semaine 49
Portrait de Henry Landroit
Pour remettre les idées à l’endroit...

Quelle langue parle le coronavirus ?

Le 28 avril 2020

Il y a deux mois encore, les termes coronavirus, confinement, déconfinement (qui est toujours refusé par mon correcteur d’orthographe) ne faisaient pas partie de notre vocabulaire courant. Ils étaient cantonnés (confinés ?) dans un vocabulaire médical spécialisé.

Nous ajoutons en permanence des mots nouveaux d’abord dans nos conversations pour désigner des éléments, des phénomènes qui apparaissent dans l’actualité (sans parler des nombreux néologismes que les sciences de tout genre inventent presque quotidiennement). Petit à petit, ces mots sont importés dans nos dictionnaires, toujours friands d’augmenter leur nombre de pages, à la fois pour suivre les modes et pour satisfaire leurs clients.

En ce qui concerne la crise du coronavirus, la question qui se pose est de savoir si ces mots tiendront la route ou s’ils retomberont dans l’oubli sitôt l’orage passé, quitte à réapparaitre en force à la prochaine alerte. Les dictionnaires sont très prudents, ils n’engrangent de nouveaux mots que lorsqu’ils sont bien intégrés dans les usages. Plusieurs années se passent avant qu’ils ne trouvent une place pour les héberger dans leurs colonnes.

Durant les derniers mois, on a vu apparaitre aussi des anglicismes pour désigner ces réalités. Ce n’est pas nouveau, malheureusement. Les francophones prennent un malin plaisir à faire un accueil chaleureux à des termes anglais, parfois construits de toutes pièces. On se souvient de jogging et de living, ignorés des dictionnaires anglais. Ce fut encore le cas cette fois-ci puisque l’on a vu naitre tracing qui désigne le fait de suivre quelqu’un à la trace, éventuellement grâce à une application numérique, afin de voir s’il a côtoyé des personnes infectées. Tracing a encore été généreusement employé par la Première ministre lors de sa conférence de presse de ce 24 avril. Le suffixe en « ing » semble bien productif. En anglais, on parle plutôt de tracking qui n’a probablement pas eu beaucoup de succès étant donné qu’il évoque le français traquer qui lui n’a guère bonne presse.

Et que dire de social distancing alors que distanciation sociale, distance sociale existent ? Distanciation ou distance physique auraient mieux convenu, mais c’est une autre question.

Cette manie d’utiliser des mots anglais ou de carrément en créer influence notre langue au point de perturber la compréhension du commun des mortels. Quand dans la même conférence de presse du 24 avril, la Première ministre parle de « B to C » (bizness to consumer), prononcé "bitoussie", il y a de quoi rester à quia et de demander l’aide de Google, du moins si l’on n’a pas fait des études d’économie !

Notre langue a pourtant les ressources nécessaires pour contrer toutes ces intrusions intempestives dans notre quotidien. Mais c'est apparemment trop demander aux francophones, la paresse l'emporte souvent et la collection d'anglicismes s'allonge de jour en jour.

Henry Landroit

Commentaires

Portrait de Ouardia DERRICHE
Ce n'est pas la paresse mais le snobisme et l'à plat-ventrisme devant ce qui a le vent en poupe, les gagnants, qui préside au choix de formulations anglaises ou pseudo anglaises plutôt que de françaises. Ainsi, on croit se différencier de la plèbe ordinaire et on fait preuve de la soumission qui a toujours caractérisé les élites des pays confrontés à des vainqueurs, ici le nouvel ordre mondial néolibéral et sa novlangue. Ainsi, je vis dans un quartier de Bruxelles en voie de gentrification dont la plupart des commerces ont troqué leurs enseignes françaises et néerlandaises contre des enseignes en anglais. La boulangerie est devenue bakery, le coiffeur barber et le reste à l'avenant et, en parallèle, les derniers bistrots et tavernes populaires ont été fermés pour être remplacés par des lieux classieux et branchés. Navrantes, cette aliénation et cette servilité déshonorante, surtout de la part de politiques.

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