semaine 44

On rêve déjà de l’après

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 27 mars 2020

Un marchand de masques à Brazzaville, le 19 mars 2020. Photo © Arsène Séverin. CETRI.

La facture sera salée, après. Car on rêve déjà de l’après pandémie, lorsque ce COVID-19 sera installé chez nous et que nous aurons développé nos anticorps. Les déclarations, témoignages et analyses se multiplient sur le Net et nous permettent de retracer le fil des impréparations politiques alors que les pandémies étaient annoncées. Et d’en tirer les leçons.

Parmi ces témoignages, il y a la longue démonstration de Jean-Dominique Michel (1), anthropologue de la santé et expert en santé publique, qui a publié : « COVID-19 fin de partie ?! » « Nous subissons la contamination à large échelle par un virus qui est un pur produit de la rencontre entre la bêtise humaine (l’entassement dans des cages superposées d’animaux sauvages de diverses espèces dans des marchés insalubres…) et de l’inventivité du vivant. La bestiole a donc franchi la barrière inter-espèces et s’est propagé à partir de là au sein de la nôtre avec la fulgurance propre à ces toutes petites choses. Ce n’est pas une guerre, nous ne pourrons jamais vaincre ou éradiquer cette créature. Nous prémunir contre ses dégâts si, puis nous aurons à apprendre à vivre avec elle. Ce qui réclame une autre intelligence que celle des slogans martiaux sanitaires… » Allusion donc aux annonces martiales du président français Macron.

Ce n’est pas le virus qui tue…

Dans la dramatisation actuelle, il paraît étonnant de parler d’« épidémie banale ». Or, J-D Michel constate qu’elle représente peu de chose par rapport aux « affections respiratoires habituelles que nous vivons chaque année (et qui) font bon an mal an 2.600.000 morts à travers le monde. » De plus, « Nous savons aujourd’hui que le Covid-19 est bénin en l'absence de pathologie préexistante. Les plus récentes données en provenance d'Italie confirment que 99% des personnes décédées souffraient d'une à trois pathologies chroniques (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaire, cancers, etc.) avec un âge moyen des victimes de 79,5 ans (médiane à 80,5) et très peu de pertes en-dessous de 65 ans. »

Or, les quatre plus grands facteurs à l'origine des maladies chroniques sont la malbouffe, la pollution, le stress, la sédentarité. Tout cela est évitable si « nous nous donnions les moyens de protéger la population plutôt que de sacrifier sa santé au profit d'intérêts industriels. Nous avons depuis des décennies accordé des facilités coupables à des industries hautement toxiques au détriment du bien commun et de la santé de population (pour un développement de ce constat, se référer à l’article suivant). Nous en payons aujourd'hui une nouvelle fois le prix, sous une forme nouvelle. »

Voilà qui annonce les indispensables réformes de notre mode de vie et surtout celle du système agricole qui représente notre survie à tous.

Nous assistons actuellement à une dramatisation de cette pandémie car, en effet, le taux de mortalité se situe aux environs de 3/1000. Inacceptable pour nous tous puisque nos sociétés sont censées nous protéger des risques mortels. Que dit notre scientifique ?

« C’est l’existence de ces cas graves (estimés à 15% des cas, probablement en réalité 10 fois moins) qui justifie que l’on ne s’en remette pas simplement à l’immunité de groupe. On nomme ainsi ce processus par lequel chaque personne qui contracte le virus et n'en meurt pas s’immunise, la multiplication des immunisés conduisant à un effet collectif de protection immunitaire… », explique Jean-Dominique Michel.

« En l’absence -jusqu’à il y a peu- de traitement pour protéger ou guérir les personnes à risque, le choix de laisser l’immunité se construire en laissant circuler le virus est apparu comme étant trop dangereux. Le risque pour les personnes vulnérables est tel qu’il s’avèrerait éthiquement indéfendable de prendre cette direction, du fait de la gravité des conséquences possibles. »

Le confinement : une méthode moyenâgeuse

« C’est dans ce paradoxe compliqué entre la très grande innocuité du virus pour l'immense majorité des gens et sa dangerosité extrême dans certains cas que nous sommes trouvés coincés. Nous avons alors adopté des mesures absolument contraires aux bonnes pratiques : renoncer à dépister les personnes possiblement malades et confiner la population dans son ensemble pour enrayer la diffusion du virus. Mesures à vrai dire moyenâgeuses et problématique puisqu’elles ne ralentissent l’épidémie qu’au risque de phénomènes de rebond potentiellement encore pires. Et qu’elles enferment tout le monde alors qu’une faible minorité seulement est concernée. Toutes les recommandations en santé publique sont à l’inverse de dépister le plus de cas possibles, et de confiner uniquement les cas positifs le temps qu’ils ne soient plus contagieux. »

« Le confinement général constitue un pauvre pis-aller face à l'épidémie dès lors qu’on manque de tout ce qui permettrait de lutter efficacement contre elle… », assène J-D. Michel. Les bonnes réponses c’étaient les tests et les mesures de dépistage massif. Une technique simple que nous avons été incapables de mettre en œuvre au contraire de la Corée, Hong-Kong, Singapour et la Chine.

« Enfin, nous avons réduit de manière importante la capacité de nos hôpitaux au cours de la décennie écoulée et nous retrouvons en manque de lits de soins intensifs et de matériel de réanimation. Les statistiques montrent que les pays les plus touchés sont ceux qui ont réduit massivement les capacités des services de soins intensifs. »

Et surtout, nous manquions du matériel sanitaire de première nécessité comme les gels désinfectants ou les masques protecteurs pour le personnel soignant. Cela a fait les grands titre la semaine passée. La presse a aussi souligné l’incohérence de nos responsable politiques qui ont détruit des millions de masques supposés périmés et ont failli à en importer d’autres !

L’auteur nous explique la querelle portant sur le fameux remède exhumé de la pharmacopée ancienne par le « premier expert mondial en matière de maladies transmissibles », Didier Raoult. « Il est français, ressemble au choix à un Gaulois sorti d’Astérix ou un ZZ top qui aurait posé sa guitare au bord de la route. Il dirige l’Institut hospitalier universitaire (IHU) Méditerranée-Infection à Marseille, avec plus de 800 collaboratrices et collaborateurs. Cette institution détient la plus terrifiante collection de bactéries et de virus « tueurs » qui soit et constitue un des meilleurs centres de compétences en infectiologie et microbiologie au monde. »

Le 26 février, le Dr. Raoult publiait une vidéo retentissante titrée « Coronavirus, fin de partie ! ». Il y annonçait « la publication d’un essai clinique chinois sur la prescription de chloroquine, montrant une suppression du portage viral en quelques jours sur des patients infectés au SARS-CoV-2. Des études avaient déjà montré l’efficacité de cette molécule contre le virus en laboratoire (in vitro). L’étude chinoise confirmait cette efficacité sur un groupe de patients atteints (in vivo). Suite à cette étude, la prescription de chloroquine fut incorporée aux recommandations de traitement du coronavirus en Chine et en Corée, les deux pays qui sont le mieux parvenus à juguler l’épidémie… »

Cette annonce fut suivie d’une querelle d’experts dont les Français en particulier ont l’irritante habitude et qui a fait couler beaucoup d’encre dans les journaux et occupé de nombreuses minutes dans les émissions de télévision. On résume ici mais vous en trouverez le détail dans le texte de J-D Michel.

Un peu plus tard, une étude publiée dans la revue Lancet le 11 mars révèle que « le temps de portage viral (durée entre le début et la fin de l’infection- et donc de contagiosité possible) s’avère supérieur à ce que l’on croyait, avec une durée moyenne de 20 jours. Avec l’association hydroxychloroquine / azithromycine, cette durée est réduite à 4-6 jours. » « La réduction drastique du temps de portage viral donne non seulement l’espoir de traiter les cas critiques, mais aussi de réduire le temps nécessaire à une personne infectée pour ne plus être contagieuse. Et donc présente des perspectives énormes pour prévenir la propagation du virus. »

Mais voilà, la preuve scientifique n’est pas apportée dans les formes voulues par les hautes autorités scientifiques. « Mais diable !, s’exclame J-D Michel, nous sommes dans une situation d’urgence. La chloroquine est un des médicaments les mieux connus et les mieux maîtrisés (en particulier par l’IHU de Marseille). On peut donc tabler sur une très solide expérience relative au sujet de sa prescription. Se réfugier derrière un intégrisme procédural est éthiquement indéfendable dès lors qu’on parle d’un médicament qu’on connaît par cœur, qui a déjà démontré son efficacité sur d’autres coronavirus, confirmée sur celui-ci par deux essais cliniques, et alors que des vies sont en jeu jour après jour ! » Il ajoute : « D’autres médicaments sont actuellement en voie d’examen, notamment des antiviraux connus (comme le Favipiravir) testé en Chine également avec des premiers résultats cliniques encourageants. »

Santé publique et sécurité sociale

Cette analyse de J-D Michel vise à nous rendre conscient de l’importance cruciale de la santé publique et de la recherche scientifique, trop peu soutenues par nos pouvoirs publics par rapport à l’industrie pharmaceutique. Une politique à revoir absolument, après. En attendant, l’auteur salue le courage et l’abnégation du personnel soignant qui sauve tant de vies. Il invite la population à respecter scrupuleusement les consignes du confinement puisque c’est la politique qui a été choisie démocratiquement et qui sera efficace si elle est bien mise en œuvre.

Après, il faudra restaurer notre système de santé publique, renforcer la sécurité sociale, amener l’opinion publique à réfléchir sur notre mode de vie consumériste, réformer notre système productif dans l’optique de la sauvegarde de l’environnement, la politique agricole afin que nous puissions manger sainement, la politique de développement mondial afin que tous les pays du monde bénéficient de ces progrès que nous mettrons en œuvre. Après !

 1. http://jdmichel.blog.tdg.ch/archive/2020/03/18/covid-19-fin-de-partie-305096.html?fbclid=IwAR2BhvvNpCVE93f2GuEsthLo4vjvpIaggvQIdrLTkaWZGcgYKd1a821oJOs

Lire aussi : « Crise sanitaire, faillite politique », Alain Bertho, professeur d'anthropologie à l'Université de Paris 8, Directeur de la Maison des Sciences de l'Homme Paris Nord. https://blogs.mediapart.fr/alain-bertho/blog

https://www.cadtm.org/La-Pandemie-du-Capitalisme-le-Coronavirus-et-la-crise-economique

https://aoc.media/entretien/2020/03/13/kyle-harper-climat-et-epidemies-ont-joue-un-role-majeur-dans-la-chute-de-rome/

Un appel à signer: « Pour un CoronaReset », https://www.facebook.com/EtlejourjourdapresPourunCoronaReset/

Non, il ne vient pas d’un laboratoire !

La famille des Coronavirus (CoV) regroupe différents virus atteignant les voies respiratoires avec des degrés de pathogénicité différents (1). SARS-CoV-2, plus connu sous le nom de Coronavirus ou Covid-19, est un nouveau Coronavirus, détecté pour la première fois à Wuhan en Chine et ayant provoqué en quelques mois une pandémie. (2).

Dans le cadre d’une pandémie de cette ampleur, il est légitime de s’interroger sur l’origine de ce virus. S’agit-il d’une zoonose (virus transmis de l’animal à l’homme) comme on en a connu lors des épidémies de MERS-CoV ou encore de SARS-CoV? Ou pour les plus complotistes, d’un virus créé en laboratoire à des fins maléfiques ?

Dans un article paru ce 17 mars dans Nature Medecine, K.G. Andersen & all, auteurs Américains, Anglais et Australiens tentent de répondre à ces questions (3). Les auteurs sont arrivés à trois conclusions importantes :

-La possibilité d’un virus créé in vitro est écartée: aucune souche ascendante suffisamment similaire n’est répertoriée dans les laboratoires jusqu’à présent. Il s’agit ici irréfutablement d’une sélection naturelle ayant permis aux virus se liant à des récepteurs cellulaires humains (ACE2) de se développer.

-La mutation en elle-même n’a pas généré un produit très efficace, il s’agit d’une recombinaison génétique qui n’était pas prédite par les modèles développés jusqu’à présent.

-L’ancêtre le plus probable du virus serait une souche retrouvée chez le pangolin (Manis javanica), animal vendu sur le marché Huanan de Wuhan où ont été observés les premiers cas.

La communauté scientifique continuera à mettre tout en œuvre pour retrouver la souche exacte à l’origine du SARS-CoV-2. Son étude approfondie constituerait un outil essentiel pour éviter la réitération d'un même schéma pandémique. (Fondation ULB)

1.  https://www.who.int/fr/health-topics/coronavirus/coronavirus

2. Suivre l’évolution du virus en direct: John Hopkins Coronavirus ressource center - https://tinyurl.com/wgmmlzr
3. https://www.nature.com/articles/s41591-020-0820-9

 

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Commentaires

Portrait de Marie-Noëlle Jalet
https://www.youtube.com/watch?v=GPf9bDHZmmM Sur après... super intéressant, même si le deuxième intervenant est un curé (désolée Gabrielle)

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