semaine 49
Portrait de Henry Landroit
Pour remettre les idées à l’endroit...

Vous avez dit "déconfinement" ?

Le 17 mai 2020

Vous ne le voyez pas mais le correcteur d’orthographe de mon ordinateur vient de souligner en rouge le mot « déconfinement » dans le titre. À la place, il propose déconditionnement, déconventionnement, et même découronnement et, plus fort encore, tenez-vous bien  : confinement.

Par contre, quand je tape ce mot dans qui vous savez, j’obtiens 87 800 000 de résultats, et ce en 0,39  seconde. Je suppose que ce nombre incroyable est dû au fait qu’on en a parlé à l'envi depuis la mi-mars dans tous les médias. Et quand je cherche déconfinement dans les dictionnaires sur papier (Le Petit Robert, Le Robert en 6 volumes, le Petit Larousse, Le Larousse du 20e siècle de 1931 en 6 volumes, Hachette), il est superbement ignoré. Et dans les dictionnaires en ligne ? Eh bien ne vous en déplaise, c’est la même chose. Le CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales) répond même, un peu étonné  : « Cette forme est introuvable !  ». Émile répond modestement : « Mot inconnu du Littré ».

Traversons l’Atlantique, pour voir. Là, j’ai un peu plus de chance au Québec, dans Le grand dictionnaire terminologique où je trouve enfin une définition. Je soupçonne nos amis québécois d’y avoir pensé à cause du fameux « lockdown » que l’anglais voulait leur imposer.

Quoi qu’il en soit, il est quand même étonnant de constater que l’utilisateur lambda ou celui qui étudie la langue française trouve si peu de trace de ce mot.

Oui, je n’ignore pas (et je le répète souvent) que les mots existent d’abord dans la langue orale et écrite avant d’exister dans les dictionnaires. En d’autres termes, les mots vivent dans la bouche des locuteurs avant de rejoindre leurs nombreuses pages. Les néologismes inondent d’abord les revues, les magazines et nos conversations avant de passer leur examen d’entrée dans les dictionnaires. Ils sont jugés dignes d’intérêt par leurs auteurs lorsque l’usage les a consacrés.

Mais déconfinement n’est pas, à proprement parler un néologisme. Confinement est signalé depuis 1481 ! On a eu tout le temps pour admettre déconfinement puisqu’il est composé de manière correcte  : le préfixe dé- est utilisé depuis belle lurette dans les verbes principalement (décontenancer, décontracter, découcher, découdre, etc.) et moins dans les substantifs en -ment (dédouanement, déracinement, etc.). Il n’y a donc pas de raison de le laisser dans l’ombre…

Je sais aussi que les auteurs de dictionnaires signalent parfois dans leurs préfaces que tous les mots construits avec un préfixe ne sont pas repris nécessairement, parfois faute de place. On peut donc supposer que les lexicographes font confiance aux locuteurs de tout poil, qu’ils peuvent inventer des mots et que l’ajout d’un préfixe à un terme existant ne constituera pas un casus belli à condition que la procédure suivie respecte les règles de formation des mots. Ce qui est effectivement le cas pour le mot qui nous a occupés aujourd’hui.

Donc, n’hésitez pas, intégrez déconfinement au dictionnaire de votre correcteur d’orthographe  ! Le soulignement rougeoyant ne viendra plus troubler votre écran…

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