrité par un « Messieurs les censeurs bonsoir ! » que Jean Daniel placera en couverture de son hebdomadaire, et quitte le plateau. Alain Duhamel est ébahi, il bafouille, tente de s’expliquer, avant de regretter la colère de Clavel « pour une simple question de censure ». L’INA (Institut national de l’Audiovisuel) a placé le moment homérique sur son site. On peut donc s’en amuser… On peut même visionner le film de Maurice Clavel, et le méditer à 49 ans de distance. Il s’intitule « Le Soulèvement de la vie ».  

 

Image: 

« Le soulèvement de la vie », la contribution de Maurice Clavel à la révolte des jeunes en mai 68. © https://www.youtube.com/watch?v=KHsGAiqqz9w

Mots-clés

Ajouter un commentaire

entreleslignes.be ®2020 design by TWINN