semaine 40

Quand le vert dissimule du noir

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 25 mai 2019

Loin des marches pour le climat où s’associent les défenseurs de la planète et ceux qui veulent plus de justice sociale, enfouies sous certaines revendications pour une transition économico-écologique qui devrait nous sauver de la catastrophe annoncée, se cachent des idées très brunes, voire noires que l’on peut regrouper sous le terme d’« écofascisme ».

Ce phénomène et analysé dans un dossier consacré à l’éthique environnementale et à diverses philosophies qui ont émergé depuis le début du siècle dernier et qui mêlent spiritualité sectaire et dérives autoritaires pour le bien de l’équilibre entre la Terre Mère et l’humanité prédatrice.

Au centre de ce courant de pensée, l’anthroposophie élaborée par Rudolf Steiner (1861-1925), philosophe et occultiste, qui a mis au point une doctrine applicable dans des domaines aussi variés que l’éducation, l’agriculture, la médecine. Les amateurs de vin connaissent peut-être le principe de « biodynamie » qui n’a rien de bio mais qui consiste en des incantations et des rituels plus ou moins magiques dynamisant la production de la terre. Si le vin n’en devient pas plus mauvais pour autant, il est plus inquiétant de constater que les principes de l’anthroposophie sont diffusés dans certains milieux écologistes spiritualisants par Pierre Rabhi, dont on révèle qu’il partage les pensées de personnages très conservateurs et qui ne voit de salut qu’individuel et pas dans l’action politique et sociale collective. En témoigne son slogan basé sur la fable du colibri. Chacun peut changer à sa mesure. Mais cela ne transforme pas les mécanismes profonds du système néolibéral à l’origine des inégalités et de la catastrophe climatique.

Ce mode de pensée imprégné de d’anthroposophie a été popularisé par Cyril Dion, auteur de films « Demain » et sa suite « Après-demain » proposant des alternatives apolitiques à cette modernité décevante et « le retour à la tradition, à l’authenticité, à la quête spirituelle, à la nature », écrit Vincent Dufoing. L’auteur détaille l’expansion de la pensée anthroposophique via « de grands groupes internationaux qui touchent des domaines très divers : banques, groupes pharmaceutiques, médecine, agriculture, éducation, etc. » Parmi ces acteurs, la bien connue banque Triodos dont nombre de dirigeants défendent depuis de nombreuses années la philosophie Steiner tout en se présentant comme une banque éthique qui soutient des projets écologiques, durables, alternatifs très intéressants et enthousiasmants.  

La santé publique est aussi atteinte puisque, depuis 2017, des épidémies de rougeole ont débuté dans des écoles Steiner car on y refuse la vaccination.

Dans ce dossier publié par Picardie Laïque, les auteurs soulignent une pensée de Bernard Charbonneau, un pionnier de l’écologie politique dès les années 30 et qui estimait que l’écofascisme pourrait devenir une réalité via « des régimes totalitaires de gauche ou de droite qui seraient de plus en plus contraints de poser des gestes forts et de prendre des décisions brutales pour gérer des ressources et un espace qui se raréfient. »

Dans le même numéro, Violaine Wathelet, du GRESEA, souligne que la solution aux désordres climatiques ne peut être envisagée uniquement sous l’angle de la responsabilité individuelle (exemple : je ne prendrai plus l’avion) mais que les « choix individuels doivent s’articuler à de actions collectives instituantes et radicales. On a souvent tendance à opposer des dynamiques macro à des dynamiques micro ; or, elles sont les deux faces d’une même planète. »

Voilà qui stimulera le dialogue qui devra s’instaurer entre nos nouveaux élus et les mouvements sociaux et citoyens qui allient l’intérêt du collectif et celui des individus, dans un cadre démocratique, rationnel, et non sectaire ou d’extrême-droite.  

- Dossier écofascisme, anthroposophie. Une publication de la régionale CAL Picardie laïque, « Echos de Picardie », printemps 2019. https://www.picardie-laique.be/publication/echos-de-picardie-dossier-ecofascisme-anthroposophie-printemps-2019/

- http://www.econospheres.be/Les-travers-de-l-hyper-responsabilisation-ecologique-individuelle

 

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Commentaires

Portrait de Marie-Noëlle Jalet
Parce que, à raison, vous vous méfiez des religions, ne jetez-vous pas le bébé avec l'eau du bain, en rejetant les personnes qui ont, comme ce pauvre Pierre Rhabi, une démarche spirituelle? Pourquoi collez vous une étiquette de "sectaire" ou "fasciste" à tous ceux qui ont une autre vision du monde que vous? J'attends la démonstration du fascisme de Cyril Dion! Pour moi "laïcité" c'est synonyme de "tolérance"!
Portrait de Glou
Je suis assez d'accord avec vous Marie-Noëlle, spiritualité implique réflexion, questionnement, sensibilité, émerveillement, et non nécessairement religion, mystique ou ésotérisme quel qu'il soit. La spiritualité n'est pas l'anti-thèse de la science. L'athéisme est aussi une spiritualité – merci André Comte-Sponville. Sauf que... dans le cas présent, il semblerait bien que cette entreprise anthroposophique internationale soit de nature à ce que l'on s'inquiète de son caractère sectaire et doctrinaire. Car doctrine il y a et enseignement de cette doctrine à des enfants dans les écoles Steiner à travers le monde. Ca apparaît clairement, et ça pose question... Cela ne voulant pas dire que toutes les pensées écologiques sont à jeter effectivement avec l'eau de ce bain-là, évidemment ! On peut se référer à des penseurs de l'écologie radicale qui sont beaucoup plus sains intellectuellement, alliant intelligemment sciences de la vie, éthique et spiritualité : JB Callicott, Arne Naess, Michel Serres, Paul Shepard, etc... Bref, pour éviter le pire : la sensibilité au monde oui, l'ouverture oui, mais aussi... la RAISON ! C'est à dire le doute, le questionnement, l'expérience indissociable à toute démarche scientifique, ie à toute démarche de connaissance du monde. Le reste c'est du bavardage et c'est ce que Steiner a visiblement toujours fait, sans jamais faire subir d'examen contradictoire à sa doctrine, comme tout bon gourou qui se respecte !

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