semaine 32

Les vaccins, biens communs

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 19 juin 2020

Riccardo Petrella, ardent défenseur des biens communs à l'humanité; Photo Babelio.

C’est le grand branle-bas de combat dans le monde entier : qui trouvera le vaccin qui nous sauvera du corona virus ? L’énoncé même de cette question reflète une erreur profondément ancrée dans nos mentalités. Il ne s’agit pas d’une compétition modèle olympique pour déterminer qui est le meilleur en écrasant tous les autres. Il s’agit d’une course-relais collective, genre passage de témoin, au cours de laquelle l’information – à savoir la recherche scientifique – se diffuse et se partage dès qu’elle est suffisamment avancée pour inspirer d’autres chercheurs qui la critiquent, l’améliorent et la partagent à nouveau.

Cela, c’est la vision idéale. La réalité apparaît comme un mélange des deux tant la course aux profits gigantesques mobilise les grandes firmes pharmaceutiques. Tirer profit énorme d’un malheur énorme, à savoir une pandémie qui en annonce d’autres, ne l’oublions pas, est le comble de cette forme d’économie axée sur le libre-échange mondialisé au profit de quelques-uns qui vendent au prix qu’ils décident des produits même essentiels à la survie de notre humanité, qu’il s’agisse d’aliments ou de médicaments.

Voilà pourquoi l’initiative lancée par le politologue et économiste italien Riccardo Petrella est essentielle. L’eau, comme bien commun de l’humanité, c’est son combat depuis des décennies, lui et son Groupe de Lisbonne ainsi que tous ceux qu’il a mobilisés à travers le monde. En 1997, il a fondé le Comité international pour un contrat mondial de l'eau, dont il est le secrétaire général. Le principe est simple et universel : accès de tous à l’eau, bien commun et gestion solidaire et soutenable de l’eau. Donc, opposition farouche à toute privatisation de la gestion de l’eau ; cela doit rester un bien commun géré par les pouvoirs publics.  

Idem pour les vaccins essentiels à la protection de la vie humaine. Voilà pourquoi Riccardo Petrella vient de lancer une campagne planétaire : « La vie n’est pas brevetable », « Les vaccins sont des biens communs, publics, mondiaux ».  

Alors que la plupart des organisations internationales, des démocrates progressistes et altermondialistes, des philosophes et des humanistes du monde entier réclament la protection des biens communs, en 1980, la Cour suprême des Etats-Unis a statué en matière de propriété intellectuelle, « rendant légale, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la brevetabilité du vivant à titre privé et à but lucratif. »

« Le brevet privé à but lucratif sur le vivant est la clé de voûte du système capitaliste financier contemporain, analyse Riccardo Petrella. « Abolir le brevet signifie enlever au système sa force propriétaire de la vie. Ce n’est pas seulement une question de puissance financière, industrielle et commerciale. Il s’agit d’une question d’appropriation et de maîtrise privées de la vie de la Terre. Tel est l’enjeu systémique de notre campagne. »

Il rappelle que les grandes firmes pharmaceutiques s’approprient le travail de chercheurs financés par l’Etat et celui des PME innovantes qu’elles rachètent afin de valoriser leurs découvertes qu’elles font payer très chers dans les pays riches et encore trop Cher dans les pays pauvres.

Dans le cas de la pandémie du Corona virus, des partenariats public-privé ont été mis en place par l’Union européenne et quelques grands pays avec des « big pharma ». Ainsi, l’accord signé avec l’entreprise multinationale Astra-Zeneca « dans lequel l’UE et les Etats partenaires de l’ACT assurent à l’entreprise l’achat pour 750 millions de $ de 2 milliards de doses du vaccin anticoronavirus que Astra Zeneca compte produire. En même temps, Astra-Zeneca a signé un accord de coopération avec Serum Immunization of India (SII) la plus grande entreprise privée mondiale productrice de vaccins à bas coût pour la distribution dans les pays du Sud. »

Donc, explique Riccardo Petrella, « les partenaires publics donateurs garantissent aux détenteurs de capitaux privés des entreprises qui resteront en piste pour les brevets sur les futurs vaccins une double « sécurité » de marche et de profit. En outre, comme confirmé par les expériences du passé, les entreprises garderont la maitrise des prix pouvant vendre, notamment dans les pays « riches », les vaccins « au prix de marché » (c’est-à-dire, en étant en position monopoliste, au prix qu’elles estiment bien rentable) chargeant ainsi sur le budget public leurs « bons » profits. »

Comment contrer cette politique des pouvoirs publics nationaux et internationaux pressés par les sombres perspectives des pandémies ? Par cette proposition de « vaccins biens publics mondiaux, patent free, gratuits, hors marché dans la perspective du Pacte de l’humanité et l’un de ses objectifs concrets, la Sécurité Universelle de la Vie par la création du Conseil de Sécurité des Biens Communs et Publics Mondiaux. »  

Si l’Assemblée générale des Nations Unies décidait cela, ce serait une belle victoire sur le système profondément inégalitaire qui prédomine actuellement et qui est incarné par le Conseil de sécurité où prédominent les grandes puissances et leurs intérêts économiques et financiers.

A lire :

https://www.pressenza.com/fr/2020/05/les-vaccins-sont-des-biens-publics-mondiaux-la-vie-nest-pas-un-brevet/

https://www.pressenza.com/fr/2020/05/la-reponse-du-monde-au-coronavirus-quelle-mystification/

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Commentaires

Portrait de jean Becker
bonjour,On nous raconte que les vaccins coutent tres tres cher, parce que le développement d'un vaccin est très couteux. Mais les laboratoires nous disent-ils combien de million ils ont reçu pour développer les vaccins (du Coronavirus maintenant et du VHI depuis des années...) Ces recherches sont financées par nous, puis on les paye une autre fois en “beneficiant” du vaccin.

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