semaine 39

Penser global et changer de vie

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 10 décembre 2019

Un livre pour mieux comprendre le problème afin de trouver les meilleures solutions.

Rien n’est simple et pourtant tout est encore possible si on veut changer notre monde afin qu’il dure encore quelques milliards d’années… Parmi la centaine de livres qui nous expliquent la complexité du problème du changement climatique, de notre responsabilité humaine, de l’impact de notre mode de vie, des rouages mortifères de nos économies, de l’exploitation suicidaire des ressources naturelles, il y en a un que nous pouvons vous conseiller afin d’affronter, convenablement informés, une nouvelle année de luttes sociales et citoyennes. « Des limites de la transition : pour une décroissance délibérée », de Romain Gelin, est l’antithèse des « yaka » et « yakapa ». C’est un cours d’économie et de sociologie en même temps que d’histoire politique, le tout bien résumé, d’une grande clarté, d’une lecture facile. De quoi nous aider à décrypter l’actualité des luttes pour le changement climatique basé sur un changement économique radical.

Romain Gelin est chercheur au Gresea (Groupe de recherche pour une économie alternative). Il analyse donc, systématiquement, les différentes données de notre problème : l’inéluctable croissance économique proposée par l’Union européenne, les Etats-Unis, le système Banque Mondiale et autres tenants du capitalisme mondialisé est impossible car jamais nous n’aurons de ressources énergétiques et minières pour assurer cela. Donc, un « capitalisme vert » est un leurre et de plus, il maintient la disparité entre pays riches et pauvres, pays consommateurs et pays producteurs de ressources naturelles soumis à une exploitation d’autant plus dure et dramatique que les matières se feront rares et susciteront la convoitise des plus puissants. Les guerres de l’eau entre Etats en sont la preuve, elles ne feront que se multiplier d’autant que l’eau est privatisée par de puissantes multinationales qui s’accaparent ce bien commun indispensable à la survie de l’humanité.

L’économie circulaire, de plus en plus souvent proposée comme la solution, présente aussi des limites car tout ne se recycle pas, du moins pas indéfiniment et qu’il faudra continuer à pomper les entrailles de la terre pour s’approvisionner en matériaux de plus en plus rares. De plus, l’économie circulaire nécessite un plan global de développement puisque chaque entreprise et chaque lieu urbain dépend étroitement l’un de l’autre.

Bref, ce que nous proposent nos décideurs en termes de croissance verte ou de développement durable ne suffit pas endiguer la catastrophe annoncée. Pour Romain Gelin, la seule solution est la décroissance, un type d’économie qui nécessite une réorganisation de nos échanges, du commerce, de la finance, de la fiscalité, du travail et des revenus. Car tout changement nécessite le maintien de la protection collective des populations que sont les systèmes de sécurité sociale, les mécanismes d’entraide et de solidarité gérés par des pouvoirs publics qui doivent disposer de moyens suffisants pour effectuer cette redistribution des revenus.

Pour cela aussi, il nous faut revoir nos mécanismes de décision politique et instaurer les nouvelles formules de concertation avec la population : budgets participatifs, conventions de citoyens, développement du système coopératif, etc. Quelques expériences ont lieu un peu partout y compris en Belgique mais elles devraient être multipliées.

Donc, il y a du boulot parce que la crise écologique ne se résoudra pas par des moyens techniques nécessitant d’importantes ressources naturelles rares. Il faut mettre fin, selon Romain Gelin, à l’accumulation illimitée du capital, source de tous nos maux, et principalement l’inégalité entre humains. Notre tâche sera de réduire nos productions et nos consommations partout où nous dépassons la capacité de renouvellement de la planète, explique l’auteur. Une sobriété heureuse visant le bonheur de tous, le « bien vivre » de tous. Il ne s’agit pas d’une utopie mais d’une nécessité d’ailleurs portée par les mouvements sociaux et citoyens qui se lèvent un peu partout dans le monde. Car, en effet, nous n’avons pas le choix !

Lien vers le site : http://www.gresea.be/Des-limites-de-la-transition-pour-une-decroissance-deliberee

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Commentaires

Portrait de anonyme
Très pratique pour le salut de son âme, de vilipender le capitalisme. La question contemporaine n'est-elle pas d'offrir à une humanité débordante et à sa sur-multiplication incontrôlable, l'accession à l'égalité du confort et à la surconsommation que cela implique. Comment promettre un niveau de vie décent pour 9 milliard de personne.... et ce dans une égalité d'abondance....dis moi, dis nous comment.....fait nous rêver.

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