semaine 41

Les absurdes guerres contre le « terrorisme »

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 20 août 2021

Djihadistes de la Katiba Macina en parade dans le bush malien. Capture d’écran d’une vidéo par Az-Zallaqa. Son titre : "They Are Liars". https://www.crisisgroup.org/fr/africa/sahel/mali/276-speaking-bad-guys-t... (28 mai 2019)

Pour la deuxième fois dans leur histoire, les Etats-Unis vivent une débâcle guerrière humiliante pour eux qui se prétendent la première puissance mondiale et les champions de la lutte contre le « terrorisme ». Un terme aux multiples définitions et utilisé trop souvent pour masquer des politiques loin d’être glorieuses.

Alain Gresh est sans conteste un de meilleurs journalistes et observateurs des convulsions de l’histoire des pays du Proche et du Moyen Orient. Dans son article https://orientxxi.info/magazine/afghanistan-d-une-defaite-l-autre,4969 , il nous rappelle la manière dont le Etats-Unis ont aidé et financé les pouvoirs en place et les mouvements radicaux islamistes en Afghanistan et au Pakistan dans le seul but d’évincer l’URSS occupant l’Afghanistan. La protection des populations, des femmes notamment, n’a jamais été une priorité pour les USA de même que la formation de gouvernements vraiment représentatifs de la société afghane.  Il fallait contrôler cette zone pour s’assurer des alliés contre l’Iran, contre les Soviétiques, pour la protection des intérêts pétroliers, etc. L’émancipation économique et politique des populations n’a jamais été à l’agenda de la diplomatie US qui a favorisé la mise en place de pouvoirs corrompus, entièrement à leur dévotion.

Il ne s’agit pas ici de propos de gauchistes mais de l’histoire réelle de cette « diplomatie » telle que racontée par Ronan Farrow dans « Paix en guerre » (qui a reçu le Prix Pulitzer) que nous chroniquions ici : https://www.entreleslignes.be/humeurs/zooms-curieux/les-crimes-des-pr%C3%A9sidents-am%C3%A9ricains

Grâce aux témoignages de diplomates et de conseillers des présidents US, Ronan Farrow décrit comment, « durant des décennies, le Pentagone et la CIA avaient contourné les circuits de la diplomatie civile américaine pour traiter directement avec les chefs de l’armée et du renseignement pakistanais. » Ce qui a abouti à un armement des Talibans et à la poursuite des guérillas islamistes sanglantes en Afghanistan. Suite logique des manœuvres criminelles US consistant à former et armer les opposants musulmans radicaux qui ont fait connaître leur « Vietnam » à l’URSS ! Cela c’était une décision du président Carter…

De plus, note l’auteur, « Le Pakistan cherchait activement à acquérir la bombe atomique, sourd aux appels des Etats-Unis à y renoncer. Au nom de la guerre contre les Soviétiques, comme plus tard de la guerre contre le terrorisme, ces préoccupations passaient au second plan. »

La chute de Kaboul, une alerte pour le Sahel

Ce qui se passe en Afghanistan représente un sérieux avertissement pour les pays du Sahel où il n’est pas exclu de voir se constituer un « nouvel Etat islamique » face à la débâche coloniale de la France notamment. C’est l’avertissement que lance A.T. Moussa Tchangari, secrétaire général de
Alternative Espaces Citoyens à Niamey (Niger).

« Au Sahel, région où certains des Etats mènent depuis quelques années une guerre rude contre des divers groupes armés idéologiquement proches des Talibans afghans, la chute de Kaboul sonne comme une alerte; elle préfigure ce qui pourrait y advenir, au cours des prochaines années, si les élites au pouvoir et leurs soutiens occidentaux continuent d'ignorer les appels à des réformes politiques audacieuses. La chute de Kaboul indique, en tout cas, et de manière fort magistrale, que la guerre contre les groupes armés djihadistes ne peut être gagnée en faisant l'économie des telles réformes, seules susceptibles de jeter dans la bataille la plus grande force politique et militaire, à savoir "le petit peuple". », écrit-il.

Il nous explique que les guerres ne sont pas perdues pour tout le monde : elles enrichissent les élites corrompues, le complexe militaro-industriel occidental, les compagnies de sécurité et des experts en tout genre. Voilà pourquoi elle se poursuit au Sahel, « sur fond de corruption des élites, de déni des droits et du refus du dialogue et de réformes, au risque de voir un jour déferler sur les capitales des "Talibis en moto". », avertit Moussa Tchangari.

« Cette guerre, si elle doit être gagnée, ne le sera qu'à travers une volonté large et des initiatives audacieuses visant à construire un nouveau contrat politique et social restituant au peuple sa souveraineté et créant les conditions d'une vie digne pour les millions de personnes qui en sont aujourd'hui privées. »

Une analyse qui n’est pas entendue par nos dirigeants actuels rangés derrière le slogan réducteur de « lutte contre le terrorisme », dissimulant le « terrorisme » pratiqué par certaines de ces puissances occidentales et arabes visant à assurer leurs propres intérêts économiques, financiers, géopolitiques.

Ronan Farrow, lui, voit dans l’émergence de la Chine et de sa diplomatie pragmatique, le début de la fin de l’ère qui a vu les grandes puissances menées par les Etats-Unis modeler la planète à leur guise.

Une fois de plus, le pouvoir éventuel des Nations Unies est éclipsé par les intransigeances de « grandes puissances » qui se concurrencent en sacrifiant la paix possible entre les peuples. Et le « petit peuple » est condamné à subir les occupants successifs, les guérillas de chefs de guerre de tous poils, les rivalités des dictateurs, paravents des intérêts économiques des grandes firmes occidentales spécialement dans le secteur des armements mais aussi et surtout des industries extractives de minéraux stratégiques et de ressources énergétiques.

Rien n’a changé dans le jeu malsain des grandes puissances, malgré la perspective de la catastrophe climatique imminente.La guerre économique ou militaire est leur seule stratégie.

Pour en savoir plus:

https://theconversation.com/comment-le-djihad-arme-se-diffuse-au-sahel-112244

https://www.monde-diplomatique.fr/2016/02/SOUCHON/54701

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