semaine 33

Ringlet–Caekelbergs: éloge de la différence

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 26 avril 2019

Eddy Caekelbergs et Gabriel Ringlet lors du débat organisé par Josiane Wolff de « Play Again » à la Maison de la Laïcité de Wavre. Photos © Jean-Frédéric Hanssens.

Étaient-ils vraiment différents ou semblables dans leur démarche de vérité et d’humanité ? Un « duel amical » a réuni Gabriel Ringlet, homme d’Eglise critique de l’Eglise en tant que structure imposant ses dogmes et Eddy Caelkelbergs, journaliste et laïque militant mais critique de son métier et de certains « dogmes » laïques et francs-maçons. (1)

La scénographie de cette rencontre était très élaborée : d’abord un « tir croisé » par deux interrogateurs sur quelques thèmes à approfondir, ensuite un « dos à dos » permettant à chacun de deviner ce que l’autre a répondu à un « questionnaire de Proust » et enfin un « face à face » au cours duquel chacun confie à l’autre et au public ce qui a construit leur identité d’homme d’église et d’homme laïque. Une méthode de « quadrangulation » qui permet à chacun de s’exprimer, de se découvrir dans la confiance et la sérénité. Un régal pour un public venu nombreux pour partager ce débat philosophique sur la vie et la mort, sur la charité et la solidarité, sur les dogmes, sur la foi confrontée à la science.  

Prenons le thème des dogmes : ce mot qui, en grec veut dire « opinion » est devenu, pour l’Eglise une interprétation obligatoire d’un élément ou l’autre de la foi en fonction des circonstances historiques et de la nécessité d’asseoir son pouvoir.

L’Eglise catholique est spécialiste des dogmes, même les plus bizarres comme la « virginité » de Marie mère de Dieu et pour cela, cataloguée comme « immaculée conception », à savoir lavée du péché originel pour porter en elle le fils d'un Dieu. Un peu tordu et surtout peu féministe car cela suppose que toutes les autres mères, simples mortelles, portent le poids de ce péché originel … cher à Benoit XVI, pape émérite qui l’a rappelé récemment! Ce péché, c’est la révolte de nos premiers parents, c’est croquer la pomme de la connaissance. Et c’est une femme qui, la première, cueille cette pomme ! Pour l’Eglise, elle devient la première pécheresse, induite en tentation par le diable déguisé en serpent.

 Et pour empêcher toute contestation, l’Eglise a érigé en dogme l’infaillibilité du pape : plus de contestation possible donc. L’Eglise a-t-elle à ce point peur du doute et de l’esprit critique ?

A cette interrogation, Gabriel Ringlet expliqua les origines historiques des dogmes et clama une fois de plus son indignation par rapport à des dérives autoritaires et ridicules de la structure de pouvoir de l’Eglise.  Son souhait : une église sans dogme aucun. Une communauté de croyants en un dieu fragile et non pas tout-puissant, personnel et non pas cosmique.

Il parla de l‘importance de la vie avant la mort, d’une résurrection de notre vivant, d’une « vie internelle » … Des thèmes qu’il a déjà évoqués longuement dans ses différents livres.

Eddy Caekelbergs évoqua le libre-examen, les dogmes qui peuvent apparaître même dans des structures qui se disent antidogmatiques comme l’ULB ou la franc-maçonnerie, de la liberté de la recherche scientifique et de l’enseignement des sciences entravés par l’action politique de membres de la hiérarchie catholique, notamment au niveau européen (ce que contesta Gabriel Ringlet).

Impossible de résumer sans le trahir ce débat qui nécessite une écoute attentive et une méditation sereine. Prochainement, nous pourrons vous proposer le lien vers YouTube où vous pourrez le savourer à votre aise.

Pour approfondir la réflexion autour d’une pensée d’Albert Einstein : « La source principale des conflits actuels entre la religion et la science se trouve dans le concept d’un Dieu personnel. », voici quelques éléments concernant la science et les ingérences du religieux dans sa liberté de recherche: lien vers les constats de la Fédération Humaniste Européenne : https://humanistfederation.eu/campaign/keep-dogma-european-research/

Et sur l’intense lobbying religieux qui sévit actuellement au Parlement européen : https://humanistfederation.eu/will-the-european-parliament-resist-the-institutionalisation-of-religious-lobbying/

Votre réflexion peut aussi se poursuivre sur un thème qui n'a pas pu être abordé faute de temps : la place de la femme dans l’Eglise qui, ainsi que le rappelait Gabriel Ringlet, a débuté par une fraternité d’hommes, disciples du Christ. La fraternité semble historiquement plus masculine que féminine, y compris en franc-maçonnerie où l’accession des femmes fut lente et n’est pas toujours acceptée par certains, de même pour les homosexuels et transgenres, ce que rappela Eddy Caekelbergs. A l’heure de l’émancipation féminine et de la revendication du respect et des droits des femmes et des LGBT+ (2) au niveau mondial, ces attitudes paraissent tellement archaïques !

1. « Eloge de la différence », un cycle organisé par Josiane Wolff de l’ASBL Play Again à la Maison de la Laïcité de Wavre. Le 24 avril 2019, s’est tenu le débat entre Gabriel Ringlet et Eddy Caekelbergs, interrogés par les journalistes Frédéric Antoine et Gabrielle Lefèvre sur le thème : « Ce qui nous différencie et ce qui nous permet de nous dire semblables. »

2. Lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, asexuels et autres variations d’orientations sexuelles.

 

 

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