semaine 47
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

"Photographie, arme de classe"

Le 09 octobre 2019

Mardi 1er octobre

 Comme s’il manquait de soucis, Boris Johnson est désormais attaqué pour harcèlement sexuel. Le ministre des Affaires étrangères qui avait assisté à l’outrage confirme que Le bouillant Boris avait caressé ardemment la cuisse de madame Edwards, la plaignante.

 Ah ! Chers Georges, Courteline et Feydeau ! Comme vous étiez plus visionnaires que boulevardiers !

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 La Convention de la droite extrême organisée par Marion Maréchal (ex- Marion Maréchal-Le Pen) a révélé deux constats tout compte fait assez satisfaisants. D’une part, Éric Zemmour, qui parrainait le rassemblement, a tenu un discours encore plus extrémiste qu’à l’accoutumée. Dès lors, il se disqualifie tout seul, même chez ceux qui aimaient entendre ses théories, tant il alimente sa propre caricature. D’autre part l’égérie a déçu. Elle a pour elle beaucoup d’atouts (et d’atours) mais elle s’est avérée mauvaise oratrice. A-t-elle réalisé le flop de son raout dominical ? Elle annonce aujourd’hui qu’elle ne sera pas candidate à la présidentielle de 2022. C’est tata Marine qui va être contente !

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 L’Alliance française de Liège accueille à sa tribune Jean-François Kahn qui vient disserter sur les erreurs historiques, thème de son prochain livre. Capté au vol : « Ce qui est contre le mal n’est pas forcément le bien. Ce peut être un mal pire que le mal qui est combattu ».

Mercredi 2 octobre

 La procédure de destitution engagée par les démocrates étatsuniens envers Donald Trump sera nécessairement longue. Mais déjà, le président perd ses nerfs. Il hurle au complot dans ses interventions publiques en présence d’invités extérieurs. Un signe qui ne trompe pas.

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Le Musée de la Photographie de Charleroi cher à Xavier Canonne propose « Photographie, arme de classe », un ensemble conçu par le Centre Pompidou. La commissaire, Damarice Amao, décrit avec un talent nourri de passion la conception de l’ensemble et les balises que l’image vient apporter aux luttes d’émancipation et aux combats pour l’égalité dont les deux siècles qui précèdent furent souvent le théâtre. On perçoit de la passion dans le propos car l’émotion est, là, de moments choisis jusqu’aux scènes historiques. On les observe aujourd’hui en connaissant les résultats - tantôt tragiques comme la répression d’une manifestation, tantôt heureux comme l’aboutissement d’une revendication –  et on les médite à la lumière de notre actualité. En ce sens, l’aspect pédagogique des cimaises est considérable. Toutes ces captures d’un instant touchent l’attention au nom de la curiosité devant l’anonymat des images. La photo fixe des inconnus qui le resteront. Ensemble ils existeront et ils auront un nom : le peuple.

Jeudi 3 octobre

« Sexe, mensonges et vidéo ». La Palme d’or de Steven Soderbergh a 30 ans. Aujourd’hui, il ne se passe plus un jour sans qu’une plainte pour harcèlement sexuel ne soit déposée, sans qu’une accusation ne soit formulée, révélée. Il faudra prévoir dans les gazettes une page courante, à l’instar de celle des chiens écrasés, mais évidemment, avec plus de tenue et d’émotion respectueuse. Ainsi, en début de semaine, la petite commune de Thimister (province de Liège, arrondissement de Verviers) s’est hissée au rang hollywodien, à la une des journaux télévisés. Il y aurait eu là-bas viol ou, à tout le moins, abus sexuel dans les vestiaires du club de foot avec répercussion par l’image sur les téléphones portatifs des paroissiens. « Viols à Clochemerle » pourrait être le titre d’un bon scénario. Mais Jean-Pierre Mocky est mort.

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  Marion Maréchal est née un 10 décembre, le jour d’adoption de la Déclaration des droits de l’Homme, à ce titre choisie tout naturellement par l’ONU Journée internationale des droits de l’Homme. Elle usera un jour de cette coïncidence. Le 10 décembre 2022, elle n’aura que 33 ans. Sa décision de ne pas se présenter à l’élection présidentielle n’a donc rien d’héroïque ou de sacrificatoire. Elle pourra aisément attendre 2027, d’autant qu’en 2022, Emmanuel Macron tentera de se faire réélire et que Marine Le Pen sera sûrement sur la ligne de départ. Donner du temps au temps. Ce sage principe cher à Don Quichotte que Mitterrand appliquait, c’est désormais Marion Maréchal qui le cultive.    

Vendredi 4 octobre 

  La famille Chirac n’avait pas souhaité que Marine Le Pen puisse assister à la messe de funérailles du patriarche. Aujourd‘hui, Ivan Rioufol, chroniqueur au Figaro, regrette ce geste : « le clan Chirac a signifié à des millions de Français qu’ils étaient indésirables ». Voilà où l’on en est désormais. La famille d’un président défunt est coupable de choisir les personnes qui viendront se recueillir devant la dépouille honorée dans une cérémonie religieuse. D’autant que si l’on peut signifier certaines erreurs dans le bilan du défunt – et on ne s’en est du reste pas privé -, on doit aussi reconnaître qu’il n’a de sa vie jamais pactisé avec l’extrême droite. Refuser la présence de celle-ci à Saint-Sulpice, c’est donc tout simplement être fidèle au mort. Mais non, pour Le Figaro, c’est insulter des millions de Français.

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 Un pari sur l’avenir : la cage de l’ascenseur social sera bientôt réparée.

Samedi 5 octobre

 Lorsqu’à la fin de l’année, il s’agira de répertorier les changements de 2019, il ne faudra pas oublier la mutation des chefs de l’extrême droite. C’est la fin des skinheads, ces brutes au crâne rasé, blouson noir et chaîne au bout du gant, au tatouage provocateur. Leur vocabulaire atteignait au mieux une cinquantaine de mots dont quarante-huit injures. Ces arlequins de la haine ont fait leur temps. Certains ont suivis des cours et effacé leur tatouage au laser. Désormais les extrêmes droites européennes sont dirigées par de jeunes hommes courtois en costumes trois pièces, chemise cravate, à l’expression un peu pointue. Bref, des gendres parfaits. On les trouve en Autriche, aux Pays-Bas, en Flandre, dans certaines villes de Scandinavie, etc. Á côté d’eux, même cravaté, Salvini paraît encore plus rustre et Marine Le Pen prend des airs de bobonne.

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 L’époque est à disserter sur le bonheur. La politique s’est donc emparée du thème et les plus grandes envolées sirupeuses garnissent désormais les discours. Vieux comme le monde, le sujet fut très prisé par les Anciens jusqu’à ce que Saint-Just le plante en jalon en ouvrant une nouvelle ère. Ainsi, on découvre dans Épictète cette sage recommandation qui trouve tellement sa pertinence de nos jours : « Le bonheur ne consiste pas à acquérir et à jouir mais à ne pas désirer. » Parmi les conseils éclairés du stoïcien grec, celui-ci, lui aussi à méditer : « Ne prétends pas changer la nature des choses. » Charles de Gaulle l’avait placé en exergue de son livre « Vers l’armée de métier » (1934).

Dimanche 6 octobre

 Donald Trump annonce qu’il retire les troupes américaines situées à la frontière turque abandonnant les Kurdes, qui ont vaillamment combattu Daech, à leur triste sort. « Qu’ils s’arrangent ! » lance-t-il. Autant dire qu’il fait cadeau à Erdogan d’envahir le Rojava et d’en chasser les Kurdes. On ne serait pas loin d’un génocide, à tout le moins un massacre. Voilà un bon test. Ce président détient-il un pouvoir insensé ou son entourage et son administration sont-ils en mesure de l’en priver ?

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« Downton Abbey » est une série télévisée qui a été diffusée en 52 épisodes de 50 minutes dans le Royaume-Uni et plusieurs pays européens qui ont goûté le style british avec délice. Le réalisateur Julian Fellowes s’est dit qu’en tirer une histoire en long métrage au cinéma devrait marcher. Eh oui, ça marche. Le film est plaisant, les péripéties parfois un peu trop convenues ne dérangent pas l’observation de ce monde désuet de la noblesse anglaise mais ce sont les dialogues qui amusent le spectateur. Toutes les ellipses du langage sont à savourer. Un père annonce à son épouse et à son fils la visite du roi et de la reine. Le fils est imperturbable. Plutôt que de lui demander « Cette nouvelle vous laisse froid mon fils ? », le père dit : « J’admire votre manière de masquer votre enthousiasme ! » Ces façons de positiver un fait négatif égayent toute la trame. S’il y a bien un film qui ne peut s’apprécier qu’en version originale, c’est celui-là. Au sommet des jeux, on soulignera celui de l’octogénaire Maggie Smith, sublime comédienne, dans le rôle de Lady Violet Crawley.

Lundi 7 octobre

Contrairement à la plupart de ses partis-frères, le parti socialiste portugais a remporté brillamment les élections en augmentant un score pourtant déjà élevé qui lui permet de frôler la majorité absolue. De quoi faire rêver les autres. Les commentaires soulignent le charisme du Premier ministre Antonio Costa. C’est un peu court. Il conviendrait (au moins) d’ajouter que tout au long de la législature qui s’est achevée hier, le parti socialiste et ses alliés de la gauche ont conduit une politique sociale progressiste tout en maîtrisant les finances et en respectant les normes européennes. Il importerait de préciser que les socialistes et leurs alliés de gauche ont géré l’immigration sans ambages, de la manière la plus claire qui soit, n’hésitant pas à évoquer ses aspects avantageux, sans honte, sans frilosité. Il faudrait aussi noter que les alliés de gauche du parti socialiste ne s’acharnèrent pas à le perdre en lui menant la vie dure mais l’accompagnèrent à l’influence, car l’extrême gauche et les communistes préfèrent un gouvernement socialiste qu’ils peuvent inspirer, sur lequel ils peuvent peser, plutôt qu’un gouvernement de droite qu’ils combattraient dans l’allégresse romantique mais dont ils ne pourraient tirer aucun résultat probant eu égard aux idées qu’ils défendent.

Mardi 8 octobre

 Trump recule. Ce n’est plus un retrait, c’est un redéploiement. Bon. Les Kurdes respirent un peu et surtout, le monde constate que le dingue est sous contrôle dans sa propre Maison. Il ne peut quand même pas tout. Si, au bout de son mandat, on comptabilisera les fausses informations, l’on pourra aussi relever le nombre de revirements qui auront un peu rassuré les peuples. Un peu…

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 C’est chaque année le même canevas dans la semaine des Nobel. Lundi, trois médecins furent couronnés ; aujourd’hui deux physiciens ; demain, ce sera au tour des chimistes. Leurs noms ne seront pas oubliés puisqu’ils n’auront pas été retenus. Leurs découvertes sont cependant essentielles pour le genre humain. On retiendra (un peu) le nom des lauréats de la Littérature jeudi et surtout celui de la Paix vendredi. Et à l’année prochaine !

 

Image: 

L’Exposition « Photographie, arme de classe » se tient au Musée de la Photographie à Charleroi. Photo © Pierre Jamet et © Centre Pompidou.

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