semaine 44

Une auberge pour sans-abris à confiner

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 17 avril 2020

A Anderlecht, l’asbl DoucheFlux a ouvert un centre de jour pour personnes précaires. A présent, il faut leur trouver un logement permanent. Photo © DoucheFlux.

Molenbeek, à deux encablures du canal, sous le soleil, une auberge de jeunesse, la Jes Sleep Inn, a ouvert ses portes à 9 femmes et deux hommes sans abris, en situation d’autant plus précaire que la menace de contagion par le Covid-19 est grande. Une équipe de jeunes gens, portant masque ou non, allie les organisations de DoucheFlux (1), des travailleurs de rue et les responsables de l’auberge de jeunesse. Ils font le point après une semaine d’hébergement, au moment où une onzième personne, une femme enceinte, vient prendre ses quartiers. Un étage est donc occupé, chaque personne disposant d’un bel espace calme, propre et livraisons de repas, afin d’y souffler quelque peu après la tragédie de la rue et pendant cette menace sanitaire d’envergure.

Elles y trouvent un havre de paix où elles peuvent faire le point, communiquer en confiance avec les membres des associations et assistants sociaux. « Ce lieu de confinement devient un endroit de sérénité qui permet de créer du lien, d’augmenter la qualité du travail social ; ces personnes sont chez elles, dans des chambres qu’elles peuvent fermer à clef. Sans risque donc d’agressions, de violences diverses. Elles connaissent déjà l’un ou l’autre membre de notre association par des contacts en rue, parce qu’elles ont déjà pris des douches chez nous. Elles ont confiance et le dialogue se poursuit au point qu’elles peuvent entamer un véritable parcours de réinsertion sociale », explique Laurent d’Ursel, directeur de DoucheFlux, militant de Droit à un Toit et secrétaire du « Syndicat des immenses » (traduction : Individu dans une Merde Matérielle Énorme mais Non Sans Exigences !) (2)

Ceci est donc la démonstration de l’efficacité d’une action sociale rapide pour aider des personnes plongées dans des problèmes insolubles pour elles. Comment élargir cela aux centaines de sans-abris qui parcourent nos rues ? « Il faut profiter de la période de confinement imposée par l’urgence sanitaire pour réquisitionner des hôtels bruxellois, y loger un maximum de ces démunis en prévoyant l’accompagnement à la fois des associations et des services sociaux publics, plaide Laurent d’Ursel. Car, explique-t-il, la participation volontaire d’hôteliers avec les services de la Région bruxelloise est une procédure longue, compliquée puisqu’elle suppose la signature d’une convention quadripartite entre l’hôtel, l’association porteuse du projet, médecins du monde et la toute jeune agence régionale Bruss’Help.

Définition de cette agence : « mandatée par la Commission communautaire commune et créée par l’Ordonnance relative à l'aide d'urgence et à l'insertion des personnes sans abri du 18 juin 2018, Bruss’help est un centre régional chargé de coordonner les dispositifs d'aide d'urgence et les dispositifs d'insertion, ainsi que de mener des études et des analyses sur la problématique du sans-abrisme à Bruxelles. » (3) Une excellente initiative donc mais qui ne peut pas répondre très vite à l’urgence comme peuvent le faire des associations de terrain. En effet, l’aide aux personnes sans-abris est un domaine très complexe et il dépend de trois ministres en Région bruxelloise (Alain Maron chargé de l’action sociale et de la santé, avec Elke van den Brandt, et Nawal Ben Hamou pour le logement et l’égalité des chances). Le travail de fond et sur le long terme est prometteur. Par contre, pour répondre à l’urgence du confinement, la Région aurait l’autorité pour débloquer plus de places dans des hôtels selon les demandes des associations.

Cette solution complèterait le dispositif mis en place par les autorités régionales et qui, en bout de chaîne, aboutirait à la réinsertion sociale des personnes sans-abris : domiciliation, logement par le Housing First, allocations sociales, et, espérons-le, un travail décent. Tel est le souhait de Laurent d’Ursel et de son enthousiaste équipe de terrain. Il y a urgence car c’est tous les jours, hivers comme été, que les personnes à la rue sont en danger. Et le Covid-19 aggrave encore cette précarité extrême.

https://doucheflux.be/

http://syndicatdesimmenses.be/

http://lastrada.brussels/portail/fr/contact/25

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Commentaires

Portrait de anonyme
Très concrète cette approche. Une véritable application d'idées qui permettraient, si l'expérience pouvait être multipliée, d'envisager le problème du défaut d'abri dans sa globalité. Du droit à un toit à la nourriture jusqu'à la possibilité d'une existence digne de ce nom, tout s'enchaîne. Marcel.

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