semaine 48

Pauvreté : revitaliser la protection sociale

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 14 octobre 2021

Eliminer la pauvreté, une des missions assignées par l'ONU aux Etats. Dessin de Sadek Ahmed (ONU).

Pauvres, très pauvres, paupérisés, petite classe moyenne… Certains politiciens belges se livrent ces derniers jours à des joutes peu glorieuses sur le budget et sur la résolution de certains partis à venir en aide au plus vite aux plus pauvres de notre société. Ils tentent de diviser la société au lieu de favoriser la solidarité qui permet à tous de surmonter la grave crise économique, sociale et sanitaire que nous traversons actuellement, entre deuils, catastrophes, maladies et hantise du lendemain.

Comme si c’était la faute des pauvres d’être pauvres. Comme si c’était la faute des malades d’être malades longtemps… Comment ces politiciens peuvent-ils être crédibles alors que les politiques ultra libérales qu’ils ont menées jusqu’à présent n’ont pas produit les merveilleux effets escomptés. Point de « ruissellement » des richesses mais augmentation de la richesse des riches et accroissement de la précarité d’une partie de plus en plus importante de la population.

Eliminer la pauvreté ?

Ce 17 octobre est consacré par l’ONU comme la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté ; cela nous permet de découvrir des chiffres sur l’état de notre monde qui est entré dans la troisième Décennie pour l’élimination de la pauvreté (2018-2027). La tendance est encourageante mais trop lente faute de mesures politiques fortes.  En 2020, l’ONU estimait que « 783 millions de personnes vivaient avec moins de 1,90 dollar par jour en 2013, contre 1,867 milliard en 1990. Les pays en développement connaissent depuis l’an 2000 une croissance économique remarquable, l’augmentation du produit intérieur brut (PIB) par habitant y étant plus rapide que dans les pays développés. Cette croissance a contribué à la réduction de la pauvreté et à l’amélioration des conditions de vie. Des progrès ont en outre été enregistrés dans des domaines tels que la création d’emplois, l’égalité des sexes, l’éducation et la santé, les mesures de protection sociale, l’agriculture et le développement rural ou encore l’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation de leurs effets. »

Et puis, est arrivée l’épidémie de COVID-19

Avec le déferlement mondial du Covid-19, un demi-milliard de personnes, soit 8 % de la population mondiale, risquent de tomber dans la pauvreté en raison des conséquences économiques de l’arrêt des échanges mondiaux et la faillite du modèle d’économie ultra libérale mondialisée. Face à cette catastrophe annoncée, des experts onusiens plaident pour une transformation d’urgence de notre modèle afin de réduire les inégalités et d’universaliser la protection sociale.

La protection sociale est indissociable de la lutte climatique présentée comme LE grand enjeu de notre siècle. Lors de la manifestation Climat du 10 octobre, plus de 50.000 citoyens ont clamé leur volonté de changer le monde pour que ce monde soit encore vivable pour leurs enfants. Parmi eux, des victimes de catastrophes naturelles dues au changement climatique mais aussi des victimes du désastre du modèle économique qui nous a été imposé trop longtemps. Peu de ces victimes s’expriment. Peu de précarisés ont les moyens et la force de manifester avec des concitoyens pour la plupart issus de la classe moyenne voire « supérieure » (en moyens économiques s’entend!) Mais la solidarité avec ces victimes s’exprimait aussi dans les calicots et les slogans scandés par la foule.

Dans le monde politique, social et universitaire, des pensées, des études s’allient, se complètent, dialoguent. Et cela donne un livre comme « Solidaris. Quel Etat social-écologique au XXIe siècle ? »

Il débute par le « Manifeste pour un nouveau pacte social & écologique. Quel Etat social pour le XXIe siècle ? », à savoir un Etat social qui repose sur trois piliers : les services publics, la sécurité sociale, le droit du travail. Cet Etat social est activé par trois dynamiques politiques : une politique de régulation avec un objectif : le plein emploi ; une politique de redistribution avec un objectif : la cohésion sociale ; une politique de concertation sociale avec un objectif : encadrer les négociations entre employeurs et travailleurs.

« Nous devons protéger la vie et construire un récit nouveau », nous dit Pascale Vielle, professeure de droit à l’UCL, « pour moi, la priorité qui doit infléchir toutes autres désormais, c’est la survie d’une civilisation, entendue au sens ‘vital’ (protéger la vie), mais aussi au sens de la garantie des droits les plus fondamentaux de chacun.e, dans une situation inéluctable de raréfaction drastique, volontaire ou non, de nos ressources. La sécurité sociale me paraît un instrument capital pour mettre en œuvre les nouvelles formes de solidarité qu’exige ce contexte. »

Un livre à lire de toute urgence car il contient les solutions immédiatement applicables en Belgique, en Europe et dans le monde pour qu’émerge une culture de solidarité et de paix.

  • Solidaris. Quel Etat social-écologique au XXIe siècle ? », collection Politique éditée par la revue Politique. www.revuepolitique.be

Les chiffres de la pauvreté en 2020

  • 736 millions de personnes vivaient en-dessous du seuil international de pauvreté fixé à 1,90 dollar par jour en 2015.
  • En 2018, près de 8 % des travailleurs et leurs familles dans le monde vivaient avec moins de 1,90 dollar par personne et par jour
  • La plupart des personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté sont réparties entre deux régions : l’Asie du Sud et l’Afrique subsaharienne.
  • Les taux de pauvreté élevés se trouvent le plus souvent dans des petits pays, fragiles et touchés par des conflits armés.
  • En 2018, environ 55 % de la population mondiale bénéficiait d’au moins un type de prestation de protection sociale en espèces.

Pour en savoir plus, pour manifester, pour participer aux mobilisations contre la pauvreté:

 

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