semaine 49

Les crimes des présidents américains

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 29 octobre 2020

Que disent et que pensent les présidents des Etats-Unis? Presque tout est dit par eux-mêmes et par leurs conseillers.

Comment les militaires ont supplanté les diplomates aux Etats-Unis. Une investigation couronné par le prix Pulitzer.

Qui a dit: «Hiroshima et Nagasaki avaient été choisies pour cibles en raison de leur forte concentration d’activités et de population» ? Harry Truman, président des Etats-Unis en 1945 et donc auteur d’un des plus effroyables massacres de masse et de destructions de villes de l’histoire. Avec des conséquences radioactives qui se poursuivent aujourd’hui encore.

«Nous devrions travailler à faire du Roi Saoud une figure majeure du Moyen-Orient». Cela c’est Eisenhower, président en 1956, qui développa l’armement nucléaire et la guerre froide avec l’URSS et lança une vaste opération de déstabilisation du Moyen-Orient, pour maintenir le contrôle des multinationales nord-américaines sur les champs pétrolifères. Toujours les USA ont soutenu les religieux fanatiques et nous en payons encore aujourd’hui le prix sanglant. Le Moyen-Orient a finalement été mis à sac par les présidents Bush et enfin par Obama qui n’a rien d’un ange ou alors un ange guerrier.

« Je pense résoudre les choses par l’espionnage, le sabotage, le désordre général, dirigé et mis en œuvre par les Cubains eux-mêmes sans distinction de groupe » (1961). Cela c’est Robert Kennedy, frère du président John Kennedy, qui, loin d’être un gentil boy américain menait la même guerre sale contre les socialistes, les communistes, les révoltés contre la colonisation.

« Allende ne peut pas devenir président. Ne pas impliquer l’ambassade. 10 millions de dollars disponibles, davantage s’il faut. Un boulot temps plein, avec les meilleurs hommes que nous avons. Faites hurler l’économie. » Ce sont les ordres lancés par Richard Nixon mettant en œuvre la politique préconisée par son âme damnée Henry Kissinger, grand criminel devant l’histoire puisqu’il est responsable des massacres de masses par les bombardiers US au Vietnam et au Cambodge. On connaît le résultat : une effroyable dictature au Chili mais aussi dans d’autres pays d’Amérique latine afin de servir les intérêts économiques américains à savoir ceux des grandes multinationales US.

Dans son livre « USA. Les 100 pires citations », Michel Collon fondateur du collectif Investig’Action décrypte systématiquement les politiques successives des présidents étatsuniens en alignant leurs citations et celles de leurs proches collaborateurs et responsables de la CIA et autres conseillers. Impossible de taxer de « complotiste » ce travail de recension. Les autorités américaines ne cachent en général pas trop leurs intentions lorsqu’il s’agit de l‘international. Elles sont quasi semblables de président à président jusqu’à aujourd’hui : « America first », les intérêts US priment sur tout y compris sur le multilatéralisme donc contre l’ONU et ses agences, sur la solidarité entre Etats, sur les grandes conventions qui nous lient tous à savoir la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, les Conventions de Genève, etc. Et pour se prémunir de toute attaque contre eux, les présidents ont soigneusement évité d’adhérer au Statut de Rome qui instaura la Cour pénale internationale. Donc, les crimes qu’ils ont commandités ou couverts restent impunis.

A la lumière de ces citations et donc des politiques menées depuis des décennies, la présidence de Donald Trump ne paraît pas la pire, du moins pour le reste du monde car pour les étatsuniens eux-mêmes, le désastre causé par la mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19 restera dans leur mémoire. Et si l’on espère que le vote lors des prochaines élections présidentielles mettra fin à la mascarade trumpienne, il ne faut pas s’attendre à un grand humanisme mondialiste de la part du démocrate Joe Biden. Michel Collon nous rappelle ses paroles prononcées en 2018 à propos du chantage exercé par les Etats-Unis sur le président ukrainien et son Premier ministre afin de les rendre obéissants : « Je les ai regardés et j’ai dit : ‘je pars dans six heures. Si votre procureur n’est pas saqué, vous n’aurez pas le fric. » Et le fils de pute… il a été saqué ! ». Notez l’élégance du propos chez ce sénateur catholique bon teint.  

Les 100 citations sont analysées par l’auteur qui dégage 10 règles de la politique des USA : objectif fondamental : servir les multinationales ; il n’y a pas d’amis ; la démocratie est en danger ; contrôler pétrole, gaz minerais stratégiques ; la guerre directe ; la guerre indirecte et la stratégie du chaos ; les coups d’Etat ; tout est permis, peu importent le droit et la morale ; la corruption : CIA, Fondations et ONG ; la guerre de l’information : techniques de manipulation.

Voilà donc une bonne base pour décrypter l’actualité de notre monde, les accords économiques, les guerres de déstabilisation régionale, la ruée sur les énergies fossiles qui restent, la course aux armements, surtout nucléaires, l’OTAN…

« Paix en guerre »

Pour étayer ces analyses, les intellectuels étatsuniens produisent heureusement de nombreux livres qui les corroborent et les illustrent. Nous avons parlé récemment des révélations de Snowden sur la surveillance de masse autorisée par le pouvoir US. (1) Mais on vous recommande un autre livre paru en 2018 (2019 en français) : « Paix en guerre », « La fin de la diplomatie et le déclin de l’influence américaine », par Ronan Farrow, journaliste d’investigation qui écrit pour le New Yorker, lauréat du Prix Pulitzer. Il décrit avec précision, citant quantité de sources, la mise à l’écart des diplomates « traditionnels » étatsuniens remplacés progressivement par des militaires qui entourent les présidents et leur dictent leurs exigences qui sont aussi celles de l’industrie de l’armement.

Grâce aux témoignages de diplomates et de conseillers des présidents, il décrit comment, « durant des décennies, le Pentagone et la CIA avaient contourné les circuits de la diplomatie civile américaine pour traiter directement avec les chefs de l’armée et du renseignement pakistanais. » Ce qui a abouti à un armement des Talibans et à la poursuite des guérillas islamistes sanglantes en Afghanistan. Suite logique des manœuvres criminelles US consistant à former et armer les opposants musulmans radicaux qui ont fait connaître leur « Vietnam » à l’URSS ! Cela c’était une décision du président Carter…

De plus, note l’auteur, « Le Pakistan cherchait activement à acquérir la bombe atomique, sourd aux appels des Etats-Unis à y renoncer. Au nom de la guerre contre les Soviétiques, comme plus tard de la guerre contre le terrorisme, ces préoccupations passaient au second plan. »

Les Etats-Unis n’ont jamais eu peur d’aider et de financer des dictateurs militaires pourvu que cela serve leurs intérêts économiques ou leurs guerres de suprématie mondiale.

Ronan Farrow nous dévoile ainsi, de l’intérieur, et par des exemples concrets, cette fin de la diplomatie US qui visait à créer des ententes entre Etats plutôt que des guerres, des sabotages, des corruptions servant les intérêts de quelques-uns.

Pour conclure, voici cette citation choisie par Michel Collon, énoncée par George Friedman, politologue, dirigeant de l’agence de renseignement « Stratfor Global intelligence » qui conseille le gouvernement US et des milliers d’entreprises : « La priorité des Etats-Unis est d’empêcher que le capital allemand et les technologies allemandes s’unissent avec les ressources naturelles et la main-d’œuvre russes pour former une combinaison invincible. Créer un ‘cordon sanitaire’ autour de la Russie permettra à terme aux Etats-Unis de tenir en laisse l’Allemagne et toute l’Union européenne. La préoccupation primordiale des Etats-Unis, pour laquelle nous avons livré des guerres depuis un siècle, la Première, la Seconde, la guerre froide, a été la relation entre l’Allemagne et la Russie ; car, unies, elles sont la seule force qui pourrait nous menacer. »

Et voilà pourquoi l’OTAN, bras armé des USA, renforce son emprise sur l’Europe. (2)

Quel que soit le nouveau président US, On verra comment réagira notre diplomatie européenne : vassale ou rebelle ? La paix ou la guerre ? Le développement durable ou le néo-libéralisme à la sauce US?

1. https://www.entreleslignes.be/humeurs/zooms-curieux/la-manipulation-globale-ne-cesse-pas

2. https://www.entreleslignes.be/humeurs/zooms-curieux/l%E2%80%99otan-partout-tout-le-temps

 

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