semaine 22

Philippe Grombeer, explorateur de cultures

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 27 avril 2020

Philippe Grombeer a quitté la scène de la vie à 74 ans. Photo © D.R.

Toujours avec un grand sourire et des yeux rayonnants d’intelligence, d’humour, Philippe Grombeer a été, avec Jo Dekmine, un précurseur, un découvreur des arts nouveaux, des talents audacieux, des cultures dérangeantes. Il croyait en la démocratie, en la justice sociale et pour les peuples. Objecteur de conscience, c’est en Algérie qu’il fera son service civil et forgera sa conscience internationaliste. Ce qui l’a conduit à dynamiser des réseaux culturels européens révélant au public des sensibilités, des visions différentes des arts « classiques » et institutionnalisés.

Sa grande œuvre : les Halles de Schaerbeek, un lieu populaire devenu temple culturel, ouvert aux réalités d’un quartier de grande mixité sociale et culturelle due aux migrations et à l’intégration de populations d’origine maghrébine. Nous étions au début des années 70, dans un contexte de racisme schaerbeekois extrême, dans une rivalité entre politiques culturelles antagonistes : sauver à la fois le Botanique et les Halles de Schaerbeek fut un combat gigantesque mené sur la scène politique par l’équipe qui portait le projet des Halles.

En 1975, elles furent achetées par la COCOF (Commission française de la culture de l’agglomération bruxelloise), ce qui permit à Philippe Grombeer de lancer l’innovant projet Trans Europe Halles. Nourri par son expérience de la Ferme V à Woluwé-Saint-Lambert (culture hippie mais déjà ouverture sociale vers les jeunes, concert mythique du groupe Genesis…), cet animateur hors pair a réuni sept centres européens nourris à la culture underground voire à la contre-culture, tous nichés dans des friches industrielles ou sociales dont les Halles sont un parfait symbole.

En cette période d’altermondialisme et de lutte pour un changement de paradigme, rappelons que Philippe Grombeer, en 1976, fut un des initiateurs du Temps des Cerises à l'Abbaye de Floreffe, trois festivals qui ont marqué notre culture de belles contestations et qui ont préfiguré le Festival Esperanzah (2001).

Pendant 25 ans, Philippe Grombeer a fait tourner ces machines culturelles modernes, étonnantes, ouvertes au monde, à la contestation politique, à l’émancipation sociale et intellectuelle. En arborant toujours son merveilleux sourire, une détermination et une force de travail remarquables, une écoute attentive. Des qualités qui lui ont permis de relever un nouveau défi : celui du Théâtre des Doms à Avignon en 2002, vitrine de la culture en Fédération Wallonie Bruxelles et révélateur de talents dans toute la francophonie.

Pas de retraite pour cet infatigable explorateur de la culture mais aussi d’un monde de justice pour tous. Nous l’avions revu récemment lors d’une rencontre des militants de l’Association belgo-palestinienne, marqué par un cancer qu’il combattait vaillamment, mais toujours déterminé à soutenir ces jeunes qui veulent changer le monde, comme dans les années 70. Le Covid-19 a abattu ce grand homme, bel esprit et grand cœur qui a tant dynamisé notre monde culturel contemporain.

https://www.halles.be/fr/sp/41-histoire

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trans_Europe_Halles

https://plus.lesoir.be/297064/article/2020-04-26/deces-philippe-grombeer-un-batisseur-de-pont

 

 

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Commentaires

Portrait de Janine Dewaele
Message de sympathie à Philippe Brombeer Remerciement pour son engagement dans la défense des minorités.En particulier: les patients psychiaytriques

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